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Dessalines n'était pas musulman


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Auteur : Rodney Salnave
Fonction : Dougan (Scribe)
Date : 31 mars 2017
(Mise à jour : 1 juillet 2019)



La violence universelle envers l'Empereur Jean-Jacques Dessalines, le Père de la nation haïtienne, est alimentée par ce que j'appellerai grossièrement l'Hiérarchie du sang versé. Cet dite Hiérarchie du sang versé obéit à une logique qui va comme suit :
  1. Le sang des Amérindiens - versé sur l'Île d'Hispaniola par les Espagnols, ne vaut rien.
  2. Le sang des Noirs remplaçant des Amérindiens, versé par les Espagnols (dans la partie Est), puis par les Français (dans la partie Ouest), vaut encore moins que celui des Amérindiens.
  3. Et lorsque le sang blanc coule, il est accepté que s'il fut versé par des Blancs ou, dans un moindre mesure, par des Noirs au service des Blancs.
Dans ce contexte, lorsque les Noirs de Saint Domingue (Haïti) ont versé le sang blanc de 1791 à 1804 dans la quête de leur liberté, cela a contrevenu à l'ordre hiérarchique sanguin établi. Et par conséquent, ceux qui aujourd'hui objectent au droit naturel des Noirs à la légitime défense, - majoritairement des Haïtiens complexés et/ou aliénés par la chrétienté esclavagiste - réécrivent la révolution haïtienne sur 3 fronts : 1) Le dénie. 2) Le dénigrement. 3) L'appropriation.
  1. Le dénie : "Événement gênant et volontiers passé sous silence", (1) la révolution haïtienne fut ignorée par les historiens de partout pour plus d'un siècle. De même, pour une portion importante d'Haïtiens, le dénie de leur passé révolutionnaire représente un moyen d'intégration/assimilation à l'Occident chrétien. Malheureusement pour eux, on ne peut cacher le soleil que pendant un certain temps.
  2. Le dénigrement : à défaut de pouvoir nier la révolution haïtienne, certains cherchent à la dénigrer via la révision chrétienne qui tenta : a) de démoniser l'action des héros de 1791 ; b) de marginaliser Dessalines, Henry Christophe, et tout leadeur valorisant l'intérêt de la population noire au-dessus tout autre ; c) d'amplifier la valeur de Toussaint Louverture, Alexandre Pétion, Jean-Pierre Boyer et tout leadeur valorisant l'intérêt occidental plus que celui de la population noire haïtienne.
  3. L'appropriation : jugeant implicitement les Noirs indignes de gloire militaire, simultanément au dénie et au dénigrement, certains utilisent des techniques des plus audacieuses afin de s'approprier les acquis de cette révolution haïtienne via a) la révision française voulant que la révolution haïtienne soit redevable de la révolution française, en dépit de la lutte anti-esclavagiste non interrompue dont la période de Macandal et de ses empoisonneurs dans laquelle plus de 6000 colons et leurs captifs (esclaves) ont trouvé la mort de 1740 à 1757 ; b) la révision amérindienne dans laquelle on substitut la présence traditionnelle "africaine" dans l'histoire d'Haïti par celle des Tainos qui furent pourtant décimés près d'un siècle et demi avant l'arrivée des ancêtres des Haïtiens ; c) la révision islamique à travers laquelle on revendique la paternité de la cérémonie du Bois Caïman (1791) jusqu'à la phase finale de la révolution haïtienne (1803) menée par Jean-Jacques Dessalines.
Nous avons démenti, dans un autre cadre, toutes ces sortes de révisions, incluant la révision chrétienne classique touchant à Dessalines : à savoir qu'il fut une brute assoiffée de sang, qu'il doit sa victoire à la fièvre jaune ou qu'il fut assassiné par Henry Christophe, etc. Également, nous avons écrasé les plus récentes calomnies haïtiano-françaises disant que Dessalines était l'esclave de Toussaint Bréda, (2, 3, 4) et qu'il causa l'arrestation de Toussaint. (5) Par conséquent, nous nous limiterons, dans cet article, sur la révision islamique sur Dessalines et sa révolution que les révisionnistes prétendent fut un djihad ou une guerre sainte musulmane.


1- Dessalines et Grann Aloumandja

LeGrace Benson argumenta en 1996 fut Jean-Jacques Dessalines était soit musulman ou soit agissait sous influence musulmane. À titre de preuve, la révisionniste, supposément détentrice d'un doctorat, ne trouva mieux que la déformation vulgaire du nom d'Aloumandja, Lwa guerrière de Nation Nago (Yoruba) que Jean-Jacques Dessalines aurait servi, en "Allah-Mandja", un terme inconnu en Haïti et jamais répertorié dans les textes coloniaux de Saint Domingue  :
"General Jean-Jacques Dessalines, under whose leadership the revolution finally succeeded, if not Muslim, nevertheless evidenced influence from Muslim mysticism and magic. These were present in Haitian slave life just as Muslim mysteries and magic pervaded every West African locality where Muslims traded or had political hegemony. Dessalines created the flag in February 1803, months before its dramatic apparition in Archahaie on the eighteenth of May, reportedly after a ceremony in the houmfo he frequented. Eighteen May is the day for honoring the African lwa (spirit), Aloumandia (or Allahmandia). The name is thought to be a form of "Allah."" (6)
Traduction :
"Le Général Jean-Jacques Dessalines, sous la conduite duquel la révolution a finalement réussi, sinon musulman, a néanmoins démontré l'influence du mysticisme et de la magie musulmans. Celles-ci étaient présentes dans la vie d'esclaves haïtiens tout comme les mystères musulmans et la magie pénètrent dans toutes les localités ouest-africaines où les musulmans négociaient ou ont une hégémonie politique. Dessalines créa le drapeau en février 1803, quelques mois avant son apparition dramatique à Archahaie le 18 mai, après une cérémonie dans le houmfo qu'il fréquentait. 18 mai est le jour pour honorer le lwa (esprit) africain, Aloumandia (ou Allahmandia). Le nom est considéré comme une forme de "Allah"."
Nous avons déjà, dans un article précédant, démenti la vision erronée que l'"Afrique" de l'Ouest était bondée de musulmans. Une telle vision se base sur la réalité présente de cette partie du continent dans laquelle l'islam est très répandu. Mais ce n'était pas le cas durant l'époque de Saint Domingue. Car, l'islam atteignit les couches populaires Ouest-"africaines" qu'au cours de la colonisation occidentale du 19 siècle chrétien ; donc bien après l'indépendance d'Haïti (1804).
Mais, avenant que l'on accepte que la Déesse Aloumandja fut une déformation de "Allah Mandja". Dans ce cas, il faut se demander : que voudrait bien dire "Allah Mandja" en arabe? Il va de soi que les révisionnistes, pour universitaires qu'ils soient, ne se sont pas posés cette question pourtant logique? Ou du moins, s'ils se le s'ont posée, ce ne fut point ouvertement. À moins qu'ils l'aient fait mais n'ont pas obtenu la réponse désirée. Alors, faisons-le, nous-mêmes. Interrogeons la langue arabe pour savoir la signification de "Allah Mandja" qui, selon les révisionnistes, aurait été si essentiel pour que le Général Dessalines vénère l'entité s'y rattachant.

La traduction arabe donne ceci :


Allah,الله : Dieu
Mandja, Manja, (Manija), مانجا :  Mangue


Ainsi,


Allah Manja ou Allah Manija,  الله مانجا : Allah Mangue ou Mangue d'Allah

En d'autres termes, "Allah Mandja" ne veut absolument rien dire. Ce n'est que du délire, de la divagation de débiles. D'ailleurs, Aloumandja est une femme, une vielle femme, plus précisément. Est-ce que la femme est vénérée à ce point dans le culte musulman qu'elle puisse guider la main victorieuse de l'un des plus grands chef de guerre de l'histoire en Jean-Jacques Dessalines, l'unique commandant à sortir un peuple de la domination par ses propres moyens? Poser la question, c'est y répondre.


a) Aloumandja, Dessalines et les 99 noms/formes de Allah

Plus ridicule que l'assertion qu'Aloumandja fut une déformation d'Allahmandia, est l'affirmation que LeGrace Benson fit qu'Allahmandia serait "une forme de "Allah" :
"Aloumandia (or Allahmandia). The name is thought to be a form of "Allah."" (7)
Traduction :
"Aloumandia (ou Allahmandia). Le nom est considéré comme une forme de "Allah."" 
Benson poussa plus loin son délire condescendant, cette fois-ci, dans une publication haïtienne, en écrivant qu'Allah, le Dieu Suprême des musulmans, aurait 99 noms ou formes correspondantes aux Lwa ou Jany dans la Tradition haïtienne. À la différence qu'Allah est abstrait, donc inaccessible aux Noirs, ces êtres limités qui se rabattent sur les Lwa représentant le monde visible et immédiat à leur portée  :
"A chart of the ninety-nine names of Allah reveals the operation in Islam. (...) Allah is remote, the 99 names are abstractions rather than sensible forces or visibilities. Al-hallim, the Forbearing One, only enters everyday life through disciplined acts of imagination and will, but Damballah is visible right away in the rainbow. (...) The captives to whom they preached knew the names of forces and conditions: rain, smallpox, love, birth, death. Bringing together miraculous human heroes with personifications of natural powers and states of being engendered the double consciousness of lwa and saint. (...) The abstract names of Allah could not be used in such a fashion. Nor could the mystical and sometimes magical use of the sacred spelling out of the names of Allah function where literacy was forbidden. (...) But in Haiti the names of Allah were both anathematized and insufficiently personalized..." (8)
Traduction :
"Une carte des quatre-vingt-dix-neuf noms d'Allah révèle l'opération dans l'Islam. (...) Allah est distant, les 99 noms sont des abstractions plutôt que des forces sensibles ou des visibilités. Al-Hallim, le Patient, n'entre dans la vie quotidienne que par des actes disciplinés d'imagination et de volonté, mais Damballah est immédiatement visible dans l'arc-en-ciel. (...) Les captifs auxquels ils prêchaient connaissaient les noms des forces et des conditions: la pluie, la variole, l'amour, la naissance, la mort. Réunissant des héros humains miraculeux avec des personnifications de puissances naturelles et des états d'être engendra la double conscience de lwa et de saint. (...) Les noms abstraits d'Allah ne pouvaient pas être utilisés de cette manière. L'utilisation mystique et parfois magique de l'orthographe sacrée des noms d'Allah ne pouvait pas non plus fonctionner là où l'alphabétisation était interdite. (...) Mais en Haïti, les noms d'Allah étaient anathématisés et insuffisamment personnalisés..."
Voilà le niveau d'argument enfantin et insultant auquel on a droit, lorsque le vulgaire se prétend scientifique.* Et, bien entendu, pareil argument méprisant rejoint les intellectuels haïtiens qui l'approuvent et le conservent pour la postérité dans Journal of Haitian Studies, un torchon tiers-mondiste se faisant passer pour scientifique. Le fait est que, si Allah possède 99 noms, il existe, non pas 99 Lwa, mais 101 Nations (officielles)** ou Nanchon de Lwa. Et chacune de ces 101 Nations renferme un nombre incalculable de Lwa. Les estimations les plus conservatrices parlent de 401 Lwa. Mais en réalité, ce nombre symbolique peut facilement être multiplié par 10. Ainsi, 4001 Lwa ou Jany est plus raisonnable.
Et ces Lwa, étant des deux sexes : féminin et masculin, est-ce donc à dire que Allah possède une forme féminine, étant donné qu'Aloumandja ou Grann Aloumandja (Grand-Mère Aloumandja) est de sexe féminin? De plus, certains de ces mêmes Lwa ou Jany, dont Danmbala Wedo, le Lwa Couleuvre, ont la forme animale. Est-ce qu'il est écrit quelque part que Allah possède une forme animale? 
Également, certains de ces Lwa ou Jany consomment le sang animal. Nous citerons notamment, Lenglesou, Moundong, et plus précisément Dantò qui préfère la viande de porc. Est-ce donc à dire que Allah consommerait du sang et de la viande porcine, si clairement défendue dans le coran? Si ces questions sont en accord avec la doctrine musulmane, alors, qu'on me le fasse savoir.
Arrêtons ici cette analyse indigne de notre temps. Car, à suivre l'argumentaire révisionniste de LeGrace Benson voulant que les Lwa issus d'une religion ancestrale préislamique soient une forme d'Allah, nous tombons non seulement dans l'absurdité, mais dans le blasphème, du point de vue des deux religions en comparaison.

b) Dessalines et Grann Alouba

ll nous semble que LeGrace Benson a négligé de mettre en lumière le fait qu'outre Grann Aloumandja, Dessalines vénérait également la Divinité Grann Alouba : 
"... les mystères de Dessalines, particulièrement Grande Alouba et Grande Aloumandia, lui dictaient des avis de l'invisible..." (9)
Ce chant sacré lamentant l'assassinat de Dessalines au Pont-Rouge, précise nettement la relation privilégiée du leader mutilé avec Grann Alouba dont il a négligé la mise en garde :

"Défilée (la folle qui ramassa ses restes) ouè ;
Défilée pé !
Nan Pont-Rouge ci-là à,
Loman fait Dessalines douçouman.
(Grande) Alouba Ouganman, complot ci-là la,
Li fô passé ouanga.
Général Dessalines oh ! gadez misè moin,
Gadez tracas pays-là,
Pays-là chaviré." (10)
Traduction :
"Défilée (la folle qui ramassa ses restes) voit ; 
Défilée se tait
Au Pont-Rouge même,
Loman a rendu Dessalines docile.
(Grande) Alouba Ouganman, ce complot-ci, 
Il est plus fort que ouanga (la sorcellerie). 
Général Dessalines oh ! regardes ma misère, 
Regardes le tracas du pays, 
Le pays bascule."
Si Grann (Grande) Alouba et Grann Aloumandja sont souvent confondues par plusieurs, l'origine de Grann Alouba ne laisse cependant aucun doute. Cette dernière provient de l'ancien Royaume du Dahomey (Bénin actuel)Alouba fut l'un des prénoms attribués aux filles dont un parent s'est engagé officiellement dans le Fa, la divination sacrée :
"Rien d'étonnant que les Dahoméens aient cherché à en consacrer le souvenir jusque dans leur progéniture, en donnant enfants, qui leur naissent après l'accomplissement de cet acte, des noms caractéristiques qu'on appelle Favi gniko, « noms des enfants de Fa » et qui sont, par ordre de date de naissance pour les garçons, Amousou, Kapo, Mot-cho, Boko, Dan-ouën ; pour les filles, Alouba, Kidan, Aloubahouè, Fakamè." (11) 
De plus, au Dahomey, un conte relate l'histoire fictive d'Alouba, une vielle épouse de Roi qui rivalisa sans succès avec une co-épouse plus jeune. (12) Sans affirmer que ce conte renvoi à la Divinité  haïtienne Grann Alouba, notre certitude reste que les Dahoméens était traditonalistes à l'Époque de la colonie de Saint Domingue. L'islam ne s'étant pas encore introduit au Dahomey à cette époque, Alouba n'était donc pas un référent musulman.

 

2- Dessalines et le faux djihad

Dès janvier 1996, s'appuyant sur la déformation du nom d'Aloumandja et sur un tas de suppositions, la révisionniste LeGrace Benson affirma que la révolution résulte du djihad :
"A thoughtful reading of reports on the style and their actions of Haiti's liberation leaders suggests that their conception of the conflict into which they entered was not necessarily or simply a following of the notions of the rights of man articulated in the French Revolution and spread to Haiti : more personally and deeply it was a holy war—a jihad." (13)
Traduction :
"Une lecture réfléchie des rapports sur le style et les actions des dirigeants haïtiens de libération suggère que leur conception du conflit dans lequel ils sont entrés n'était pas nécessairement ou simplement un suivi des notions des droits de l'homme articulées dans la Révolution française et propagées en Haïti : plus personnellement et plus profondément, c'était une guerre sainte—un djihad."
6 ans plus tard, en 2002, toujours sans trouver la moindre preuve tangible, cette même révisionniste poursuit sa triste démarche :
"Tamerlan committed the sacred act of writing prayer in June, 1791. It was not a time when there moments and places for silence and reflection necessary for recognizing the right hand of Allah in all things. Rather, the governing factors were those that had motivated the Muslims Makandal and his companions to initiate a jihad decades before. Two months after Tamerlan wrote, another Muslim, Boukman would bring the latent jihad into terrifying and efficacious visibility."(14)
Traduction :
"Tamerlan a commis l'acte sacré d'écrire la prière en juin 1791. Ce n'était pas un moment où il y avait des moments et des lieux de silence et de réflexion nécessaires pour reconnaître la main droite d'Allah en toutes choses. Au contraire, les facteurs gouvernants étaient ceux qui avaient motivé les musulmans Makandal et ses compagnons à initier un djihad plusieurs décennies auparavant. Deux mois après Tamerlan a écrit, un autre musulman, Boukman porterait le djihad latent dans une visibilité terrifiante et efficace."
Et 4 ans plus tard, en 2006, donc 10 ans après sa publication initiale, toujours aucune trace de preuve démontrant le djihad sur une forme ou une autre dans la révolution haïtienne. Mais cela ne freina point LeGrace Benson, la révisionniste infatigable, dans ses déclarations hallucinantes :
"The imams had already been in Africa for centuries. They arrived on the first and last slave ships and put their great knowledge to the needs of survival first, then of revolution—a jihad, one might claim." (15)
Traduction :
"Les imams étaient déjà en Afrique depuis des siècles. Ils arrivèrent sur les premiers et derniers navires esclaves et mettaient leur grande connaissance aux besoins de la survie d'abord, puis de la révolution—un djihad, pourrait-on prétendre."
En 2009, ce fut au tour de la révisionniste Susan Buck-Morss de prendre le relais et d'insinuer le djihad, cette fois-ci, en plaçant Dessalines au coeur de ses délires fantaisistes dans lesquelles la révolution haïtienne serait un djihad malhonnête, dépourvu de but religieux :
"Dessalines for setling out "to give as good as he got." then there is no honest reason for excluding from the story of Liberty the eye-for-an-eye, tooth-for-a-tooth logic of political jihad—only the dishonest one of rejecting, not the means of jihad, not the policy of violent retribution against one's enemy, but the religious goal, as if to say that in the broadly inclusive panoply, the multiversality of global culture, there is one (with which over a billion human beings happen to identify) that is simply, irredeemably, wrong. The political question emerging from this historical encounter, that urgently needs to be addressed, is this: how is it that the revered Euro-American revolutionary slogan, "Liberty or Death," came to be cordoned off in Western thought and practice from the allegedly infamous tradition of Islamic jihad?
Is the name of universal humanity, the vanguard justifies its own violence as higher truth. At this crossroad Osama bin Laden meets Jean-Jacques Dessalines, and Vladimir Lenin meets George W. Bush." (16)
Traduction :
"Dessalines pour avoir indiqué "rendre coup pour coup." Alors il n'y a aucune raison honnête d'exclure de l'histoire de la liberté la logique du djihad politique de l'œil pour l'œil, dent pour dent,uniquement celui malhonnête de rejeter, non pas le moyen du djihad, non pas la politique de représailles violentes à l'encontre de son ennemi, mais le but religieux, comme pour dire que dans la panoplie globalement inclusive, la multiversalité de la culture mondiale, il y en a une (avec laquelle plus d'un milliard d'êtres humains s'identifient) qui est simplement irréversible, faux. La question politique qui se dégage de cette rencontre historique, qui doit être traitée de toute urgence, est la suivante: comment se fait-il que le slogan révolutionnaire «Liberté ou la Mort» a-t-il été enfermé dans la pensée et la pratique occidentales à partir de la tradition infâme du djihad islamique?
Est-ce qu'au nom de l'humanité universelle, l'avant-garde justifie sa propre violence comme vérité supérieure. A ce carrefour, Oussama ben Laden rencontre Jean-Jacques Dessalines et Vladimir Lénine rencontre George W. Bush."
Or, comme nous l'avons souligné dans un article précédent, la révolution haïtienne (1791-1803) ne peut pas être considérée comme un djihad puisse qu'elle précède l'implantation du concept de djihad en Afrique. En effet, alors que la bataille finale de la révolution haïtienne avait eu lieu plusieurs mois plus tôt, le 18 novembre 1803, le premier djihad "africain", entrepris par Dan Fodio, survint qu'en 1804 :
"Islam went its way peacefully, except when traditional leaders sought to block it; then it went to war. Such were the circumstances that led the Fulani Muslim leader Shehu Usuman Dan Fodio (of Sheik Dan Fodio) to begin a jihad, or holy war, in 1804 against the hostile government of King Yunfa of Gobir, considered by jihadists to be a wayward Muslim." (17)
Traduction :
"L'islam a fait son chemin pacifiquement, sauf quand les chefs traditionnels ont cherché à le bloquer ; alors il est allé à la guerre. Telles étaient les circonstances qui ont conduit le dirigeant musulman peul Shehu Usuman Dan Fodio (du cheikh Dan Fodio) à lancer un djihad ou guerre sainte en 1804 contre le gouvernement hostile du roi Yunfa de Gobir, considéré par les djihadistes comme un musulman rebelle."
En d'autres termes, Haïti était déjà indépendant, officiellement au 1er janvier 1804, peu avant même que les "Africains" islamisés, jusque là relativement pacifiques, expérimentaient avec leur premier djihad. 




3- Face à Dessalines, Ben Laden fut un enfant de choeur

Le pire dans tout ça est que les révisionnistes savent parfaitement le statut post révolution haïtienne du djihad ouest-"africain" de Dan Fodio. (18) Pourtant, faute de arguments, ils persévèrent en s'imaginant que le djihadisme consiste la forme militaire la plus radicale qui soit ; et que la révolution haïtienne devait en découler. Mais que savent-ils réellement de la révolution haïtienne? Ben Laden, le vulgaire criminel, qu'ils croient maître dans la production d'épouvante, ne fut qu'un enfant de coeur à comparer aux méthodes guerrières de Jean-Jacques Dessalines. Car, pour ce Général haïtien de génie, tout était permis. Il était prêt à incendier les 7/8 du globe pour maintenir la liberté qu'il a donnée à son peuple :
 "Nous avons juré de punir quiconque oserait nous parler d'esclavage. Nous serons inexorables, peut-être même cruels, envers tous les militaires qui viendraient nous apporter la mort et la servitude. Rien ne coûte et tout est permis à des hommes à qui l'on veut ravir le premier de tous les biens. Qu'ils fassent couler des flots de sang, qu'ils incendient, pour défendre leur liberté, les sept huitième du globe, ils sont innocents devant Dieu qui n'a pas créé les hommes pour les voir gémir sous un joug honteux." (19)
Donc, le djihadisme, ce semblant pathétique de résistance religieuse armée n'ayant rien accompli de valable depuis son invention, n'est que la bouillie pour chats, à comparer la noble révolution traditionaliste haïtienne. Car, dans cette résistance traditionnelle, l'Occident se croyant maître de l'intimidation et de l'horreur à dû courber l'échine face à des pères ou des mères traditionalistes qui allaient jusqu'à empoisonner un à un tous les membres de leur famille, uniquement pour le plaisir de regarder le maître d'esclaves souffrir de la perde de main-d'oeuvre que lui occasionnait les morts successives de cette famille :
"Quand ils veulent se venger de leurs maîtres, ils empoisonnent ses autres esclaves, les bœufs, les chevaux et les mulets nécessaires à l'exploitation de l'habitation. Ces malheureux, afin de n'être pas soupçonnés, commencent leur crime sur leur propre famille ; ils font périr leur femme, leurs enfants, et leur maîtresse. Ils ne sont pas même excités à toutes ces horreurs par la vengeance seule ; souvent celui qui en forme le projet et qui les commet, est précisément le nègre le mieux traité de l'habitation, celui pour qui le maître a le plus de bontés. Alors sa cruauté ne peut être conduite que par le plaisir barbare d'abuser de la faiblesse de son maître, et de l'humilier en le ruinant, afin de le rapprocher autant qu'il le peut, de la misère de son état." (20)
Il faut préciser qu'il est injuste et insultant de comparer les actions crapuleuses de Ben Laden et des djihadistes semant la terreur par prosélytisme, à celles de Dessalines qui agissait dans les extrêmes uniquement pour la protection des droits de son peuple :
"Les crimes les plus atroces, jusqu'alors inconnus, et qui feraient frémir la nature, ont été commis par les Français. Enfin l'heure de la vengeance est arrivée, et les implacables ennemis des droits des hommes ont reçu la punition due à leurs crimes. (...) Victimes mutilées de la cupidité des Français, après avoir enrichi de nos travaux ces oppresseurs insatiables, avec une patience et une résignation sans exemple, nous aurions vu cette horde sacrilège attenter de nouveau à notre destruction sans distinction de sexe ni d'âge ; et nous, qu'ils appelaient hommes sans énergie et sans courage, nous n'aurions pas plongé dans leur sein le poignard du désespoir? (...) Oui, nous avons rendu à ces anthropophages guerre pour guerre, crime pour crime, outrage pour outrage. Oui, j'ai sauvé mon pays, j'ai vengé l'Amérique ! (...) Il est nécessaire, pour raffermir cette union, de vous rappeler les atrocités commises contre notre espèce. Le massacre prémédité de l'entière population de cette île, résolu dans le silence et le sang-froid du cabinet? L'exécution de cet abominable projet me fut effrontément proposée lorsqu'elle était déjà commencée par les Français, avec le calme et la sérénité d'une contenance accoutumée à de semblable crimes." (21)
En effet, car dès 1791, les Français, s'adonnaient à des pratiques génocidaires dont l'injection de la variole aux Noirs :
"In Jérémie, in the Grande Anse, whites imprisoned local free men of color on a ship in the harbor and deliberately infected them with smallpox ; only a third of them survived." (22)
Traduction :
"À Jérémie, dans la Grande Anse, les blancs emprisonnaient des hommes de couleur locaux sur un navire dans le port et les infectèrent délibérément avec la variole ; Seulement un tiers d'entre eux ont survécu."
Plus tard, Charles Leclerc, commandant de l'expédition française portant son nom, avait écrit le 7 octobre 1802 au Premier Consul Napoléon Bonaparte, son beau-frère, lui exposant son plan d'exterminer la population noire :
"Voici mon opinion sur ce pays. Il faut détruire tous les Nègres des montagnes, hommes et femmes, ne garder que les enfants au-dessous de 12 ans, détruire moitié de ceux de la plaine et ne pas laisser dans la colonie un seul homme de couleur qui ait porté l'épaulette. Sans cela jamais la colonie ne sera tranquille et au commencement de chaque année, surtout après les saisons meurtrières comme celle-ci, vous aurez une guerre civile qui compromettra la possession du pays." (23)
Suite au décès du général français Leclerc, Rochambeau appliqua son plan génocidaire par les moyens les plus déplorables qui soient : noyades, pendaisons, fusillades, asphyxies par la chaux, meurtres par chiens anthropophages, et même la pratique pré-nazie de jeter ses ennemis aux fourneaux :
"A Jérémie, Darbois secondait trop puissamment les vues du gouvernement pour qu'on songeât à le relever. (...) Darbois est le premier qui ait jeté dans un fourneau quinze noirs ou mulâtres. Ce fait est trop connu pour être révoqué en doute. Un individu échappé à ce cruel supplice existe encore à Jérémie." (24)


4- Dessalines, Lavalas et Dechoukaj

Il faut également se rappeler que Dessalines a qualifié la nature de ses propres entreprises militaires. Et la description qu'il en fit n'avait rien d'un djihad ou de tout élément doctrinal musulman s'y rattachant. Au contraire, sa description fut la suivante :
"Comme un torrent débordé qui brise tout ce qui se trouve sur son passage, votre fureur vengeresse a renversé tout ce qui s'opposait à sa course impétueuse." (25)
Quiconque le moindrement familier avec la culture haïtienne résumera aisément cette phrase de Dessalines en un mot, non pas par le mot arabe djihad, mais par "Lavalas", terme créole encore utilisé dans le domaine climatique autant que politique :
"Lavalas : 1. torrent, déluge. 2. Fanmi Lavalas. Organisation politique." (26)
De même, dans la phrase de Dessalines, lorsque nous traduisons le verbe français «Renverser» ("renversement") en créole haïtien, nous obtenons "Dechouke" :
"Renverser : dechouke, ranvèse, kapote." (27) 
Le verbe créole "Dechouke", qui signifie "déracinement", a "Dechoukaj" ou "Dechoukay" pour nom. Et comme "Lavalas", "Dechoukaj" ou "Dechoukay" est encore utilisé en Haïti pour désigner soit l'action de déraciner un arbre, soit l'explosion violente d'un mouvement politique et révolutionnaire.
D'ailleurs, un autre point de démarcation entre les actions de Dessalines et la barbarie et l'intolérance islamiques, réside dans le fait que le leadeur des Haïtiens, aussitôt la capitulation des Français signée et leur évacuation une réalité, a déclaré solennellement, le 29 novembre 1803, déplorer toute perte de vies innocentes :
"Si, dans les divers soulèvements qui ont eu lieu, des Blancs, dont nous n'avions pas à nous plaindre, ont péri victimes de la cruauté de quelques soldats ou cultivateurs, trop aveuglés par le souvenir de leurs maux passés pour distinguer les propriétaires humains de ceux qui ne l'étaient pas, nous déplorons sincèrement leur malheureux sort, et déclarons à la face de l'univers que ces meurtres ont été commis malgré nous. Il était impossible, dans une crise semblable à celle où se trouvait alors la colonie, d'arrêter ou prévenir ces désordres. Ceux qui ont la moindre connaissance de l'histoire savent qu'un peuple, qu'il fût le plus policé de la terre, se porte à tous les excès lorsqu'il est agité par les discordes civiles, et que les chefs n'étant pas puissamment secondés, ne peuvent pas punir tous les coupables sans rencontrer sans cesse de nouveaux obstacles. Mais aujourd'hui que l'aurore de la paix nous présage un temps moins orageux et que le calme de la victoire succédé aux désordres d'une guerre affreuse, Saint Domingue doit prendre un nouvel aspect, et son gouvernement doit être désormais celui de la justice." (28)
L'habilité de Dessalines à se départir des horreurs de la guerre au profit de la justice, du bon voisinage et de la paix, s'est concrétisée par l'asile qu'il accorda à des Allemands et Polonais de bonne volonté : 
"Comme il est dérogatoire à ma dignité et à ma mémoire de punir l'innocent pour les crimes du coupable, une poignée de blancs, recommandables par les sentiments qu'ils ont toujours professés, et qui ont en outre fait le serment de vivre avec nous dans les bois, ont éprouvé ma clémence. J'ordonne qu'on les laisse vivre et qu'ils ne soient point mal traités.
Je recommande de nouveau, et j'ordonne à tous les généraux des départements, de garantir se cours, encouragement et protection à toutes les nations neutres ou alliées qui désireraient établir des relations commerciales dans cette île." (29)
D'autres points restent à soulever pour dissocier Jean-Jacques Dessalines d'un quelconque mouvement musulman. Mais avant, nous analyserons plus en détail le peu des arguments révisionnistes, en particulier ceux se rapportant à Dessalines.




5- La constitution de Dessalines et la religion

Si Dessalines était effectivement de foi musulmane, impliqué en plus dans une guerre sainte, djihad, qu'il a gagnée, les articles de loi qu'il confectionna auraient été conformes à sa croyance. Qu'en fut-il dans la constitution impériale du 20 mai 1805? (30)
  • Les références religieuses : D'entrée de jeu, la préambule de la constitution de Dessalines fait allusion à  l'être Suprême et également à la Nature : "En présence de l'Être Suprême, devant qui les mortels sont égaux, et qui n'a répandu tant d'espèces de créatures différentes sur la surface du globe, qu'aux fins de manifester sa gloire et sa puissance, par la diversité de ses oeuvres, ; En face de la nature entière dont nous avons été si injustement et depuis si longtemps considérés comme les enfants réprouvés. "
    L'Être Suprême demeure neutre dans le texte. Il n'est pas identifié comme Allah ou Mahomet (musulman), ni comme Jéhovah (chrétien). Cependant, la référence à la Nature renvoi aux croyances ancestrales. Car la Nature omnipotente revient fréquemment dans les textes de Dessalines, comme nous le verrons plus tard.
  • Le nom de Dieu : Dieu en tant que tel est énoncé qu'à deux reprises dans la constitution de 1805 ; soit dans l'article 37 qui clarifie que "Tout acte public sera fait en ces termes : « L'Empereur d'Haïti et le chef suprême de l'armée, par la grâce de Dieu et la loi constitutionnelle de l'État. »". Puis, à la fin du document, où l'empereur valide le document : "Nous, Jacques Dessalines, 1er Empereur d'Haïti et chef suprême de l'armée, par la grâce de Dieu et la loi constitutionnelle de l'État." Dans les deux cas, Dieu est invoqué, non pas dans un contexte musulman, mais via la formule chrétienne de "par la grâce de Dieu".
  •  L'appellation des habitants : Aucune référence à l'islam, à Allah, ni à Mahomet n'a été faite dans la constitution impériale. Et en aucun endroit ne réfère-t-on aux citoyens comme des musulmans. Ce qui renforce l'argument non-islamique du document. D'ailleurs, autre que le terme "Haïtien", la seule exigence était raciale. L'article 14 précise que : "les Haïtiens ne seront désormais connus que sous la dénomination génériques de noirs." Pourquoi Dessalines n'a pas déclaré tous les citoyens musulmans, si effectivement il était de foi musulmane, et fraîchement sorti dans un djihad?
  • Référence au culte : Une constitution musulmane aurait mise les préoccupations cultuelles en évidence. Mais ce ne fut pas le cas de la constitution de Dessalines qui consacre l'avant derrière section "Du Culte", derrière les sections suivantes : "Déclaration préliminaire", "De l'Empire", "Du Gouvernement", "Du Conseil d'État", "Des Ministres", "Du Ministre des Finances et de l'Intérieur", "Du Ministre de la Guerre et de la Marine", "Du Secrétaire d'État", puis "Des tribunaux". Cette section "Du Culte" nous indique avec clarté que Dessalines n'était pas musulman. Car, via l'article 50, il déclare  que : "La loi n'admet pas de religion dominante." Ce qui est contraire à la religion dominatrice qu'est l'islam. Puis les articles 51 prône la liberté de culte : "La liberté des cultes est tolérée.", tandis que l'article 52 affirme la laïcité ou la neutralité de l'État dans les affaires religieuses : "L'État ne pourvoit à l'entretien d'aucun culte ni d'aucun ministre.".
  • Gestion des moeurs : Les articles 14 et 15 des Dispositions générales proposent des mesures matrimoniales extrêmement libérales pour son temps, et diamétralement opposées à la charia, la loi islamique : "Le mariage est un acte purement civil et autorisé par le gouvernement.", "La loi autorise le divorce dans les cas qu'elle a prévus et déterminés.".
  • Les fêtes nationales : L'article 27 des Dispositions générales résume les fêtes en ces termes : "Il y aura des fêtes nationales pour célébrer l'Indépendance, la fête de l'Empereur et de son auguste Épouse, celle de l'Agriculture et de la Constitution.". Sans grande surprise, il n'y a pas eu de fête musulmane dans l'Empire que les révisionnistes prétendent pourtant être née d'un "djihad" imaginaire.
 Donc, d'après la constitution du 20 mai 1805, l'Empire de Jacques I dit Dessalines était laïque. Mais qu'en fut-il est du mode de vie de Dessalines?


6- Dessalines et l'alcool

D'après le témoin oculaire Descourtilz, Dessalines et ses officiers buvaient du tafia (de l'alcool fort), une pratique non seulement interdite pas l'islam, mais indigne d'un leadeur qui aurait été impliqué dans une guerre sainte musulmane :
"Après avoir ainsi long-tems combattu la fatigue et respiré une poussière désagréable, nous arrivâmes au haut d'un morne couvert de lataniers auxquels on venait de mettre le feu, pour prévenir les embuscades. N'ayant bu ni mangé depuis deux jours, et rencontrant un cabrouet chargé de provisions pour Dessalines, je tendis la main à une femme de couleur qui, après m'avoir reconnu, me plaignit beaucoup, et m'ayant fait désaltérer, me donna quelques aliments que je dévorai sans discontinuer notre marche. Enfin, Honorine (c'était le nom de cette jeune mulâtresse) ranima mes forces avec un coup du tafia qu'elle portait dans un coco [noix de coco] aux officiers ; elle me fit aussi le cadeau d'une morue salée, en m'assurant qu'elle ne pouvait faire mieux pour moi jusqu'au lendemain." (31)
Descourtilz servait du tafia aux soldats de Dessalines le surveillant :
"Mes succès dans les cures des blessés, que je traitais par les plantes du pays d'après la combustion des pharmacies, me donnèrent auprès des autorités noires un relief qui me rendit bientôt un important personnage, non point du côté de la puissance, puisque sans cesse et par-tout accompagné de quatre dragons, je ne pouvais seul faire un pas, car on était persuadé qu'il me tardait de rejoindre la colonne française. Aussi ces quatre cavaliers, considérés comme mes protecteurs et nommés pour ma garde d'honneur, avait par dessous main l'ordre de me fusiller au moindre projet de désertion. Comme j'avais soin d'eux, et que je n'épargnais ni le tabac ni le tafia, je captai leur confiance, au point qu'ils me dévoilèrent sans artifice la consigne qui leur était donnée." (32) 
Les quatre dragons envoyés par le commandant Léandre (troupe de Dessalines) chercher Descourtilz, furent amadoués par du tafia :
"Léandre m'envoya quatre dragons et un cheval de monture sellé et bien harnaché, avec invitation de venir au secours de sa femme qui venait d'accoucher d'un enfant mort, et était dans le plus grand danger.
Mon heure sûrement n'était point encore venue ! Je me sentis de la répugnance à faire cette démarche; de son côté Pompée, saisissant le tafia, offre la goutte aux quatre dragons, les fait jaser, puis de suite monte la tête des malades, afin qu'ils ne me laissent pas partir, en disant que je leur suis spécialement destiné, et que le général Dessalines serait offensé de la moindre absence." (33)
Diaquoi, Aide de Camp de Dessalines, planifia de servit du tafia contenant de l'opium aux sentinelles de Descourtilz afin de le permettre de s'échapper :
"Diaquoi, en se promenant, toussant, ruminant, enfin tout en jasânt avec les sentinelles qui ne le savaient point disgracié, leur ferait désirer un coup de tafia dont ils étaient frustrés depuis si long tems, qu'il ferait valoir son artifice, et vanterait sa générosité, que la bouteille serait ouverte, puis rebouchée, qu'enfin il en serait donné une rasade à la dérobée, et sous condition expresse d'une exacte surveillance. Belle promesse!... le tafia contenant de l'opium devait les mettre hors d'état de service." (34) 
Descourtilz buvait du vin et du tafia dans le camp de Dessalines, durant la bataille de la Crête-à-Pierrot, et savait que les troupes de Dessalines en auraient désirés :
"Les troupes privées d'eau et de nourriture avec cette chaleur accablante, obligées de mâcher des balles de plomb dans l'espoir d'étancher leur soif insupportable, provoquaient par cette trituration une salive bourbeuse qu'ils trouvaient encore délicieuse à avaler. Ils souffraient sans se plaindre, par l'espérance de se venger. Languissant de faim, agités par la peur, ces soldats promenaient ces deux sensations opposées sur leur figure moribonde.
Pendant cette affreuse calamité, travaillant sans salaire, privé, ainsi que l'agneau que l'on va égorger, d'une nourriture qui me devenait inutile, un Dieu veillait néanmoins à mes besoins, et sans le secours des chefs qui m'avaient établi, j'avais de l'eau, du pain, du vin, du tafia, et autres provisions qu'eux-mêmes eussent bien désiré de posséder, quoiqu'il ne fut guères possible de manger de sang-froid, ayant par-tout autour de soi la mort présente !" (35)


7- Dessalines et la viande de porc

Les révisionnistes ont tort en rapprochant maladroitement le libérateur d’Haïti à l’islam. Comment prétendre l’islamiter de la révolution haïtienne, lorsque la généreuse Claire-Heureuse, la première dame, la femme de Dessalines, avait des provisions de porc salé, au point d’en fournit à Descourtilz, un colon français soignant les troupes, dans sa réserve personnelle? :
"Honorine tint parole, et ayant parlé de moi à Mme Dessalines, je reçus un peu d'argent et du porc salé, ainsi que des légumes secs, avec recommandation expresse de garder le silence à l'égard d'un bienfait qui ne devait point être connu."  (36)
Baser sur cette citation, nous pouvons affirmer que Dessalines et sa troupe mangeaient de la viande de porc formellement proscrite par l'islam.
 

a) Dessalines autorisait l’importation de viande porcine

Le témoignage du colon Pierre Chazotte nous apporte une preuve infaillible de la non-islamiter de Dessalines. Le matin du 13 mars 1804, Pierre Étienne Chazotte, colon français de Jérémie ayant eut la vie sauve dû au fait que les soldats de Dessalines l’avaient pris pour un Américain. Il fut  donc convoqué par Dessalines, alors Gouverneur général, qui lui demanda d’écrire à ses concitoyens américains afin de renforcer les échanges commerciaux entre l’île et les Etats-Unis. Échanges qui comprendrait l’importation nouvelle d’armes et le maintient de l’importation de denrées alimentaires, dont le porc, que Dessalines se dit « heureux d’échanger pour du café » :

""You Americans bring to this country nothing but fish, pork, beef, flour, rice and some dry goods ; we are glad to exchange those things for coffee ; but we also want gunpowder, shot, muskets, swords and all kinds of ammunition ; and above all some strongly built and fast sailing vessels, pierced for cannon, to guard our coasts and protect them against the French privateers. Write, write to your friends—let them send all those things whatever may be the cost, I will pay them well and make their fortunes, &c.”" (37)
Traduction :
""Vous Américains apportez à ce pays rien que le poisson, le porc, le bœuf, la farine, le riz et certains produits secs ; nous sommes heureux d'échanger ces choses pour le café ; mais nous voulons aussi de la poudre à canon, des balles, fusils, épées et toutes sortes de munitions ; et surtout des bateaux à voile fortement construits et rapides, percés pour canon, pour surveiller nos côtes et les protéger contre les corsaires français. Écrivez, écrivez à vos amisfaites les envoyer toutes ces choses quelles qu’en soit le coût, je vais les payer bien et faire leur fortune, &c.”"


b) Vente de porc, produit banal, en Haïti après l’indépendance

Après la mort de l’Empereur Dessalines, tout comme durant et avant son règne la vente et la consommation du porc a eu lieu de manière continue, sans qu’aucune forme d’interdit, ni d’attention particulière, le fut accordé, comme cela aurait été immanquablement le cas, si Saint Domingue ou Haïti avaient le moindre penchant musulman. Ce tableau publié en 1819 par Hérard-Dumesle (celui même qui présentera peu après le "serment" du Morne Rouge) nous indique que le porc se vendait librement dans le pays (du moins les prix dans la partie Ouest et Sud où résidait Hérard-Dumesle, étant donné qu’Haïti était scindée en 2 jusqu’en 1820), tel une denrée des plus ordinaires :


 
 
Source : Hérard-Dumesle. "L’observateur", vol. XI, Cayes, 1819. p.15.


c) Les noirs islamisés de Saint Domingue ne mangeaient pas de porc et ne combattaient pas

La révisionniste Aisha Khan joua des pieds et des mains afin de démontrer que l'islam pratiqué à Saint Domingue fut créolisé ou syncrétisé au point d'intégrer la consommation interdit de porc :
"As the demographic majority in the region, Afro-Caribbeans are differentiated according to Old World ethno-linguistic group history (e.g., Hausa, Yoruba) and culturally authenticated by scholars according to the “creolized” or “syncretic” religions that they brought to, and elaborated in, the New World (e.g., Vodou, Candomblé). Islam among these populations was also “creolized” (and, indeed, was never “pure” to begin with) and in some cases was folded into other religious traditions." (38)
Traduction :
"En tant que majorité démographique de la région, les Afro-Caraïbes sont différenciés selon l'histoire du groupe ethnolinguistique de l'Ancien Monde (par exemple Hausa, Yoruba) et culturellement authentifiés par les savants selon les religions «créolisées» ou «syncrétiques» qu'ils ont apportées, Et élaboré dans, le Nouveau Monde (par exemple, Vodou, Candomblé). L'islam parmi ces populations était aussi «créolisé» (et, en fait, n'était jamais «pure» pour commencer) et dans certains cas a été plié dans d'autres traditions religieuses."
Cette révisionniste des plus téméraires, ne trouvant aucun appui factuel dans la colonie de Saint Domingue, sortit du cadre dominguois particulier, et erra dans le monde caribéen anglophone multiculturel afin de prouver son point qui demeure vide, enfantin et insipide. Car, Descourtilz, témoin oculaire, nous a longtemps appris que les captifs dominguois islamisés (Beurnon - du Royaume Kanem Bornou du Tchad - et Phylanis ou Peuls) maintenaient la rigueur dans leur foi et ne consommaient point de porc et ne faisaient pas de guerre*** :
"La religion dominante des nègres de Beurnon a beaucoup de rapport avec celle des Phylanis. L'ambition est un monstre à leurs yeux : ils ne cherchent qu'à protéger leurs semblables; c'est pourquoi ils ne font jamais la guerre. Sévères observateurs de l'hospitalité, si un étranger arrive au pays de Beurnon, le chef de cette peuplade unie, pour capter les bonnes graces de l'inconnu et le retenir dans ses étals, lui donne des terres et une de ses filles en mariage.
Il lui est de plus fourni des vivres jusqu'à la première récolte qu'il aura pu faire. Voilà, ce me semble, les premiers fondements de la religion naturelle : « Faites aux autres ce que vous voudriez qu'on vous faît ».
Ils ne mangent de viande que celle sacrifice et bénie par leur grand-prêtre, appelé alpha [Viande halal]. L'usage de la viande de porc leur est interdit. Un homme qui fait pénitence. Beurnon, se tient sur les grands chemins, avec des canaris pleins d'eau, dont il offre, par charité, à tous les passants ou voyageurs fatigués." (39)
Au vu de l'orthodoxie des captifs islamisés à Saint Domingue, Dessalines et les leadeurs de la révolution haïtienne n'ayant aucun malaise à consommer la viande porcine, n'étaient pas musulmans.


8- Croyances de Dessalines

Nous avons analysé les lois promulguées par Dessalines. Maintenant, penchons-nous sur ses croyances captées à travers l'étude de ses textes et ses actions telles que décrites par des témoins.


a) Dessalines a vengé l'Amérique, pas Allah

Huit jours après avoir puni des Français se trouvant au Cap, Dessalines, dans son discours du 28 avril 1804, a déclaré à son peuple : "J'ai sauvé mon pays. J'ai vengé l'Amérique!" Il signifia ainsi qu'il a sauvé son pays du génocide que les Français avaient mis en marche ; et par la même occasion, il a vengé le continent américain (notamment la Martinique et la Guadeloupe de l'héroïque Louis Delgrès) des crimes qu'il a subi des mains des Européens :
"Où est l'Haytien assez vil, assez indigne de sa régénération, pour penser qu'il n'ait pas rempli les décrets du ciel, en exterminant ces tigres sanguinaires. S'il en est un, laissez-le fuir ; que la nature indignée l'éloigne de notre sein. (...) Oui, nous avons rendu à ces anthropophages guerre pour guerre, crime pour crime, outrage pour outrage. Oui, j'ai sauvé mon pays, j'ai vengé l'Amérique ! L'aveu que je fais à la face du ciel et de la terre, fait mon orgueil et ma gloire : quelle est pour moi la conséquence de l'opinion qu'auront de ma conduite mes contemporains et les générations futures ? J'ai fait mon devoir, je m'approuve, cela me suffit." (40)
Dans ce discours, Dessalines prit le Ciel, la Terre et la Nature en témoins, une approche plutôt traditionaliste. Cependant, Il n'a point déclaré "Allah u akhbar!" (Dieu est grand!), la formule omniprésente chez les guerriers musulmans. Ni n'a-t-il fait savoir qu'il "vengea Allah" ou "la foi musulmane", comme l'aurait fait un djihadiste. Sa devise fut la suivante :  
"Toujours guerre à mort aux tyrans ! c'est ma devise, liberté, indépendance, c'est notre cri de ralliement." (41)
Au point de vue du langage guerrier adopté, nous pouvons dire que Dessalines n'était pas musulman. Et il n'a surtout pas mené de djihad. Il fonctionnait selon le principe ancestral du : Kou pou kou. Bondje ri. (Litéralement : Coup pour coup. Le Bon Dieu rit). Ce principe de "Kou pou kou. Bondje ri" est l'équivalent d'oeil pour oeil, dent pour dent. À la distinction que "Kou pou kou. Bondje ri" reçoit l'approbation du Bon Dieu qui rit, en voyant s'accomplir un acte de vengeance légitime. Donc, nulle besoin pour Dessalines de justifier son acte vengeur à quiconque, sa vengeance étant automatiquement divine.


b) Dessalines à la Crête-à-Pierrot et la Guadeloupe

Extrêmement répandu, est le fait d'armes du 12 mars 1802, quand Dessalines a annoncé à ses soldats son intention de faire exploser la poudrière du fort de la Crête-à-Pierrot qu'ils occupaient, si les Français y pénétraient :
"Le lendemain, aux premiers rayons du soleil, Dessalines vit plusieurs colonnes françaises se déployer dans la plaine. Il s'assit sur un tas de boulets, au centre du fort, près de la poudrière. Il se prit à réfléchir pendant quelques minutes. Sortant tout-à-coup de sa rêverie, il se saisit d'une torche enflammée, et dit en créole , en allongeant le bras sur un caisson : « Je ne veux garder avec moi que des braves; nous serons attaqués ce matin; que ceux qui veulent redevenir esclaves des français sortent du fort, et qu'ils se rangent autour de moi, ceux qui veulent mourir en hommes libres, » La garnison s'écria par acclamations : « Nous mourrons tous pour la liberté! » — «Si les français, continua-t-il, pénètrent dans cette enceinte, je vous ferai tous sauter. » L'on attendit l'ennemi avec impatience." (42)
Certains pourraient facilement voir un lien islamique dans une telle attitude. Mais ils auront tort. Car, sauter la poudrière d'un fort est une pratique nettement répandue en Occident comme dans les Antilles. À Saint Domingue, dès le 19 Février 1794, à l'Acul, un Noir a fait sauté la poudrière d'une position anglaise, faisant 60 morts chez les Anglais. (43) Pareillement, à Ravine-à-Couleuvre, au début 1802, les forces de Toussaint ont fait sauter la poudrière à Ravine-à-Couleuvre pour empêcher les Français de s'en emparer. (44) Finalement, la veille des événements à la Crête-à-Pierrot, les Français, avaient fait sauter des munitions à l'habitation Plassac, au Nord-Est de Labadie, au Sud du chemin des grands Cahos. (45) Cependant, Dessalines haussa l'audace de cette tactique, en proposant de se faire exploser soit même, et non simplement l'ennemi.
De plus, la bravoure de Dessalines ne fut pas alimenter par une quelconque doctrine djihadiste qui lui fut inconnue. Ce Général puisa plutôt inspiration dans la souffrance commune des Noirs d'Amérique et d'Europe. Dans sa déclaration du 28 avril 1804, il indiqua qu'il suivit l'exemple de Delgrès (Delgresse) qui s'est fait exploser au Matouba, à la Guadeloupe, dans des circonstances identiques, en dépit du fait que son action du 12 mars 1802, à la Crête-à-Pierrot,**** devança de 2 mois, le geste majestueux de Louis Delgrès survenu le 28 mai de cette même année : 
"La Guadeloupe pillée et détruite, ses ruines encore fumantes du sang de ses enfants, les femmes et les vieillards passés au fil de l'épée ! Pèlage lui-même, victime de leur perfidie, après avoir bassement trahi son pays et ses frères! Le brave et immortel Delgresse, qui sauta avec le fort qu'il défendait, plutôt que d'accepter leurs fers ! Magnanime guerrier ! cette noble mort, loin d'affaiblir notre courage, ne servira qu'à augmenter en nous la résolution de te venger ou de te suivre. Le déplorable destin de nos frères répandus en Europe ? et (affreux avant-coureur de la mort) ce terrible despotisme exercé à la Martinique ! Malheureux peuple, puissé-je voler à votre secours et briser vos fers ! Hélas ! une barrière insurmontable nous sépare ; mais peut-être une étincelle du feu qui nous enflamme s'allumera dans vos cœurs, peut-être, au bruit de cette révolution, soudainement éveillés de votre léthargie, les armes à la main, vous réclamerez vos droits sacrés et inviolables.
Après le terrible exemple que j'ai justement donné, que tôt ou tard la justice divine envoie sur la terre des esprits forts, au-dessus de la faiblesse du vulgaire, pour la destruction et la terreur des méchants, tremblez ! tyrans usurpateurs, fléaux du Nouveau-Monde, nos poignards sont aiguisés, votre punition est prête ! " (46)

D'ailleurs, il faut rappeler que comme Dessalines, Louis Delgrès, n'était pas musulman. Il était "un libre de couleur au service de la révolution égalitaire et libératrice". (47) Vraisemblablement, il n'était pas traditionaliste non plus. Mais cela ne l'empêcha pas de se faire sauter avec ses frères et soeurs d'armes, poussés par la soif de "Vivre libre ou de mourir", un slogan qui rappelle "Liberté ou la Mort" appartenant à Dessalines et aux révolutionnaires haïtiens.


(Fort de la Crête-à-Pierrot)
Dessin : H. Clerget. In : Edgar La Selve. "La république d'Haïti, ancienne partie française de Saint-Domingue." In : Le tour du monde. Paris, 1871. p.190.
 

c) Dessalines et le génie de l'Océan (Agwe) et de la nature

La doctrine musulmane réserve toute gloire à Allah (et Mahomet), et rejette ce qu'elle considère comme l'idolâtrie ; à savoir l'attribution de pouvoirs divins aux phénomènes naturelles. Or, Dessalines qui accordait énormément de crédit à la nature, voyant en elle une Force invisible justicière derrière, était en contradiction nette avec l'islam. À travers maintes déclarations, le Général haïtien, en accord avec la vision traditionnelle globale ou holistique du monde, célébrait les éléments et le "Génie" les commandant, qui jouaient nettement en sa faveur :
"Laissez venir cette nation, si elle est assez insensée ou assez téméraire pour m'attaquer. Déjà, à son approche, le génie irrité d'Hayti, sortant du fond de l'Océan, se lève menaçant ; il soulève les vagues, excite les tempêtes, et, de sa main puissante, disperse et détruit les flottes. Les lois de la nature obéissent à sa formidable voix ; les maux, la peste, la famine, le feu, le poison sont toujours à ses ordres. (...) Où est l'Haytien assez vil, assez indigne de sa régénération, pour penser qu'il n'ait pas rempli les décrets du ciel, en exterminant ces tigres sanguinaires. S'il en est un, laissez-le fuir ; que la nature indignée l'éloigne de notre sein." (48)
Dans cet exemple, il fait allusion à Agwe, le "Génie" ancestral, Jany ou Lwa de l'Océan. Agwe fait la pluie, le beau temps, et surtout la tempête.


9- La vraie guerre sainte de Saint Domingue : Nan Ginen vs djihad

Dessalines n'était pas engagé dans un djihad. C'est absurde de penser de la sorte, étant donné qu'il est documenté pour avoir fait usage de Nan Ginen, une croyance issue la religion ancestrale "africaine", à des fins de motivations guerrières durant sa révolution. Nan Ginen est une source de grande bravoure militaire alimentée par la croyance des Noirs qu'à leur mort au combat, ils retourneront en terre de Guinée ancestrale ("Afrique") :


"Tous les nègres, tant les Guinéens que les créoles, croient à la prédestination. Nous avions pour pêcheur un excellent plongeur qui poursuivait les tortues au milieu des caïmans qui en sont très-friands, et s'exposait ainsi à la nage, les narguant, les combattant même quelquefois pour enlever leur proie, bien persuadé qu'il ne périrait point, si ce n'était point son heure.
Pendant la guerre du sud, qui inspirait aux nègres, même aux plus pusillanimes, la bravoure et l'audace? la prédestination. Il leur était dit que tous ceux qui étaient tués au combat, se trouvaient à l'instant transportés en Guinée." (49)
L'usage de Nan Ginen comme idéologie militaire fut maintes fois constaté dans la colonie de Saint Domingue et aux débuts des hostilités. (50) Il s'est maintenu tout au long la guerre d'indépendance, jusqu'à la veille de la victoire finale de 1803. Car, selon le témoignage du colon Descourtilz ayant reçu les doléances de cultivateurs noirs pro-français à Saint-Marc, Dessalines combina l'éloge du retour à Nan Ginen à ses stratégies de génie :


"Pendant la convalescence de cet empoisonne­ment, étant retournés par mer à Saint-Marc, le chemin de terre n'étant plus praticable pour les blancs, nous avions fréquemment des nègres fidèles de l'habitation qui venaient clandestine­ment nous porter leurs plaintes, et nous demander quand les Français auraient le dessus, nous a­nonçant que tous les cultivateurs voudraient bien nous revoir, que les soldats de Dessalines les pillent et les désolent, ravagent en un mot leurs jardins; enfin, pour mieux nous prouver leur bonne foi, ils nous dévoilèrent les secrets de la position alors inconnue, du camp Marchand, dernière retraite de Dessalines, où il devait s'en­sevelir, lui et les siens, sous les décombres de souterrains minés qui eussent entraîné également la perte de tous les assiégeans français. Ils nous avouèrent aussi que les nègres Congos et autres Guinéens étaient tellement frappés de superstition par les discours de leur général, que Dessalines était parvenu à leur faire croire que mourir, tués par les Français, devenait un bonheur pour eux, puisqu'aussitôt ils étaient transportés en Guinée, où ils reverraient papa Toussaint qui les y attendait pour compléter son armée qu'il destine à reconquérir St.-Domingue. Ce systême absurde lui a tellement réussi, disaient-ils, que tous vont au feu avec intrépidité surnaturelle, en chantant des airs guinéens, comme déjà épris de l'espoir de bientôt revoir leurs anciennes connaissances." (51)
Donc, les révolutionnaires dominguois ne faisaient pas de djihad dans l'espoir de se trouver auprès des Arabes à la Mecque où les attendraient 72 vierges ou des jeunes garçons à la peau pâle couleur de perles vierges, comme l'indique le coran (sourate 52.24, 56.17, 76.19).***** Ils souhaitaient, via la mort, retour auprès de leurs Ancêtres noirs Nan Ginen. Car, ils les ont enlevé de Nan Ginen, mais il n'ont pas pu enlever Nan Ginen d'eux, puisse que Nan Ginen n'est un paradis passif, il est omniprésent dans le présent comme dans le future, dans la vie, comme dans la mort, ainsi nous le montre ce chant sacré traditionnel :


Nan Ginen tande
Soti isit, vin lòtbò, Nan Ginen tande
Pawòl ou t ap pale a, Nan Ginen tande
Koze ou t ap koze a, Nan Ginen tande.
Traduction :
Nan Ginen écoute
Que l'on soit ici, ou ailleurs, Nan Ginen écoute
La parole que tu dis, Nan Ginen l'écoute
La conversation que tu as, Nan Ginen l'écoute.
  
De plus, Nan Ginen surpassa la mort. Car quelqu'un pourrait se rendre à Nan Ginen afin de sauver sa vie :

Tròp paròl nan tèt mwen
Ogoun Balize tr
òp paròl nan tèt mwen
Pa pito m kite peyi a
Pa pito m kite peyi a 
M prale nan Ginen, pou m sove lavi mwen
Traduction :
Trop de préoccupations dans mon esprit
Ogoun Balize, trop de préoccupations dans mon esprit
Je ferai mieux de laisser ce pays
Je ferai mieux de laisser ce pays
J'irai à Nan Ginen, pour sauver ma vie.

Ainsi,  considérant à quel point la vie était insupportable pour les Noirs dans l'esclavage, Nan Ginen leur offrait la liberté à tous les niveaux.


10- Dessalines et le sacrifice aux esprits (mânes) des soldats tués

Certes l'islam reconnait ses martyrs. Cependant, il n'accepterait pas l'idée que leurs esprits obtiennent un culte et doivent être apaisés. Or, l'attention que Dessalines a accordée aux Morts relève du culte, au sens propre du terme, comme on peut le remarquer dans ses proclamations les plus importantes telle que l'Acte d'indépendance d'Haïti du 1er janvier 1804 :
"Citoyens indigènes, hommes, femmes, filles et enfants, portez vos regards sur toutes les parties de cette île; cherchez-y, vous, vos épouses, vous, vos maris, vous, vos frères, vous, vos sœurs; que dis-je, cherchez-y vos enfants, vos enfants à la mamelle? Que sont-ils devenus... Je frémis de le dire... La proie de ces vautours. Au lieu de ces victimes intéressantes, votre œil consterné n'aperçoit que leurs assassins; que les tigres dégoutants encore de leur sang, et dont l'affreuse présence vous reproche votre insensibilité et votre coupable lenteur à les venger. Qu'attendez-vous pour apaiser leurs mânes ; songez que vous avez voulu que vos restes reposassent auprès de ceux de vos pères, quand vous avez chassé la tyrannie; descendrez-vous dans leurs tombes sans les avoir vengés? Non, leurs ossements repousseraient les vôtres." (52)
La déclaration de Dessalines du 28 avril 1804, dans laquelle il proclama avoir vengé l'Amérique, fait également allusion aux mânes (esprits) pour lesquels il faudrait sacrifier :
"Tyrans usurpateurs, fléaux du Nouveau-Monde, nos poignards sont aiguisés, votre punition est prête ! Soixante mille hommes équipés, endurcis à la guerre, obéissant à mes ordres, brûlent d'offrir un nouveau sacrifice aux mânes de leurs frères assassinés. (53)
Ce genre de langage n'appartient pas du tout à l'univers musulman ; et encore moins à un leadeur musulman engagé dans un djihad.


a) Dessalines et le calenda funèbre

L'islam ne reconnait pas la pratique de danse funéraire. Or, les soldats de Dessalines s'adonnaient au calenda funèbre en honneur des frères d'armes morts au combat :
"Si Dessalines aimait ses troupes, c'était comme soutiens de son pouvoir, et exécuteurs de sa volonté. Employant contre les crimes politiques la baïonnette, le poison, les noyades, il ne punissait ses soldats que par le fusil ou les verges : ce dernier supplice était effrayant par ses préparatifs funèbres et inhumains. Les soldats faisaient de ce jour un jour de réjouissance : il y avait calenda (i) en l'honneur du défunt. Tout en préparant les banzas et le bamboula (l), on acérait les épines des branches d'acacia qui servent à cet affreux supplice.
(i) Le calenda est une danse nègre consacrée à célébrer les funérailles : elle est extravagante et fort indécente.
(1) Les banzas et bamboulas sont deux instruments; le premier à cinq cordes, se pince comme la guitare; le second est un tambour élevé qu'on fait rouler avec les doigts." (54) 
D'après le colon Moreau de Saint-Méry, la Chica, le Vaudou, le Calenda, sont des danses importées d'"Afrique" : 
"La danse nègre est venue avec ceux d'Afrique à Saint-Domingue, & pour cette raison même elle est commune à ceux qui sont nés dans la Colonie & qui la pratiquent presque en naissant : on l'y appelle Calenda.
Pour danser le Calenda, les nègres ont deux tambours faits, quand ils le peuvent, avec des morceaux de bois creux d'une seule pièce. L'un des bouts est ouvert, & l'on étend fur l'autre une peau de mouton ou de chèvre. Le plus court de ces tambours est nommé Bamboula, attendu qu'il est formé quelquefois d'un très-gros bambou. Sur chaque tambour est un nègre à califourchon qui le frappe du poignet & des doigts, mais avec lenteur fur l'un & rapidement fur l'autre. A ce son monotone & sourd se marie celui d'un nombre, plus ou moins grand, de petites calebasses à demi remplies de cailloux ou de graines de maïs & que L'on secoue en les frappant même sur l'une des mains au moyen d'un long manche qui les traverse. Quand on veut rendre l'orchestre plus complet on y associe le Banza, espèce de violon grossier à quatre cordes que l'on pince. Les négresses disposées en rond règlent la mesure avec leurs battements de mains & elles répondent en chœur à une ou deux chanteuses dont la voix perçante répète ou improvise des chansons : car les nègres possèdent le talent d'improviser & c'est lui surtout qui sert à montrer tout leur penchant pour la raillerie." (55)
Donc, cette forme de célébration que la troupe de Dessalines organisait est non conforme à l'islam. D'ailleurs, le mot calenda demeure actif en Haïti où il désigne, au sens propre et figuré, une danse lassive - clairement non-islamique - populaire :
"Kalinda : Dans rara kote moun yo vire ren yo pandan yo ap sakaje vant yo ak pasyon. Vin ban mwen yon ti kalinda la a non, mwen ap bat tanbou a, ou ap danse." (56)
Traduction :
"Kalinda : Danse rara, où les gens se tournent les hanches tandis qu'ils se brassent le ventre avec passion. Venez m"offir une petite kalinda, je jouerai du tambour, vous danserez."

11- Dessalines et la tabatière magique des makendals

Au dire de Descourtilz qui connaissait Dessalines personnellement, (53) ce leadeur excellait donc, non seulement dans les discours militaires faisant appel à l'"Afrique" ancestrale, il excellait également dans la pratique de la magie défensive au quotidien : 
"Moins politique que Toussaint-Louverture, mais plus ouvert et plus prononcé dans sa tyrannie, Dessalines était cruel, irrascible et farouche; il n'écoutait aucune réclamation. Que de fois une seule observation coûta la vie à l'homme qui eut l'audace de lui parler sans son ordre ! Semblable au farouche Assuérus, malheur à celui qui le trouva hors de sa rare clémence : malheur aussi à celui pour qui la fatale tabatière était ouverte (i) !
(i) Le conseil des makendals (magiciens du pays) qu'il consultait, lui avait indiqué le signe certain de reconnaitre la perfidie et le ressentiment concentrés contre lui dans le coeur de l'individu qu'il avait interpellé. Il cherchait à lire dans l'électre ou miroir interne de sa tabatière, que le tabac humide annonçait des principes de résignation de la part du dénoncé, et que le sec demandait du sang ! Ainsi sa superstition lui faisait au hasard décider du sort d'un innoçent ! ainsi' le paisible habitant obligé de lui rendre visite, était souvent condamné sans être entendu, sous la simple dénonciation d'un soldat à qui peut-être on avait refusé des générosités que les circonstances malheureuses ne permettaient plus de faire.
« Grenadier layo, disait-il, vous voir n'homme cilalà... Conduis li pisser », ! [Grenadiers, disait-il, voyez-vous cet homme... Amenez-le pisser.] Le mot pisser indiquait l'effusion du sang par la mort à la baïonnette. A ce signal affreux, les grenadiers d'antichambre avaient ordre de se saisir de celui contre lequel la fatale tabatière avait été roulée dans les mains." (58)
Ce qui sortit la tabatière magique de Dessalines du simple ragot, est que Descourtilz, en sa fonction de médecin français captif de Dessalines, a eu affaire personnellement à cette tabatière, à la Crête-à-Pierrot :
"Le pont-levis fut baissé, et la première personne que nous y aperçûmes, fut Dessalines, roulant dans ses mains la fatale tabatière : il s'avance vers nous, gronde, mais se possède assez pour concentrer sa vengeance." (59)

12- L'origine ethnique de Dessalines 

Les contacts ou non contacts avec l'islam variaient grandement selon la provenance "africaine" d'un captif (esclave). Il est incontestable que Dessalines fut un Créole, et un natif de la colonie de Saint Domingue. Les historiens s'entendent sur ce fait. Et la preuve demeure qu'alors Général, Dessalines sollicita son acte de baptême auprès de son ancien maître. Donc, étant né hors de l'"Afrique", cela minimise considérablement chez Dessalines la possibilité d'un contact significatif avec l'islam. 
Toutefois, certains ne partagent pas notre analyse concernant la provenance de Dessalines. Étudions leurs affirmations, en débutant par les moins significatives.

a) Dessalines le Sénégalais?
Un texte simpliste présenta Dessalines en Sénégalais claire de peau :

"Dessalines also had six children from other relationships. He was described as a handsome, red-skinned Black from Senegal, fearless in the field and unscrupulous off it." (60)
Traduction :
"Dessalines a également eu six enfants d'autres relations. Il a été décrit comme un beau Noir du Sénégal à la peau rouge, intrépide sur le terrain et peu scrupuleux."
Quoiqu'une portion des Sénégalais s'était convertie à l'islam du temps de la colonie de Saint Domingue, l'auteur n'a fourni aucune référence. Et aucun document historique ne fait écho à son assertion. Nous sommes donc dans l'obligation de la rejeter.

b) Dessalines le Nago ou le Ibo?
Cet autre texte souleva 2 autres ethnies potentielles de Dessalines :
"Jean-Jacques Dessalines selon les uns est de race Nago, d'autres le disent Ibo; ses origines sont incertaines; on le prétend venu d'Afrique encore à la mamelle…" (61)
Odette Mennenson-Rigaud, l'auteure de ce texte, comme elle l'a fait pour Halaou, s'est contentée d'étaler des rumeurs, sans approfondir la question. Mais il n'en demeure pas moins que Dessalines, quoique Créole, hérita de manière secondaire de l'ethnicité "africaine" de ses parents, au même titre que Toussaint Louverture, Créole lui aussi, s'identifia aussi à l'ethnie Arada de ses parents. 
Cette situation nous porte à considérer aussi l'ethnicité biologique de Dessalines, et non juste l'ethnicité relatant son lieu de naissance.

c) Dessalines le Peul?
Depuis quelques décennies, certains Haïtiens laissent flotter l'idée que Dessalines fut d'origine Peule :
"L’ancien esclave qui rejoignait Louverture découvrait un monde où sa valeur personnelle sur le champ de bataille pouvait tout effacer: sa tribu (Dessalines était peulh? Peut-être? Qui s’en soucie?)..." (62)
Cet autre texte de la falsificatrice Bayyinah Bello ramène la piste Peule (ou Toucouleur), et la peau claire de Dessalines :
"Que savons-nous de ses parents biologique?
Dans le grand Nord la mémoire collective décrit sa mère comme Peule ou Toucouleur, mince et de grande taille.
(…)
Jean-Jacques Dessalines, à quoi ressemblait-il?
La mémoire nationale répond : "Ce jeune homme à la peau de cannelle imprimée de taches de rousseur pour complimenter ses cheveux roux, est vite devenu un homme spirituellement, psychologiquement et physiquement puissant."" (63)
Cette hypothèse Peule que l'on prétend issue de l'oralité, ou de la mémoire collective haïtienne, n'en est rien. Elle puise son origine d'un texte spéculatif de 1970 de l'intello haïtien René Saint-Louis :
"Dessalines (Jean-Jacques) : Esclave probablement né en Afrique, d'origine peuldy (Côte d'or)." (64)
L'ethnie dite Peule de l'"Afrique" de l'Ouest entretenait certainement des contacts avec l'islam, et présente un certain degré de métissage que certains colle à une couleur de peau "claire" de Dessalines (qu'aucun texte historique ne valide, d'ailleurs). Toutefois, ''hypothèse "Peule" de Dessalines est fausse pour 2 raisons très simples. 1) Aucun document d'époque n'en parle. 2) Le mot "Peul" ne figurait pas dans le lexique de Saint Domingue, ni dans le vocabulaire oral haïtien. Son usage est livresque, spéculatif et récent. 
D'ailleurs, à Saint Domingue, les "Peuls" furent appelés : Poulard, Poullard, Paulard, Poular, Poula, Poule, Foulany, Phylani, Foula. Et dans la religion traditionnelle haïtienne, c'est cette dernière dénomination, Foula, qui est maintenue. Elle forme la Nation sacrée Foula, dite Nanchon Foula. 

d) Dessalines le Congo?
La filiation Congo de Dessalines est celle qui repose sur des données fiables. Pour commencer, Goman, Général de renom de la Révolution haïtienne, a déclaré Dessalines Congo alors qu'il était encore sous ses ordres :
"Il est entendu que Goman tint ce propos après le départ de Dessalines : c'était un Congo." (65)
Quoique Goman fit mention de l'ethnicité de Dessalines dans un moment de colère. Son choix de Congo comme descriptif n'était pas générique. Il reflète une connaissance véritable du patrimoine ethnique de Dessalines. Car, à Saint Domingue, les ethnies se dénigraient mutuellement. Les référents ethniques souvent peu élogieux dans le Créole haïtien, en résultent. Donc, Goman utilisa le descriptif Congo correspondant au patrimoine réel de Dessalines, de la même manière qu'il aurait fait usage d'un autre référent ethnique approprié, si Dessalines n'était pas un Congo. Un texte de 1859, cette fois-ci, évoque l'ethnicité Congo de Dessalines :
"C'est alors l'empereur Dessalines, un nègre du Congo, dont le gouvernement ne fut que l'exagération de celui de Toussaint…" (66)
Cependant, l'auteur crédite erronément cette information aux "Mémoires du général Pamphile Lacroix". Mais cela importe peu, puisque la piste Congo est supportée par le texte de Gaspard Théodore Mollien, ayant questionné les Haïtiens sur le terrain peu de temps après l'indépendance :
"Comme tous les Congos dont il [Dessalines] tirait son origine. il était gai, aimait le plaisir et par-dessus tout la danse ; sans cesse, il cherchait à s'y perfectionner : on doit même à ce goût plusieurs bambocha (fandangillo) qu'il composa pour les bals de sa cour 1. En générale, il avait moins les habitudes d'un noir créole que d'un africain : la table, le genre de vie des Européens lui répugnait, il était insensible à leur musique, quoiqu'il y eût souvent concert pendant ses repas ; leurs chants paraissaient monotones : il aimait à se nourrir des mets du pays, de bananes, de cassage ; il prenait plaisir à appeler les tambours africains et à faire répéter les chants qui avaient amusé son enfance." (67)
Mollien est fiable dans son analyse d'un Dessalines Congo. Toutefois, ses informateurs se sont trompés quant au lieu de la captivité (esclavage) de Dessalines. Nous éclaircissons ce point en annexe. Bref, Dessalines était véritablement de souche Congo. Et conséquemment, il fut assez éloigné de l'islam.


13- La femme de Dessalines et la soupe de giraumon traditionnelle

L'indépendance d'Haïti fut célébrée le 1er janvier 1804, à Gonaïves, dans l'Artibonite. La tradition haïtienne dit que Claire-Heureuse, la femme de Dessalines et la future Impératrice, offrit à la foule réunie de la soupe de giraumon ou la soupe de courge (soup joumou). Et ainsi débuta une tradition de consommer, et surtout de partager cette soupe nourricière à chaque 1er janvier. Plusieurs haïtiens se disputent la provenance de la soup joumou. Certains y voient un défi aux colons qui auraient interdit l'usage du giraumon aux captifs. Mais c'est faux. Car nulle part, trouve-t-on référence à cela. D'ailleurs, les données historiques révèlent que les captifs (esclaves) cultivaient le giraumon en toute liberté pour leur consommation personnelle :


"ARTICLE IX.
Nourriture des nègres dans les Colonies.
Il y a, sur chaque habitation, un terrain désigné pour les vivres des nègres, et cet emplacement se nomme place à nègres : il est divisé d'après la quantité de nègres qu'on peut avoir, et chaque individu, ou chaque ménage, en a une portion qu'il cultive pour ses besoins. C'est dans ce petit espace de terrain qu'il plante et récolte les choses nécessaires à la vie, comme patates, gombo, giraumont, maïs, calalou, hoholy, pois de toutes espèces, et mille autres douceurs." (68)

Pour certains, cette soupe est à proscrire, car résultant d'un pacte diabolique. Cela est également faux, puisse que la religion ancestrale haïtienne ne croît pas à l'existence de Satan ou du "Diable" dans le sens chrétien du terme. Alors, quelle est donc la provenance de cette soupe de giraumon, et son lien avec l'islam?
Cette soupe, tout comme Dessalines et la révolution haïtienne, n'a pas de lien avec l'islam. Il provient d'une des périodes de sécheresse touchant Saint Domingue (Haïti). Cette fois-ci, ce fut en 1803, à la fin de la guerre d'indépendance. La région de l'Artibonite où résidait la famille Dessalines, subissait la sécheresse, à l'exception d'endroits proches des rivières et points d'eau. Vers la fin 1803, les Manbo et Houngan (les grandes et grands officiants de la religion ancestrale) poursuivirent le rôle de leadership qu'ils ont joué dans la révolution, en interdisant la population locale, sous peine de déplaire au Grand Dieu ancestral ayant fait la guerre pour eux, de consommer des denrées disponibles et de les confier à eux. La population obéît. Le colon Descourtilz, de la famille des Desdunes, colons de l'Artibonite réputés cruels avec leurs esclaves,****** croyait faussement que les Manbo et Houngan abusaient de la crédulité de la population. Mais il avait tort, car ces légumes et racines spécifiquement sélectionnées pour cet usage (giraumon, calalou, feuilles, etc.), furent rassemblées, conservées, puis acheminées vers Madame Dessalines qui, aidée vraisemblablement de Hounsi (Assistantes des temples traditionnels), en fit la soup joumou ou soupe de giraumon que l'on servit gratuitement à la population haïtien venue de loin pour prendre part aux festivités :
"Une sécheresse générale désolant le quartier de l'Artibonite, surtout les cotonneries qu'on ne peut submerger à volonté par cause de l'éloignement de canaux ou rivières, il y eut en 1803 une disette complète de vivres de toute espèce, ressource journalière pour le cultivateur.
A cette disette était nécessairement attachée une hausse considérable aux marchés des villes voisines, dans le prix des légumes ou racines alimentaires. Les prêtres des idolâtres de notre habitation entourée d'eau, et toujours féconde en ces denrées comestibles, imaginèrent de se servir de leur caractère, et de profiter de leur influence pour en imposer aux idolâtres de leur secte, et exiger d'eux une partie de leur récolte, bien décidés à en tirer parti en leur faveur : ils annoncèrent aux trop crédules superstitieux, que leur grand dieu, qui combattait pour leur prospérité et leur liberté, était allé à la guerre, et que, par un excès de sa valeur intrépide, il y avait été blessé ; qu'il leur interdisait donc jusqu'à nouvel ordre, l'usage du calalou, dans toute espèce de feuilles et fruits du giràumon, etc., destinant toutes ces plantes vulnéraires, résolutives et maturatives au pansement de ses larges et profondes blessures! Les pauvres croyants d'apporter à l'envi tous les fruits de leurs jardins, et de se regarder bienheureux de pouvoir faire quelque chose en faveur de leur divinité ; et les prêtres trompeurs, de se réjouir et de vendre furtivement, ou de manger tous les topiques, et autres remèdes consacrés à leur dieu imaginaire." (69)
Ainsi, l'existence même de la soupe de giraumon consommée pour fêter l'indépendance d'Haïti, témoigne a) que le concept de guerre sainte était bien ancré dans la conscience de la population haïtienne, c'est-à-dire, une guerre faite avec le support du Créateur de l'Univers (Granmèt la, Oloroun) et Ses Forces intermédiaires (Lwa, Jany) agissant sur les événements, sur les êtres et les éléments ; b) que les leadeurs de la religion ancestrale ont joué un rôle de leadership déterminant du début (Bois Caïman - Bwa Kayiman) à la fin  cette révolution (soup joumou) ; c) que Jean-Jacques Dessalines, sa femme Claire-Heureuse, et la révolution haïtienne, n'avaient rien d'islamique. 


(Soupe de giraumon / Soup joumou)
Source : https://en.wikipedia.org/wiki/Soup_joumou#/media/File:Joumou01.jpg



* Bien entendu, la charlatante de LeGrace Benson et ses sous-fifres d'intellecutels haïtiens, en déclarant les Haïtiens incapables d'appréhender le monde invisible, ignorent qu'au début de chaque prière, les Manbo et Houngan (les officiants traditionalistes haïtiens) adressent leurs hommages à : Sa m wè, ak Sa m pa wè yo ; c'est-à-dire aux mondes visible et invisible. D'ailleurs, les Divinités traditionnelles haïtiennes se nomment également "Envizib", signifiant les Invisibles :
"Envizib la : n. Invisible spirits, ancestors, the spiritual world."
Traduction :
"Envizib la : n. Esprits invisibles, ancêtres, le monde spirituel." (70)
Donc, pour le traditionaliste haïtien, sa Divinité ou Lwa est synonyne d'Invisibles et de Mystères :
"Lwa. n. : Mistè, espri zansèt, fòs envizib siperyè, nan relijyon vodou."
Traduction :
"Lwa. n. : Mystère, esprit ancestral, force invisible supérieure, dans la religion vodou." (71)
De plus, le Créateur, dans la religion traditionnelle "africaine" et ses dérivés, est le plus éloigné des affaires quotidiennes (dans un grand nombre de cas), le plus invisible, le plus abstrait, de toutes les religions du monde.
** Jusqu'ici, j'ai répertorié 495 Nations ou Nanchon d'ethnies dans les textes coloniaux de Saint Domingue. Mais mes recherches sont loin d'être terminées.
*** Nous traiterons dans un article à venir du fait que les captifs islamisés, contrairement à la propagande, "ne faisaient pas de guerre". Ils furent des plus dociles à Saint Domingue.
**** L'héroïsme de Dessalines à la Crête-à-Pierrot inspira, près de cent ans plus tard, le 6 septembre 1902, Killick, le légendaire Vice-Amiral haïtien qui, commandant un navire nommé "La Crête-à-Pierrot", préréfa se faire exploser à l'aide d'un coup de feu dans la poudrière, plutôt que de se rendre à la flotte allemande.
***** Coran - sourate 52.24 : Et parmi eux circuleront des garçons à leur service, pareils à des perles bien conservées. 56.17 : Parmi eux circuleront des garçons éternellement jeunes. 76.19 : Et parmi eux, circuleront des garçons éternellement jeunes. Quand tu les verras, tu les prendras pour des perles éparpillées.
****** Il est insultant qu'Haïti, se disant libre, ignorant pourtant la constitution de Dessalines, conserve par paresse sur son territoire, le nom des colons tortionnaires tels que Desdunes : "Desdunes père, habitant de l'Artibonite, a fait briller vif, successivement, quarante-cinq noirs, hommes, femmes et enfants; Desdunes Lachicote, Poiincy et Rossignol ; enfin toute cette exécrable famille a commis des cruautés de tous genres ; ils marchaient nuitamment armés de harpons, et tous les noirs étrangers qu'ils renconstraient dans les cases étaient harponnés sans miséricorde et noyés.
Remoussin, gendre de Desdunes, faisait les mêmes cruautés ; il fit brûler vif l'infortunée Nicole, la nourrice de ses enfants. Boisbel, aussi gendre de Desdunes a fait mourir sous le fouet la nourrice de ses enfants.

Enfin j'aurai eu peine à ajouter foi au nombre de cruautés que cette famille a exercé à l'Artibonite, si tous ces faits, que j'ai recueillis sur les lieux mêmes, ne m'avaient pas été encore confirmés par M. Jean-Baptiste Juge, ancien habitant propriétaire de l'Artibonite, présentement comte de Terre-Neuve, ministre de la justice ; il a eu la bonté de me communiquer une infinité de notes concernant les crimes des colons, particulièrement de ceux de cette belle et riche plaine de l'Artibonite." In : Baron de Vastey. Le Système Colonial Dévoilé. Cap-Henry, 1814.pp.48-49.


14- Annexe : Jean-Jacques Dessalines n'était pas l'esclave de Toussaint Louverture

Cette annexe concerne une tentative révisionniste occidentale d'imposer une domination de Toussaint Louverture, jugé sympathisant de l'Occident, sur Jean-Jacques Dessalines, jugé autonomiste et sympathisant de la civilisation traditionnelle dite africaine. En 1831, guidé par des informateurs locaux, Gaspard Théodore Mollien, ancien consul français en Haïti, décrivit Jean-Jacques Dessalines en ces termes :
"L'homme le plus extraordinaire de cette époque, soit par sa fortune, soit par ses talents militaires, était sans contredit Dessalines. Cet homme, né dans les fers, appartenait autrefois à Philippe Jasmin, noir libre de la Grande-Rivière : après la mort de son maître, il échut en partage à sa fille, qui était femme de Dessalines, concierge du palais du Cap." (72)
Cette description de Mollien renferme un brin de vérité. Toutefois, elle exhibe également les fausses conclusions inhérentes aux récits oraux incomplets. Elle n'a pas alimenté la poussée révisionniste initiale, car elle resta inédite jusqu'en 2006.
Le mouvement révisionniste en question débuta en 1977, lorsque un trio composé des Français Gabriel Debien, Marie Antoinette Menier et de leur nègre, l'Haïtien Jean Fouchard aborda cette question via les archives. Ce trio a révélé, à juste titre, que Philippe Jasmin Désir décéda le 15 novembre 1784, et qu'il était le premier mari de Marie Marthe Toussaint (alias Martine). Celle-ci, Négresse libre et la fille légitime de Toussaint et de Cécile (Louverture), épousa Janvier Dessalines en seconde noce, le 4 octobre 1787.
Si les archives, hormis quelques erreurs anodines, se révèlent plus précis que les récits oraux, ils entrainent les historiens pédants autant vers les fausses conclusions. Et le trio de chercheurs, vénérant Toussaint Louverture et dédaigneux de Jean-Jacques Dessalines, n'y a pas échappé.
Il se trouve que le 17 août 1779, Toussaint Bréda (Louverture) fit la location d'une plantation à café auprès de son premier gendre Philippe Jasmin Désir. Et cette plantation située au Petit-Cormier dans la région de la Grande Rivière du Nord était travaillée par une même famille de 13 captifs (esclaves) dont l'un appelé Jean-Jacques. Le trio révisionniste a profité de cette aubaine afin d'insinuer que ce Jean-Jacques répertorié à Cormier était Jean-Jacques Dessalines, le futur Empereur d'Haïti.
(73) 
Des décennies plus tard, le Français Jacques de Cauna (74) a pris le relais du trio de 1977, suivit du tandem Jean-Louis Donnadieu, Philippe R. Girard. Comme lui, ces derniers ont affirmé catégoriquement que Jean-Jacques Dessalines fut l'esclave de Toussaint Louverture, au cours des 2 ans que dura ce bail de plantation à Cormier. (75) 
Nous allons, par ceci, envoyer l'ensemble de ces révisionnistes occidentaux refaire leurs devoirs.
1-Jean-Jacques Dessalines, né en 1758, était âgé de 21 ans en 1779, année de la location de la plantation par Toussaint Bréda. Or, l'évaluation de la force de travail du Jean-Jacques répertorié à Cormier (1500 livres) ne reflète pas celle d'un jeune homme de 21 ans.

Étienne                                    2 400 livres
Marie-Rose, sa soeur               1 800 livres
Marie-Françoise, leur soeur     1 800 livres
Marie-Marthe, leur soeur         1 800 livres
Marinette, une autre soeur        1 500 livres
Marie-Louise, nièce                  1 200 livres
Anne, autre nièce                         900 livres
Modeste, autre nièce                    600 livres
Jean-Jacques, neveu                  1 500 livres
Moïse, neveu                             1 200 livres
François, autre neveu                 1 200 livres
Joachim, autre neveu                    300 livres
Josepth, autre neveu                     300 livres
On peut comparer la force de travail de son oncle Étienne - au moins dans ses quarantaines - qui valait 2400 livres, soit 900 livres de plus. D'ailleurs, il est inconcevable qu'un gaillard bien portant de 21 ans aurait eu une force de travail inférieure ou égale à celle de sa mère et de ses tantes estimées à 1800 livres (3 fois) et 1500 livres (1 fois).
Autrement dit, le Jean-Jacques sur l'habitation de Philippe Jasmin Désir à Cormier possédait la force de travail d'un adolescent masculin cheminant vers l'âge adulte. Il ne pouvait s'agir de Jean-Jacques Dessalines qui fut âgé de 21 ans à ce moment et jugé "bon ouvrier" par son second propriétaire Janvier Dessalines. (76)
2- Cette famille travaillant sur l'habitation au Petit-Cormier diffère de celle de Jean-Jacques Dessalines. Dans l'inventaire présenté, on ne retrouve pas le nom des soeurs de Dessalines officiellement attestés tels que :
- Polyphème Dessalines, la mère de Nicolas Saget, la grand-mère de Jean-Nicolas Nissage Saget, président d'Haïti de 1870 à 1874. (77)
- Marie Noële Dessalines, Mariée à Jean Baptiste Louis Chevallier, (le Marquis de Puilboreau) avec qui elle a eu entre autres, Bernard Chevalier, l'aïeul du dictateur dominicain Raphaël Trujillo. (78)
3- Les révisionnistes retiennent unanimement la version de Thomas Madiou que Jean-Jacques Dessalines naquit à Cormier de la Grande Rivière du Nord, en négligeant que ce même auteur, en 1848, déclara que Jean-Jacques Dessalines appartenait à uniquement 2 maîtres : un Blanc du nom de Duclos qui l'a vendu encore tout jeune à un Noir du nom de Dessalines.

"Dessalines, dans son jeune âge, s'appelait Duclos. Quand il fut vendu par son premier maître qui était un blanc, à un propriétaire noir nommé Dessalines, il prit le nom de celui-ci. Mais beaucoup d'officiers de la 4e qui avaient été les compagnons de son jeune âge continuèrent à l'appeler Duclos." (79)
La présence de Duclos comme propriétaire blanc de Dessalines l'ayant vendu au noir Dessalines contredit nettement l'affirmation des révisionnistes. D'après eux, Jean-Jacques Dessalines à appartenu d'abord à Philippe Jasmin Désir, puis à Marie Marthe Toussaint, la veuve de celui-ci et finalement à Janvier Dessalines via son mariage avec Marie Marthe. Cela fait donc 3 propriétaires au lieu de 2, et une passation de bien (captif) par alliance plutôt que par vente.
4- Les révisionnistes ont également occulté la version correcte d'Edgar Le Selve divulguant que Jean-Jacques Dessalines est né à Cormier, localité de la Bande du Nord, car cette version ne s'aligne pas avec leur propos :

"Né en 1758 à Cormier, habitation de la Bande-du-Nord, près du Cap-Français, il avait été élevé par Duclos, colon blanc dont il avait gardé le nom, selon l'habitude des esclaves, qui prenaient celui de leur maître, jusqu'au moment où il fut acheté, tout jeune encore, par Dessalines, noir libre au service duquel il resta jusqu'à l'âge de trente-trois ans, et dont il fit son maître d'hôtel, lorsqu'il devint gouverneur-général." (80)
En effet, il existe non pas 1 mais 2 Cormiers dans la province du Nord, l'un proche de la Grande Rivière du Nord, et l'autre à la Bande du Nord, près du Cap Français (actuel Cap Haïtien). Et le Cormier de la Bande du Nord fut l'endroit où naquit véritablement Jean-Jacques Dessalines. Selon le géographe haïtien Sémexan Rouzier, un contemporain de Le Selve, un emplacement porte le nom de Duclos dans la section communale de la Bande du Nord :
"Duclos. Habitation située dans le poste militaire de la Bande du Nord, Commune du Cap-haïtien. L'État y possède 4 carreaux de terre occupés par des fermiers." (81)
Il s'agit de l'ancienne plantation de François Amidieu Duclos, Capitaine des dragons-milices du Port-Margot, puis de la compagnie des Volontaires du Cap. Celui-ci fut le premier à cultiver ce terrain désigné "les cinquante pas du Roi", indiquant qu'il se situe dans une zone littorale exploitée sous permission gouvernementale. À partir de 1745 ou 1747, François Amidieu Duclos afferma du gouvernement ce terrain jusque-là inexploité. Et il y fit travailler 50 captifs (esclaves). Le 18 mai 1762, François Amidieu Duclos recevra officiellement la concession du terrain. (82) Une décision juridique du 23 décembre 1765 consolida son droit sur ce terrain récemment disputé. (83)
5- Ce terrain à proximité de Cormier, localité côtière de la Bande du Nord, étant l'unique plantation de François Amidieu Duclos, (84) Jean-Jacques Duclos (Dessalines) naquit donc sur cette habitation Duclos, alors en fermage, au 20 septembre 1758. Et il porta initialement le nom de cette habitation au même titre que Toussaint porta initialement le nom de l'habitation Bréda.
François Amidieu Duclos meurt le 1er mars 1777, (85) lorsque Jean-Jacques Duclos (Dessalines) était âgé de 19 ans. Et puisque Jean-Jacques Dessalines fut vendu très jeune à Janvier Dessalines, et qu'il n'a eu que 2 propriétaires, cela implique qu'il fut vendu du vivant de François Amidieu Duclos. Ainsi Jean-Jacques Duclos (Dessalines) se trouvait déjà entre les mains de Janvier Dessalines au moins 2 ans avant le bail de Toussaint de 1779 à Cormier, et au moins 10 ans avant le mariage de Janvier Dessalines à la fille de Toussaint en 1787.
De plus, la vente de Jean-Jacques s'effectua sans intermédiaire, car François Amidieu Duclos, Capitaine des Chasseurs-Volontaires du Cap, connaissait forcément assez bien le Sergent Janvier Dessalines. Ce dernier fut, pendant 11 ans, membre de la milice coloniale de 1767 à 1778. (86) Donc, y était encore 1 an après la mort d'Amidieu Duclos, avant de rejoindre les Chasseurs Volontaires de Saint Domingue.
6- Les annonces démontrent que Janvier Dessalines détenait des captifs (esclaves) avant d'épouser Marie Marthe en 1787. Cette annonce du 15 décembre 1784 signala une captive (esclave) du nom de Marie appartenant à Janvier, Noir libre du Cap :

"Au Cap (…) Le 12, Marie, Créole, sans étampe lisible, âgée d'environ 40 ans, maigre et malade, au nommé Janvier, N.L. du Cap, arrêté(e) au Camp de Louise." (87)
S'agissait-il de Janvier Dessalines, le Sergent-Major? C'est fort possible. L'annonce suivante est beaucoup plus révélatrice. Elle nous vient de la prison de Saint Marc et présente un jeune Congo du nom d'Augustin appartenant à "Deseline", Mulâtre libre habitant à Cahos :
"À Saint-Marc, (…) le 13, Augustin, Congo, étampé illisiblement, âgé de 9 ans, se disant appartenir au nommé Deseline, M.L. Habitant au Cahos." (88)
Le jeune Congo de 9 ans, prononçant mal le nom Dessalines, l'a décrit tel un Mulâtre. Mais, Janvier Dessalines qui fut classé Noir dans les archives (signant plusieurs actes d'état civil : mariage, baptême, enterrement), était simplement clair de peau, sans pour autant être un Mulâtre. Le point reste qu'il possédait des captifs (esclaves) bien avant 1787 ; et particulièrement dans le montagnes du Cahos, là où Jean-Jacques Dessalines est reconnu pour avoir été captif (esclave) la majeure partie de sa vie.
7- Selon la logique révisionniste, Jean-Jacques Dessalines habita aux Cahos qu'à partir de 1787, lorsqu'il avait 29 ans. Et il ne resta que 4 ans à ce lieu, étant donné qu'en 1791, il délaissa cette plantation pour rejoindre les rangs révolutionnaires. Mais pourtant, l'analyse des écrits historiques dévoile que la relation complice de Dessalines avec les gens des Cahos est vieille de plusieurs décennies. Le texte alors inédit de Gaspard Théodore Mollien mentionne qu'avant la révolution, les enfants de la région habitée par Jean-Jacques Dessalines l'appelèrent "Papa Jacques" :

"Jean-Jacques, [nommé depuis Dessalines], était un mauvais esclave, enclin à tous les vices, et surtout à l'ivrognerie ; rien ne pouvait l'en corriger, pas même les traitements les plus cruels. On ne vit, dit-on, jamais un nègre plus souvent couché sur la fatale échelle. [fouetté.] Son maître l'employait à vendre des fruits, et comme sa tournure leste et vive le rendait très remarquable, les enfants le connaissaient tous et lui criaient ordinairement lorsqu'il passait par les rues : "Papa Jacques, ba nous oranges." Dessalines leur distribuait volontiers le bien de son maître.
Lorsque l'insurrection éclata, l'ambition s'empara du jeune marchand de fruits ; il renonça tout à coup à toute boisson enivrante, s'échappa un jour dans la plaine et courut joindre la troupe de Jean-François :" (89)
De son côté, Thomas Madiou fit savoir que les habitants des Cahos, que Jean-Jacques connaissait chacun par son nom, l'appelèrent, alors Général, "Papa Jacques" :
"Mais il [Jean-Jacques Dessalines] aimait le quartier de l'Artibonite (…) Il les connaissait la plupart par leurs noms. Ils l'appelaient Papa Jacques et quand il sortait de son palais, il recevait les bénédictions de toutes les familles du voisinage." (90)
Ces informations distinctes et entrecroisées confirment que la complicité de Jean-Jacques Dessalines avec les résidants des Cahos remonte à sa jeunesse ; du moins, cette complicité fut alimentée par plus de 4 ans de relation. Et que depuis belle lurette, il plaça les besoins de son peuple au-dessus des siens, risquant le fouet en distribuant des fruits aux enfants. Les habitants des Cahos n'ont cessé de l'admirer depuis ce temps-là.
8- Un autre argument que Jean-Jacques Dessalines résida aux Cahos bien avant le mariage de Janvier Dessalines avec Marie Marthe. Il siège dans la relation particulière de Jean-Jacques Dessalines avec Victoria Montou, sa tante adoptive. D'après les propos de Jean-Jacques Dessalines recueillis par Jean-Baptiste Mirambeau, son médecin personnel, il fut jadis captif (esclave) dans les montagnes des Cahos aux côtés de Victoria Montou. Cette femme, que l'on surnomma Toya, fut une figure maternelle pour lui. Devenu Empereur, il exhorta ainsi Mirambeau à soigner sa vieille tante Toya qui tomba malade :

"Cette femme est ma tante, soignez-la comme vous m'auriez soigné moi-même, elle a eu à subir comme moi toutes les peines, toutes les émotions durant le temps que nous étions condamnés côte à côte aux travaux des champs." (91)
Et à la mort de Victoria Montou, survenue le 12 Juin 1805, son cercueil fut porté par des brigadiers de la garde impériale. Sa Majesté Jacques 1er évalua ainsi la durée de sa relation avec cette grande dame :
"Arrivés sous la galerie, nous avons trouvé l'Empereur qui nous dit en pleurant : "Ma tante est morte, ma compagne durant très longtemps, de nos jours de souffrance est morte."" (92)
Ainsi, Jean-Jacques Dessalines, dans ses propres mots, dément la thèse absurde en établissant l'étendu de son long et douloureux séjour aux Cahos, comme propriété de Janvier Dessalines. Et sur cette habitation aux Cahos, Jean-Jacques Dessalines aurait vraisemblablement, à partir de 1787 côtoyé Marie Marthe Toussaint, la nouvelle épouse de son maître. Et peut être bien avant cette date, lorsque celle-ci fut fiancée de Janvier Dessalines.
Reconnu de mauvais tempérament, Jean-Jacques Dessalines, que Janvier Dessalines qualifia de "mauvais chien", (93) aurait sans doute eu des litiges avec Marie Marthe Toussaint. Et cela aurait bien pu justifier son aversion, lorsque plus tard, sa fille Célestine tomba enceinte pour Bernard Chancy, le cousin de Marie Marthe et le neveu de Toussaint Louverture, 2 personnages dont il fut le subalterne, et avec qui il a sans doute eu bien de désaccords.
9- C'est évident que Jean-Jacques Dessalines, un simple travailleur des champs, - pas même un commandeur d'ateliers - un charpentier, à la rigueur, n'avait pas les pré-requis pour devenir le Général de talent qu'il fut. Sa captivité débutant chez François Amidieu Duclos à la Bande du Nord, et terminant chez Janvier Dessalines aux Cahos, a certainement alimenté son génie militaire. Car Jean-Jacques fut exposé de manière précoce à l'art de la guerre. Très jeune, il observa son premier propriétaire, le Capitaine François Amidieu Duclos construire sa propre batterie de canons pour fortifier son habitation côtière avec l'approbation des autorités. (94)
Puis, Jean-Jacques suivit la carrière militaire illustre de son second propriétaire, le Sergent-Major Janvier Dessalines, vétéran de 13 mois de la guerre d'indépendance américaine aux côtés de Jean Baptiste Belley, le jeune Henry Christophe, et le Lieutenant Jean Baptiste Félix Amidieu Duclos, neveu de François Amidieu Duclos.
Jean-Jacques Dessalines respecta la carrière de Janvier Dessalines qui, à sa retraite a reçu du Commissaire civil Sonthonax le poste distingué de Concierge de la maison commune du gouvernement. Le 21 avril 1804, Jean-Jacques Dessalines prolongea l'occupation de celui dont il porte le nom, en confiant à Janvier Dessalines le poste prestigieux de grand chef d'hôtel de son gouvernement. (95)
Jean-Louis Donnadieu et Philippe R. Girard ont inséré arbitrairement Philippe Jasmin Désir dans le lot élogieux des Volontaires de Saint Domingue, prétextant que Philippe Jasmin Désir loua brièvement sa plantation à Toussaint afin d'aller faire la guerre aux États-Unis.
(96) 
Ces Louverturiens audacieux ont négligé le fait que les Volontaires de Saint Domingue partis pour Savannah en partant du Cap Français le 15 août 1779, alors que Philippe Jasmin Désir se trouvait encore dans la colonie, signant le bail de Toussaint Bréda dit Louverture le 17 août 1779. Et puis, le bail en question était initialement d'une durée de 9 ans. D'ailleurs, aucun document n'informe que Philippe Jasmin Désir ait jamais enfilé un costume militaire.
10- Il faut aussi souligner, comme contribuant au génie militaire de Jean-Jacques Dessalines, son contact continue avec Victoria Montou, sur l'habitation des Cahos. Cette tante adoptive, partageant son caractère "réfractaire", fut transférée tardivement à la plantation du colon Déluger, non loin, à Montrouis. Durant la révolution, Victoria Montou qui commanda les captifs (esclaves) au travail, commanda brièvement un groupe d'hommes à la révolte. Leur intention était de rejoindre les forces de son Jean-Jacques. Poursuivie par 2 soldats, elle en blessa 1 grièvement avant d'être appréhendée par des renforts. (97)
En dépit du fait que Jean-Baptiste Mirambeau, le médecin de Dessalines intitula son article "Victoria surnommée Toya par ses congénères", la pseudo historienne haïtienne Bayyinah Bello prétendit que le véritable nom de Victoria Montou fut Toya. D'après la propagandiste Bello, on la nommait Agbaraya Tòya, (98) en référence à son grade de combattante "Amazone" venant du Dahomey (Bénin).
Quoique Agbaraya désigne l'une des cinq spécialités des combattantes dahoméennes dites Amazones, (99) nulle part dans les notes historiques ne fait-on allusion au grade "Agbaraya" de Victoria, ni à sa supposée origine dahoméenne. D'ailleurs, L'Empereur Jean-Jacques Dessalines lui-même l'appelait par son prénom Victoria :

"Nous allions nous retirer quand arriva l'Empereur ; il posa sa main sur l'épaule de Madame Dessalines et dit en inclinant sa tête sur celle de sa bonne épouse : « Victoria est morte ! Je n'ai maintenant que vous, vous seule, près de moi, ma chère Claire. »" (100)
Et sur le tombeau de sa tante fut inscrit : "Ci-git Victoria, née Montou", ce qui invite à croire qu'elle fut une Créole, donc née dans l'île. (101) De plus, Jean-Baptiste Mirambeau l'ayant visité alors captive (esclave) à Montrouis, l'a observé dans le poste de "Commandeure" d'atelier. Cela renforce l'idée que Victoria Montou fut une Créole et non une "Africaine". Car : a) Son cas est l'unique exemple citée d'une femme jouant ce rôle primordial de commandeur au sein d'une plantation. b) Si les captifs (esclaves) mâles nés en "Afrique" obtenaient que très rarement cette responsabilité ; alors que dire d'une femme née en "Afrique"?

 
 
Notes
(1) "Un prélude hors-série : l'indépendance d'Haïti. Le premier état américain, après les États-Unis, à prendre son indépendance a été la République d'Haïti (1er janvier 1804). Événement gênant et volontiers passé sous silence : il résultait en effet d'une révolte des esclaves noirs contre le régime esclavagiste, et d'une défaite majeure essuyée par la France sous le Consulat jamais mentionnée comme telle." In : Jean Suret-Canale. ‪Panorama de l'histoire mondiale. De la conquête du feu à la révolution informatique‬. Paris, 1996. pp.421-422.
(2) Marie-Antoinette Menier, Jean Fouchard et Gabriel Debien. « Toussaint Louverture avant 1789, légendes et réalité », article paru dans la revue de l'Institut français d'Haïti Conjonction, n° 134 (1988). Cité dans "Toussaint Louverture et l'indépendance d'Haïti : témoignages pour un bicentenaire" édité par Jacques de Cauna. Paris, 2004. pp.61-67.
(3) Jacques de Cauna. Toussaint Louverture : Le Grand précurseur. Paris, 2012. pp.107-114.
(4) Philippe Girard, Jean-Louis Donnadieu. "Nouveaux documents sur la vie de Toussaint Louverture." In : Bulletin de la Société d'Histoire de la Guadeloupe. 166-167 (2013). pp.117–139.
(5) Philippe R. Girard. "Jean-Jacques Dessalines et l'arrestation de Toussaint Louverture", In : Journal of Haitian Studies. Vol. 17, No.1 (Spring 2011), pp.123-138. 
(6) LeGrace Benson. "Some Breton and Muslim Antecedents of Voudou Drapo". In : Textile Society of America. January, 1996.
(7) Ibid.
(8) LeGrace Benson. "Qismat of the Names of Allah in Haitian Vodou". In: Journal of Haitian Studies, Vol 8 No. 2, 2002. pp.160-164. 
(9-10) Milo Rigaud. La Tradition Voudoo et le Voudoo haïtien. Paris, 1953. pp.62-63. 
(11-12) A. Le Hérissé. L'ancien royaume du Dahomey, moeurs, religion, histoire. pp.239, 266-270. 
(13) LeGrace Benson. "Some Breton and Muslim Antecedents of Voudou Drapo". In : Textile Society of America. January, 1996. 
(14) LeGrace Benson. "Qismat of the Names of Allah in Haitian Vodou". In: Journal of Haitian Studies, Vol 8 No. 2, 2002. pp.160-164.
(15) LeGrace Benson "How Houngans Use the Light from Distant Stars". In : Vodou in Haitian Life and Culture~Invisible Powers. New York, 2006. pp.155-179.
(16) Susan Buck-Morss. Hegel, Haiti, and Universal History, Pittsburgh, 2009. p.143. 
(17) João José Reis, Slave Rebellion in Brazil: The Muslim Uprising of 1835 in Bahia. London 1993. p. 94.
(18) Sylviane Anna Diouf, Sylviane Kamara. Servants of Allah: African Muslims Enslaved in the Americas. New York, 1998. pp.154, 161.
(19) La première Proclamation d'Indépendance au Fort Dauphin, le 29 novembre 1803. In : Luc Rémy. Réflexions Stratégiques Sur Haïti. 2013. pp.413-414. 
(20) S.J. Ducoeurjoly "Manuel des habitans de Saint-Domingue. Tome 1. Paris, 1802. pp.29-30.
(21) Proclamation de Dessalines du 28 avril 1804. In : Placide Justin, James Barskett (Sir.). Histoire politique et statistique de l'île d'Hayti: Saint-Domingue... Paris, 1826. pp. 421-422. 
(22) Jeremy D. Popkin. A Concise History of the Haitian Revolution. Wiley-Blackwell, 2012. p.46.
(23) Lettre de Leclerc à Bonaparte du 7 octobre 1802 : In : Luc Rémy. Op. Cit. p.132.
(24) Louis Boisrond-Tonnerre. Mémoires pour servir a l'histoire d'Haïti. Paris, 1851. p.71.
(25) Proclamation de Dessalines du 28 avril 1804. In : Placide Justin, James Barskett (Sir.). Op. Cit. p. 421.
(26) Prophète Joseph. Dictionnaire Haïtien-Français. Montréal, 2003. p.70.
(27) Prophète Joseph. Ibid. p.356.
(28) La première Proclamation d'Indépendance au Fort Dauphin, le 29 novembre 1803. In : Luc Rémy. Op. Cit. p.414. 
(29) Proclamation de Dessalines du 28 avril 1804. In : Placide Justin, James Barskett (Sir.). Op. Cit. p. 425. 
(30) Louis-Joseph Janvier. Les Constitutions d'Haïti (1801-1885). Paris, 1886. pp.29-41.
(31M. E. Descourtilz. Voyages d'un naturaliste, et ses observations... Volume 3.  Paris, 1809. p.325.
(32) M. E. Descourtilz. Ibid. pp.330-331.
(33) M. E. Descourtilz. Ibid. p.341. 
(34M. E. Descourtilz. Ibid. pp.350-351.
(35M. E. Descourtilz. Ibid. pp.364-365.
(36) M. E. Descourtilz. Ibid. p.326. 
(37) Peter S. Chazotte. Historical Sketches of the Revolutions, and the Foreign and Civil Wars in the Island of St Domingo. New York, 1840. p.53.
(38) Aisha Khan. "Islam, Vodou, and the Making of the Afro-Atlantic". In : New West Indian Guide,Vol. 86, no. 1-2 (2012), pp. 29-54. Lien permanent : http://www.kitlv-journals.nl/index.php/nwig/index
(39) M. E. Descourtilz. Op. Cit. pp.142-143.
(40) Proclamation de Dessalines du 28 avril 1804. In : Placide Justin, James Barskett (Sir.). Op. Cit. p. 421. 
(41Proclamation de Dessalines du 28 avril 1804. In : Placide Justin, James Barskett (Sir.). Ibid. p.424.
(42) Thomas Madiou. Histoire d'Haiti. Tome 2. Port-au-Prince. 1847. p.210.
(43) Thomas Madiou. Histoire d'Haiti. Tome 1. Port-au-Prince, 1847. p.180.
(44) Thomas Madiou. Op. Cit. Tome 2. p.190.
(45) Thomas Madiou. Ibid. p.210.
(46) Proclamation de Dessalines du 28 avril 1804. In : Placide Justin, James Barskett (Sir.). Op. Cit. pp.422-423. 
(47) Jacques Adélaïde-Merlande. Delgrès ou la Guadeloupe en 1802. Paris, 1986. p.10.
(48Proclamation de Dessalines du 28 avril 1804. In : Placide Justin, James Barskett (Sir.). Ibid. pp.421, 423-424. 
(49) M. E. Descourtilz. Op. Cit. pp.208-209.
(50) Les discours motivateurs de Biassou en 1791, vont comme suit : "Quand l'exaltation était parvenue à son comble, Biassou suivi de ses sorciers, se présentait à la foule et s'écriait que l'esprit de Dieu l'inspirait ; il annonçait aux africains que s'ils succombaient dans les combats, ils iraient revivre dans leurs anciennes tribus en Afrique." Thomas Madiou. Histoire d’Haiti, Tome 1. Port-au-Prince, 1847. pp.72-73.
(51) M. E. Descourtilz. Op. Cit. pp.383-384.
(52) Acte d'indépendance d'Haïti du 1er janvier 1804. In : Louis Boisrond-Tonnerre. Op. Cit. p.4.
(53) Proclamation de Dessalines du 28 avril 1804. In : Placide Justin, James Barskett (Sir.). Op. Cit. p.424.
(54M. E. Descourtilz. Op. Cit. pp.275-276.
(55) Moreau de St Méry. Description topographique physique... Tome 1. Philadelphie, 1797. p.44. 
(56) Féquière Vilsaint, Maude Heurtelou. Diksyonè Kreyòl Vilsen, 3zyèm edisyon. Coconut Creek,  2009. p.233.
(57) "Je mêle à mon récit des anecdotes secrètes de la vie privée de Toussaint-Louverture et de Dessalines, qui me sont ou personnelles, ou dont j'ai connu les principaux acteurs." In : M. E. Descourtilz. Voyages d'un naturaliste et ses observations... Volume 1, Paris. 1809. p. Lviij.
(58) M. E. Descourtilz. Voyages d'un naturaliste, et ses observations... Volume 3. Paris, 1809. p.254.
(59) M. E. Descourtilz. Ibid. p.352. 
(60) Yussuf J. Simmonds. "Legends : Jean Jacques Dessalines". In : Los Angeles Sentinel, February 11, 2010. [en ligne] Lien permanent : http://lasentinel.net/Jean-Jacques-Dessalines.html ; consulé le 6 octobre 2015.
(61) Odette Mennesson-Rigaud. "Le rôle du Vaudou dans l'indépendance d'Haïti." In : Présence Africaine. Nouvelle série. No.18/19 (février-mai 1958). pp.43-67 (p.65)
(62) A.J. Victor. "Le Vaudou est-il un problème social pour Haïti ? (2 de 3)". In : Le Nouvelliste du 22 octobre 2014. [en ligne] Lien permanent : https://lenouvelliste.com/article/136751/le-vaudou-est-il-un-probleme-social-pour-haiti-2-de-3 ; Consulté le 27 avril 2019.
(63) Fondation Marie Claire Heureuse Félicité Bonheur Dessalines (FF) Fondasyon Felicitée. Sous la direction de Bayyinah Bello. Limyè 1 : Jean-Jacques Dessalines : 21 Pwenkonnen sou lavi li. Port-au-Prince, 2015. p.12.
(64) René-A. Saint-Louis, La présociologie haïtienne ou Haïti et sa vocation nationale. Montréal, 1970. p. 9.
(65) Beaubrun Ardouin. Études sur l'histoire d'Haïti..., Tome 5. Paris, 1854. p.418.
(66) Ausone de Chancel. "Cham et Japhet". In : Revue Britannique ou choix d'articles périodiques de la Grande-Bretagne et de l'Amérique. Tome 1. Septembre 1859. Paris, 1859. pp.87-141.(p.96).
(67) Gaspard Théodore Mollien. Histoire ou Saint Domingue. Tome 2. Paris, 2006. p. 54.
(68) S.J. Ducoeurjoly. Op. Cit. p.34.
(69) M. E. Descourtilz. Op. Cit. pp.209-210.
(70) Jean Targète, Raphael G. Urciolo. Haitian Creole-English Dictionary. Kensington, 1993. p.61.
(71) Féquière Vilsaint, Maude Heurtelou. Op. Cit. p.306.
(72) Gaspard Théodore Mollien. Histoire ou Saint Domingue. Tome 2. Paris, 2006. p.53.
(73) Gabriel Debien, Marie Antoinette Menier, Jean Fouchard.  "Toussaint Louverture avant 1789, légendes et réalité ", article paru dans la revue de l'Institut français d'Haïti Conjonction, n° 134 (1988). Cité dans "Toussaint Louverture et l'indépendance d'Haïti : témoignages pour un bicentenaire" édité par Jacques de Cauna. Paris, 2004. pp.61-67.
(74) Jacques de Cauna. Toussaint Louverture : Le Grand précurseur. Paris, 2012. pp.107-114.
(75) Jean-Louis Donnadieu et Philippe Girard. "Nouveaux documents sur la vie de Toussaint Louverture" in : Bulletin de la Société d'Histoire de la Guadeloupe. Numéro 166–167, Septembre, 2013, Décembre, Janvier, Avril, 2014, p. 117–139.
(76) "C'est un bon ouvrier, mais un mauvais", aurait déclaré Janvier Dessalines de Jean-Jacques Dessalines." Cité par Dubroca. Mémoires du Général Toussaint L'Ouverture écrits par lui-même. Paris, 1853. p.31.
(77) Pierre Josué Agénor Cadet. "1810-2010 : Bicentenaire de naissance du Président Jean Nicolas Nissage SAGET". In : Le Nouvelliste du 28 décembre 2010. [en ligne] Lien permanent : https://lenouvelliste.com/article/86908/1810-2010-bicentenaire-de-naissance-du-president-jean-nicolas-nissage-saget ; consulté le 28 juin 2019.
(78) Robert R. Price. "Dessalines et Marie Noelle, Aïeuls des Trujillo et des Saladin?" Revue de la Société haïtienne d'histoire et de géographie, No. 210. Port-au-Prince, 2002. pp.58-60.
(79) Thomas Madiou. Histoire d'Haïti. Tome 3. Port-au-Prince, 1848. p.153.
(80) Edgar La Selve. Le pays des nègres : voyage à Haïti, ancienne partie française de Saint-Domingue. Paris, 1881. pp.166-167.
(81) Sémexan Rouzier. Dictionnaire géographique et administratif universel d'Haïti Vol. 1. Paris, 1892. p.331.
(82) "Mémoire pour servir à l'instruction à l'affaire du Sieur Amidieu Duclos ancien Capitaine de dragons actuellement Capitaine Commandant la compagnie des Volontaires du Cap." In : "Amidieu-Duclos, François, capitaine de dragons-milices, commandant de la paroisse du Port-Margot, à Saint-Domingue (1767/1771)" ; FR ANOM COL E 4, ; Lien permanent : http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr/ark:/61561/up424rmktx
(83) M.L.E. Moreau de Saint Méry. Loix et constitutions des colonies françoises de l'Amérique sous le vent... Tome 4. Paris, p.877.

(84) ANOM. "Mémoire pour servir à l'instruction à l'affaire du Sieur Amidieu Duclos..." Op. Cit.
(85) ANOM : Archives Nationales d'Outre-Mer, État Civil, Le Cap 1777. Acte de décès du 2 mars 1777.
(86) "Dessalines, Janvier, sergent-major dans la milice coloniale, concierge de la maison du Gouvernement, à Saint-Domingue (1796) ; "FR ANOM COL E 129. Lien permanent :http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr/ark:/61561/up424ommpny
(87) Les Affiches Américaines du mercredi 15 décembre 1784. Parution no.50. p.809.
(88) Les Affiches Américaines du jeudi 26 juillet 1787. Parution no.59. pp.375-376.
(89) Gaspard Théodore Mollien. Op. Cit. p.53.
(90) Thomas Madiou. Histoire d'Haïti. Tome 3. Op. Cit. p.152.
(91-92) Jean-Baptiste Mirambeau. "Victoria surnommée Toya par ses congénères". In : Femmes haïtiennes. Port-au-Prince, 1953. pp.20, 21.
(93) Janvier Dessalines. Cité par Dubroca. Op. Cit. p.31.
(94) ANOM. "Mémoire pour servir à l'instruction à l'affaire du Sieur Amidieu Duclos..." Op. Cit.
(95) Thomas Madiou. Histoire d'Haïti. Tome 3. Op. Cit. p.136.
(96) Jean-Louis Donnadieu et Philippe Girard. "Nouveaux documents..." Op. Cit.
(97) Jean-Baptiste Mirambeau. "Victoria surnommée Toya..." Op. Cit. p.19.
(98) Fondation Marie Claire Heureuse Félicité Bonheur Dessalines (FF) Fondasyon Félicitée. Sous la direction de Bayyinah Bello. Op. Cit. pp.9-11, 17.
(99) Victor Nicolas. L'Expédition du Dahomey, en 1890. Paris, 1892. p.26.
(100-101) Jean-Baptiste Mirambeau. "Victoria surnommée Toya..." Op. Cit. p.21.





Comment citer cet article:
Rodney Salnave. "Dessalines n'était pas musulman".
31 mars 2017 ; modifié le 1 juillet 2019. [en ligne] Lien permanent : http://bwakayiman.blogspot.com/2017/03/dessalines-netait-pas-musulman.html ; Consulté le [entrez la date]



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