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Boukman n'était pas le chef de la révolution haïtienne

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Boukman n'était pas musulman

 
 

Rodney Salnave
Dougan (Scribe)
28 mai 2017
(Mise à jour : 3 août 2017)


1- Boukman, était-il le premier révolutionnaire?

La révision islamique de la révolution haïtienne repose sur l'idée erronée que :
  • Boukman était le chef de l'armée révolutionnaire ; 
  • qu'il était de foi musulmane ; 
  • que les captifs de Saint Domingue (Haïti) étaient endormis jusqu'à son avénement en 1791 ;
  • et que grâce à sa supposée doctrine musulmane, ainsi qu'à sa supposée maîtrise de l'écriture, il aurait insufflé le goût de la révolte à la population noire hébétée et passive de Saint Domingue.
Un tel argument ne tient pas compte du fait que la résistance violente au système esclavagiste remonte à 112 ans avant Boukman, Bois Caïman (Bwa Kayiman) ou l'insurrection générale en 1791. Car, les troubles ont débuté dès 1679, l'année à laquelle la France débarqua sa première cargaison de captifs à Saint Domingue :
  • (1679) Premier débarquement des ancêtres des Haïtiens dans l'île de Saint Domingue (Haïti)
  • (1679) Rébellion de Padrejean - St -Louis du Nord, Port-Margot, Morne Tatare
  • (1691) Rébellion de Michel - Plaine du Cul-de-Sac
  • (1691) Rébellion de Jeannot Marin, Georges Dollot dit Pierrot - Port de Paix, Île de la Tortue
  • (1691) Complot de 200 Noirs - Nord
  • (1697) Révolte de captifs - Quartier Morin
  • (1704) Conspiration - Cap-Français
  • (1719) Attaques de Michel Cacabois - Montagnes Bahoruco (près de Jacmel, au Sud-Est)
  • (1723) Attaques de Colas Jambe Coupée - Grande-Rivière-du-Nord, Limonade, Morne à Montègre
  • (1728) Rébellion de Plymouth - Grande Anse, Nippes
  • (1730-1734) Rébellion de Polydor - Trou du Nord
  • (1740) Rébellion de Pompée - Mirebalais
  • (1740-1758) Empoisonnements par Macandal, Brigitte, Jean Tassereau, Médor et centaines d'autres complices - Nord, Nord-Est 
  • (1742) Incursions de marrons - Anses-à-Pitres
  • (1746) Incursions de marrons - Jacmel
  • (1747) Rébellion de Orphée - Léogane
  • (1758) Exécution de Macandal, Brigitte, Jean Tassereau, Médor et autres empoisonneurs
  • (1758, nov.) tentative d'empoisonner la source d'eau d'une caserne - Nord (Cap-Français?)
  • (1761) Piège de marrons (le chef victorieux prend le nom de son adversaire Belzunce)
  • (1770-1774) Rébellion de Petit Noel Prieur - Fort Dauphin
  • (1770-1777) Rébellion de Télémaque Canga, Isaac, Candide - Fort Dauphin
  • (1776) Incursions de marrons - Boucan-Patate, Anses-à-Pitres, Grand-Bois, Fonds-Parisien, Sale-Trou  
  • (1776 -1785) Attaques de Santiague, Philippe, Kebinda - Bahoruco
  • (1777) Rébellion de  Jacques Corbières - Plaine du Cul-de-Sac
  • (1777-1778) Incursions de marrons -  Boucan-Gressin
  • (1779-1781) Incursions de marrons - Sud-Est, Jacmel 
  • (1786-1787) Conspiration magico-révolutionnaire de Jérôme Poteau, Télémaque - Marmelade
  • (1787) Rébellion de Gillot alias Yaya - Trou du Nord, Terrier Rouge
  • (1791) Boukman et autres leadeurs - Bois Caïman et l'insurrection générale
Le portrait que dresse ces dates nous permet de constater que pendant 112 ans, soit du début de l'implantation des Noirs à Saint Domingue (1679) jusqu'aux événements du Bois Caïman (1791), la rébellion n'a jamais cessé ; et l'islam n'a jamais été cité comme source de subversion dans la colonie. Ne serait-ce que sur cette observation, nous pouvons dire qu'on attribue faussement à Boukman le rôle de précurseur de la révolution haïtienne.


2- Boukman, était-il le chef suprême des révoltés?

Nous devons, de prime abord, établir les faits. À aucun moment Boukman n'a été le chef suprême des rebelles. Ce ne fut même pas le cas lorsqu'il évoluait dans le brigandage avant la révolution. Cet extrait daté du 5 septembre 1790, donc 1 an avant Bois Caïman, dévoile Boukman comme membre influent d'un bande de hors-la-loi composés de "beaucoup de mulâtres", ce qui écarte l'hypothèse de bande d'ethnie mandingue ou islamisée. Cependant, Boukman partagea le leadership immédiat avec Barthélemi (Barthélemy) Roquefort, un futur colonel de l'armée révolutionnaire, tandis que Yorch (Georges) Biassou, futur Vice-Roy de l'armée révolutionnaire, régnait comme Roi de cette bande :
"Extrait du journal des opérations du camp des Mornes, du 5 septembre 1790.
”Il fut pareillement amené quatre nègres, dont trois interrogés ont en résumé fait la déposition suivante, savoir :
Que c'était Barthélemi, nègre de M. Roquefort, de la Petite-Anse, qui y était le chef avec Boukman ; qu'il y a un roi nommé Yorch, nègre de M. Biassou.
Qu'il y a dans la bande beaucoup de mulâtres ; que c'est le colonel du régiment du Cap qui les a portés à la révolte ; que Barthélemi, premier général, leur a parlé lui-même plusieurs fois au bord de la mer de l'Ouest ; qu'aujourd'hui, à midi, il s'est arrêté audit lieu une goëlette chargée de munitions et provisions qui se portent au camp de l'habitation la Plaigne, et qui leur sont fournies par ce colonel." (1)
Ceci dit, nous ne pouvons pas non plus occulter l'indéniable, à savoir, que Boukman était un chef de très grande envergure. Tous les acteurs dans le conflit opposant les captifs à leurs oppresseurs s'entendent sur ce point. Cette lettre du colonel Cambefort ayant dirigé la campagne de onze jours dans la Plaine de l'Acul menant à la mort de Boukman, nous en donne une idée :
"Je continuai à charger les révoltés sur le chemin et dans les cannes (...) nous en tuâmes là une trentaine, avec nos armes-à-feu et nos sabres : de ce nombre se trouva Bouckmann ; il était porteur d'un fusil à deux coups, qu'il déchargea sur moi et M. Dubuisson.
(...)
On ne peut trop apprécier l'avantage d'avoir détruit le chef Bouckmann. (...) Il est bien claire, que Bouckmann était le chef qui avait le plus de crédit sur l'esprit des nègres; et j'espère bien qu'il ne pourra être remplacé.
" (2)
La représentation que fit Cambefort de Boukman au 7 novembre 1791 ressemble énormément à la vision moderne qu'on se fait du leadership de ce héros. De plus, le colon François-Alexandre Beau qui participa à la campagne française nous éclaire sur l'impact catastrophique de la mort de Boukman sur les rebelles de l'Acul-du-Nord qui plaçaient un espoir immense en lui :
Les brigands furent fort affectés de la perte de leur général Bouqman ; après la mort de ce chef vraiment redoutable, ils couraient ça et là dans la plaine, en faisant retentir l’air de cette expression : « Bouqman tué, que ça nou vau! Bouqman tué, que ça nou vau! » [Bouqman n’est plus. Que valons-nous désormais?!]" (3)
Même son de cloche dans le camp de Jeannot à la Grande-Rivière-du-Nord, lorsqu'une semaine plus tard, arriva la nouvelle de la mort de Boukman. L'observation de Verneuil Gros, prisonnier de Jeannot, en témoigne :
"Le 14 [novembre 1791], nous apprîmes la mort de Bouqueman ; il serait impossible de dire qu'elle fut l'impression que cette mort fit sur les nègres. Les chefs prirent le deuil (...) Pour nous, spectateurs, souffrant de tout ce qui se passait, nous étions désolés de cet accident." (4)
Ainsi, l'unanimité est faite sur la valeur inestimable de Boukman au sein de l'armée révolutionnaire. Il fut celui, d'après le texte d'Hérard-Dumesle, qui organisa la rencontre préparatrice du 14 août 1791 au Morne Rouge. Dans cette rencontre, communément appelée Bois Caïman, 2 délégués de chaque habitation des quartiers de la Plaine-du-Nord, du Limbé, du Quartier Morin, de l'Acul-du-Nord, du Limonade, de la Petit-Anse, etc. ont fixé la date de l'insurrection générale au 25 août 1791 ; et ce sont choisis un chef. 
Mis à part la très grande appréciation de Boukman, la question demeure, était-il pour autant le chef suprême de l'armée révolutionnaire? 
La réponse est non. En dépit de sa motivation inégalée, Boukman ne fut pas ce chef suprême désigné au Morne Rouge, car jugé trop fougueux pour prendre en charge la révolution. Une preuve tangible de cela réside dans le fait qu'il a mis en péril la réussite de la révolution, en confondant  le mercredi 25 août, la date convenue pour l'insurrection, avec le mercredi 17 août, la date à laquelle, il a pris part à l'incendie d'une case à bagasses (pelures de cannes) sur  l'habitation Chabaud du Limbé :
"Il nous faut revenir à la paroisse du Limbé, ce jeudi [plutôt un mercredi] 17 août, où les secrets se dévoilent... (...) Un petit groupe avait déjà mis le feu à une case à bagasses ; ils se sont enfuis à l’arrivée du colon, qui en a blessé un qu’il a fait prisonnier. Celui-ci, nommé Jacques, un des commandeurs d’une habitation voisine, celle de Desgrieux, a fini par révéler la réunion du 14 août et la décision de lancer l’insurrection. Leur incendie aurait dû en être le signal (...) Leclerc se rend sur place, fait enregistrer les aveux de Jacques, lequel donne des noms que l’on retrouvera : Barthélemy, Paul, Boukman, quelques autres." (5)
Cette incendie prématurée par la bande à Boukman a produit, notamment l'arrestation de Jacques Cautant, commandeur de l'habitation Desgrieux, où les captifs étaient les plus impatients, puis celle du captif François (Dechaussée ou Defeau)*, un esclave mulâtre appartenant à Chapotin. Via les interrogatoires qui s'en suivent, les autorités apprendront l'essentiel du complot en cours. Là une faute qui aurait pu être fatale, avenant que les colons auraient pris au sérieux le menace les guettant. Heureusement, ce ne fut pas le cas.


3- Mise en contexte des enjeux politico-religieux

Sans mise en contexte, les textes qui suivent risqueraient de confondre le lecteur. Car, ils relatent d'une relation quasi-symbiotique et peu révélée existant entre les révoltés de Saint Domingue, la royauté française, le clergé français et les Espagnols établis dans la partie orientale de l'île.
La mise en contexte rapide de cette relation permet de cerner la motivation des principaux acteurs en jeu au début de la révolution haïtienne, jusqu'à l'abolition officielle de l'esclavage en 1794 et l'avénement de Toussaint Louverture.
Les révisionnistes occidentaux (chrétiens) nomment la relation mentionnée et les décisions qui y en ressortent, l'aspect "politique" de la révolution haïtienne. Étant eurocentriques, voir racistes, ces révisionnistes occidentaux-chrétiens, convaincus que la religion ancestrale des révolutionnaires est incompatible avec la rationalité, refusent l'idée que les pratiques traditionalistes puissent interagir avec des stratégies militaires et politiques victorieuses. C'est pourquoi ils privilégient l'aspect "politique" qu'ils opposent à l'aspect "religieux" qui se limiterait  aux services ancestraux inefficaces des insurgés. Or, la religion (associée à la royauté) fut au coeur des interactions, des déclarations, des décisions et des stratégies des insurgés noirs et de leurs supporteurs blancs. Pourtant, les révisionnistes occidentaux écartent les officiants traditionalistes des décisions politico-militaires, sans jamais oser mettre en doute la légitimité du clergé catholique qui pourtant intervenait dans les aspects militaires et politiques de la révolution haïtienne. **

La situation politico-religieuse des insurgés s'explique fort aisément et rapidement :
  • En juillet 1651, les missionnaires jésuites ont eu l'autorisation de s'établir à Saint Domingue, colonie française alors clandestine. (6) Ces jésuites s'installeront dans le Nord, lieu de l'éclatement futur de la révolution.
  • En 1679, les ancêtres des Haïtiens font leur première arrivée dans l'île. (7)
  • En mars 1680, Louis XIV publia le Code Noir dont les articles 2 et 3 exigent que tous les esclaves "seront baptisés et instruits dans la religion catholique" dans huit jours de leur arrivée, et l'interdiction de "tout exercice public d'autre religion que la catholique". (8) Le mot "instruction" prend tout son sens. Car il placera les religieux jésuites, fortement royalistes, en très grande proximité avec la population captive du Nord.
  • Le 29 novembre 1753, cette lettre du père Sacy, procureur des jésuites, nous donne une idée de l'emphase mise par l'hiérarchie cléricale sur la royauté protectrice : "Ils seront d'instant plus porter, Monseigneur, à obéïr, en toute occasion, aux ordres du Roi, qu'ils verront, par la fin de vôtre lettre, combien Sa Majesté à coeur de leur faire sentir Sa royale protection dans tout ce qui aura rapport à la Religion, et à l'exercice de leurs ministère." (9) Puis, contrairement au Brésil où les confréries de captifs séparés par ethnies favoriseront l'émergence de rites ancestraux parallèles (10), à Saint Domingue (Haïti), l'interdiction de telles confréries facilitera la fusion des rites des diverses Nanchon ou Nations ethniques en une seule religion renforcée capable de vaincre la chrétienté dominatrice.
  • Le 24 novembre 1763, ordonnance d'expulsion des jésuites à cause de leur complicité dans des rébellions de captifs. (11)
  • Le 3 décembre 1784, un décret royal sorti en faveur des captifs, et contre leurs mauvais traitements par les procureurs ou gérants d'habitations. (12) Quoique non appliqué textuellement par les autorités coloniales, ce décret consolidera néanmoins chez les captifs, la notion que la royauté leur tient à coeur, et que l'administration coloniale leur est hostile. Un tel discours fut amplement martelé aux captifs du Nord, depuis leur arrivée par les missionnaires (jadis jésuites expulsés ; puis par les capucins, les remplaçants des jésuites).
  • Le 23 décembre 1785, un second décret royal confronte "l'administration vicieuse" des procureurs ou gérants d'habitations et leur résistance aux mesures visant l'amélioration du sort des captifs. (13)
  • 1789, la révolution française écarta à la fois la royauté et le clergé. Cela sera accueilli par les captifs comme la perte de leur unique soutien qui fut la royauté et ses représentants, les prêtres catholique. L'Europe entière, restée royaliste, se dresse en ennemi de la France jugée athée, particulièrement l'Espagne (dont le souverain aurait été proche parent du roi français). (14)
  • 1789, déclaration des Droits de l'homme. Elle sollicitera chez les mulâtres et noirs libres, une quête d'égalité politique avec le reste de la population libre blanche. Toutefois, cette déclaration des droits des hommes libres ne concerne nullement pour la population captive souhaitant le retour du pouvoir royal les favorisants.
  • 1790-1791, agitation des noirs et mulâtres libres, fortement républicains, pour l'égalité des droits dans la partie Nord. Exécution des meneurs (Chavannes et Ogé). Poursuite des sympathisants en fuite.
  • Le 15 mai 1791, décret donnant l'égalité politique aux noirs et mulâtres libres nés de deux parents libres. Ce décret causa la fureur d'une forte portion des grands propriétaires blancs royalistes ou indépendantistes, dont quelques-uns aperçoivent la population captive telle une source de bras armés manipulable.
  • 1791, circulation d'un faux décret royal annonçant 3 jours de congé par semaine aux captifs, et l'abolition du fouet. Ce faux décret fut, croît-on, la conception des noirs et mulâtres libres pourtant républicains et partisans de Chavannes et Ogé, reconnaissant la clé de leur succès en l'utilisation des captifs fortement royalistes. (15)
  • En août 1791, rencontre politico-religieuse du 14, au Morne Rouge, dans laquelle un métis (mulâtre ou griffe) lit le faux décret aux 200 commandeurs, cochers et élites des habitations ; et quelques leadeurs marrons dont Jean-François Papillon, ancien cocher.
  • 21 août, seconde rencontre politico-religieuses des comploteurs, non loin de Morne Rouge.
  • 22 août, éclatement de l'insurrection générale par les insurgés qui se disent "Gens du Roi".
  • Fin 1791, dans les paroisses brûlées (Limbé, Grande-Rivière, Dondon, Marmelade, etc.), plusieurs prêtres ne prennent pas la fuite. Au contraire, ils se joignent aux rebelles, faisant souvent résidence dans leurs camps. De même, les Espagnols royalistes et catholiques fréquentent les camps rebelles pour les fournir de la nourriture et des armes, en  échanges de café, mules et autres biens français pillés.
Voilà sommairement, la situation politico-religieuse en cours durant les premières années de la révolution haïtienne. Cette situation est magnifiquement captée par les extraits suivants d'une lettre d'un Espagnol ravitaillant les rebelles en armes pour la défense du roi. Cette lettre décrit également la démarche des rebelles au son de "Vive le roi! et l'Ancien régime" :
 "La lettre suivante, trouvée sur l'habitation Galiffet, en fournit la preuve : "Je suis fâché que vous ne m'ayez pas prévenu plus tôt que vous manquiez de munitions : si je l'avais su, je vous en aurais envoyé, et vous recevrez incessamment ce secours, ainsi que tout ce que vous me demanderez quand vous défendrez les intérêts du roi.
"Signé DON ALONZO"

À la même époque, un parlementaire des insurgés se présenta devant le Port-Margot, précédé d'un drapeau blanc sur lequel était écrit, d'un côté : Vive le roi ! et de l'autre : Ancien régime. Il était porteur d'une déclaration écrite ayant pour teneur :
"Qu'ils avaient pris les armes pour la défense du roi, que les Blancs retenaient prisonnier à Paris parce qu'il avait voulu affranchir les Noirs, ses fidèles sujets ;
Qu'il voulaient donc cet affranchissement et le rétablissement de l'ancien régime ;
Moyennant quoi les Blancs auraient la vie sauve et pourraient retourner tranquillement dans leurs foyers, mais qu'ils seraient préalablement désarmés."" (16)
À partir de cette clarification, les discours, interractions et comportements des rebelles auront un maximum de sens pour le lecteur.


4- Boukman sous les ordres de Jean François Papillon

À la rencontre du Morne Rouge, le 14 août 1791, le commandement suprême des forces rebelles fut donné, non pas à Boukman, mais à Jean-François Papillon. Ce dernier considéra cette haute responsabilité en ces termes pleins d'humilité :
"Ce n'est pas moi qui me suis institué général des nègres. Ceux qui en avaient le pouvoir m'ont revêtu de ce titre..." (17)
Jean-François était un créole, né aux environs de 1765 qui s'évada en 1787 de l'habitation Papillon à l'Acul. Contrairement à Boukman et les autres leadeurs de la révolution, il fut marron 4 ans avant l'insurrection générale de 1791 :  


"Jean-François, créole, âgé d'environ 22 ans, de la taille de 5 pieds 6 pouces, fluet, assez bien de figure, ayant sur le côté droit du sein l'étampe RB, au dessus Sr M. , & une longue cicatrice sous le menton : ceux qui en auraient connaissance sont priés d'en donner avis à M. G. Papillon fils, négociant au Cap-Français, à qui il appartient." (18)
Ce Jean-François Papillon ou Jean-François Petekou (briseur de cou) fut un meneur de génie ayant mis en oeuvre la réussite de sa révolution haïtienne en instituant une armée disciplinée, coordonnée et communiquant efficacement par écrit, dès les premiers jours.  En tant que Roi de la révolution, il jouissait du droit de vie et de mort sur ses soldats dont Boukman (et Paul Bélin, tué par Jeannot Bullet). Car :
"On trouva dans la poche de Georges, l’un des chefs des révoltés qu’on avait tué, un billet conçu en ces termes : « Je donne pouvoir et j’ordonne à Georges, major général de ma cavalerie, de tuer les nommés Bouqman et Paul partout où ils se trouveront, signé J.-François Roi. » Quels pouvaient être les motifs qui avaient excité le chef suprême de l’armée noire à exhiber un ordre pareil? Je présume que c’est parce que Bouqman et Paul ne s’étaient point emparés du camp des Mornets en même temps que Jeannot avait enlevé celui du Dondon, et de plus parce que les chefs commandaient despotiquement dans leur arrondissement et ne voulaient point reconnaître Jean-François pour leur supérieur." (19)
De plus, les raisons suivantes nous permettent d'affirmer que Jean-François n'était pas musulman :
  •  Sa chefferie et celle de sa femme Charlotte furent officialisées non pas par un imam ou un "iman", mais par le père Cachetan, curé de Petite Anse, qui :"couronna solennellement le nègre Jean-François et la négresse Charlotte roi et reine des Africains, et chefs de la révolte." (20)
  • Il fut créole, donc né dans l'île et non exposé à l'islam, comme l'aurait été un captif né dans le continent-mère. (21-22)
  • D'ailleurs, un prêtre catholique, le père Vasquez, son grand correspondant espagnol, célébra son mariage avec Charlotte : "Jean-François married his common-law-wife, Charlotte so that it could not be said that a Spanish general was living in sin. She received silk stockings from Governor Garcia as a wedding present, he received a stern lecture from Father Joseph Vasquez about marital fidelity." (Trad.) : "Jean-François a épousé Charlotte, sa femme en union libre, pour qu'on ne puisse dire qu'un général espagnol vivait dans le péché. Elle a reçu des bas de soie du gouverneur Garcia en cadeau de mariage, il a reçu un sermon sévère du père Joseph Vasquez sur la fidélité conjugale." (23)
  • "Il portait un habit de général couvert de galons, chargé de cordons et de croix" (24) Or, porter la croix est interdit aux musulmans, car considéré comme de l'idolâtrie.
  • Comportement contraire à l'islam, il affectionnait la compagnie des demoiselles (non mariées), comme le dénote Toussaint dans une lettre à Biassou : "j'ai pris les précautions cette affaire, vous pouvez en faire à Bouqueman quand à Jean-François, il peut toujours aller en voiture avec ses demoiselles..." (25)
  • "Le curé du Dondon fut l'aumônier de Jean-François." (256
  • Il sollicita "l'avis de M. l'abbé de la Haye, curé du Dondon, et du père Bien-Venu." (27)
  • Il fit alliance avec Espagnols réputés anti-musulmans (d'après la révisionniste islamique Sylviane Diouf elle-même qui démontra qu'ils ont passés 5 lois anti-islamiques dans les 50 premières années de l'établissement de l'Espagne en Amérique). (28)
  • Il jura fidélité à l'Espagne dans une église catholique devant le père Vasquez. "Dès qu'il eut donné son consentement, on le mena à l'église, et, au milieu de la messe qu'on y célébrait, Jean-François, un genou en terre, un cierge allumé à la main, s'écria à haute voix : "que je brûle en enfer, comme ce cierge, si jamais je renonce à la cause du roi d'Espagne."" (29)
  • "Le 4 janvier 1796 que Jean-François partit du Fort-Dauphin pour la Havane, d'où il se rendit en Espagne." (30) Il fut admis en Espagne (anti-musulmane), à Cadix où il mourut en 1805. (31)
  • Dans sa lettre du 4 septembre 1791 aux Français, jamais il ne fit référence à des soucis islamiques. Au contraire, il mentionna le roi et l'univers : "le roi, l'univers, ont gémi sur notre sort, et ont brisé les chaînes que nous portions". Il déclara sa devise qui n'était pas islamique "Dieu qui combat pour l'innocent, est notre guide, il ne nous abandonnera jamais, ainsi voilà notre devise : Vaincre ou mourir. " Il parla de liberté ou la mort et de ses souhaits : "il ne nous manque ni poudre, ni canon, ainsi la mort ou la liberté. Dieu veuille nous la faire obtenir sans effusion de sang, tous nos voeux seront accomplis." (32)
La somme de ces points enlève tout doute. Jean-François n'était pas musulman. Et Boukman qui combattait sous ses ordres ne devait pas l'être non plus.


5- Boukman sous les ordres de Georges Biassou

Comme nous l'avons vu dans l'extrait du 5 septembre 1790, Boukman opérait sous le commandement de Georges Biassou même avant l'insurrection générale de 1791. Et cette ordre hiérarchique sera maintenu. Georges Biassou deviendra le Vice-Roy de l'armée révolutionnaire, directement après Jean-François Papillon, le Roi, tandis que Boukman ne figura pas parmi les 3 premiers dirigeants.
Et quant à l'adhésion religieuse de Biassou, ces points suivants démontrent sans équivoque qu'il était traditionaliste et non musulman :
  • Biassou fut un Créole, donc né dans l'île et peu ou pas exposé à l'islam. Plus précisément, il naquit au Cap Français, des Noirs Charles et Diane. (33) Une lettre de Toussaint du 15 octobre 1791 fait référence à sa mère et sa soeur. (34) D'ailleurs, en janvier 1792, il aurait libéré sa mère, alors âgée de 80 ans, qui était captive à l'hôpital des Pères de la Charité situé au Haut du Cap. (35)
  • Il était "naguère esclave des Pères de la Charité, près du Cap." (36) Ce qui signifie qu'il a grandi dans un catholicisme mélangé avec la religion ancestrale de la majorité des captifs de l'île. 
  • Il était reconnu comme étant "le plus superstitieux de tous ceux auxquels il commandait." (37)
  • Il était vu comme un Houngan, un grand officiant de la Tradition ancestrale : "Il s'entourait de sorciers, de magiciens, et en formait son conseil. Sa tente était remplie de petits chats, de toutes les couleurs, de couleuvres, d'os de morts et de tous les autres objets, symbole des superstitions africaines". (38)
  • Il était entouré de femmes légèrement vêtues : "Pendant la nuit de grands feux étaient allumés dans son camp; des femmes nues exécutaient des danses horribles autour de ces feux, en faisant d'enrayantes contorsions, et en chantant des mots qui ne sont compris que dans les déserts de l'Afrique." (39)
  • Il inspirait ses troupes à l'aide de sermons religieux faisant référence à Nan Ginen, soit le retour d'outre-tombe en "Afrique" ancestrale : "Quand l'exaltation était parvenue à son comble, Biassou suivi de ses sorciers, se présentait à la foule et s'écriait que l'esprit de Dieu l'inspirait ; il annonçait aux africains que s'ils succombaient dans les combats, ils iraient revivre dans leurs anciennes tribus en Afrique." (40)
  • Il faisait ses sermons au milieu de chants et tambours ancestraux, ce qui est interdit par l'islam : "Alors des cris affreux se prolongeaient au loin dans les bois ; les chants et le sombre tambour recommençaient, et Biassou profitant de ces moments d'exaltation poussait ses bandes contre l'ennemi qu'il surprenait au sein de la nuit." (41)
  • Il "aimait les femmes et la boisson". (42)
  • En fait, il était fanatique de "liqueurs fortes qu'il aimait à l'excès" lui "faisaient perdre souvent la raison". (43)
  • Il prit soin des prêtres, notamment de l'abbé Delahaye du Dondon, son conseiller, à qui il envoya régulièrement de la viande. (44)
  • Il rassure l'abbé Delahaye, inquiet du sort des prêtres du Limbé et de Petite Anse qui collaborent avec les rebelles, en lui écrivant : "Je verserai ma dernière goutte de sang pour défendre nos droits et les vôtres". (45)
  • Il demanda au père Delahaye de chanter une messe solennelle pour fêter son titre officiel de Vice-Roy. (46)
  • Il relia la révolution en cours à la cause du roi de France et à la religion catholique à laquelle il se rattache, en écrivant au même prêtre : "Comme je pense que vous êtes maître de votre cure, comme vous avez été accordé par le roi et que si cette révolution se fait par nous, c'est pour soutenir le droit du roi notre maître ainsi que notre religion, et je crois qu'on ne doit point empêcher le cours de notre religion de se professer." (47)
  • Il désigna le père Philémon comme grand aumônier de son armée. Ce prêtre catholique "le conféssait deux fois par semaine, et le faisait communier exactement tous les dimanches : aussi Biassou ne fut Bientôt plus que le premier soldat d’une armée dont Philémon s’était fait chef. (...) Tandis que la générales battait dans le camp de Biassou, pour appeler les noirs au combat, Philémon parcourait les rangs, et comme il parlait très-bien le langage des nègres, il leur adressait des discours véhémens." (48)
  • À cause de son support aux rebelles, le père Philémon fut arrêté et pendu par les autorités. Un colon qui assista à l'exécution en question nous indique que : "Biassou fit faire une cérémonie funèbre en la mémoire du père Philémon, qui fut considéré comme un martyr de la religion et de la bonne cause. Les vêtements qu'il avait laissés au camp furent coupés par parcelles, et chaque nègre en porta un morceau sur lui, comme un talisman capable de le préserver même de la mort." (49) L'usage traditionaliste des parcelles de vêtements du défunt père Philémon comme talisman, valide l'affirmation que, quelques semaines auparavant, les rebelles s'étaient servis des poils d'un porc immolé comme talisman.
  • Finalement, Biassou qui, comme Jean-François, combattu pour l'Espagne anti-musulmane, en 1796, trouva exil à Saint Augustine (Floride), alors territoire espagnol, où il mourut en 1801. Il a reçu, sur son lit de mort, sa confession catholique. (50) Et naturellement, une messe catholique en grande pompe fut chantée à la cathédrale pour cet officier héroïque. (51)
Bref, il est impossible que Biassou, entretenant une relation symbiotique avec des prêtres catholiques, et adhérant à un culte ancestral teinté de syncrétisme catholique, fut de foi musulmane. 


6- Boukman sous les ordres de Jeannot Bullet

Jeannot Bullet, le troisième en grade dans l'armée révolutionnaire, était de loin le plus farouche de tous. Et, comme Jean-François, Biassou et Boukman, il était d'adhésion traditionaliste, selon cet officier français :
"Jeannot : Africain et non créole, ce chef des premières heures de l'insurrection servile, réputé pour sa cruauté, qui se disait le vengeur d'Ogé et de Chavannes, était, selon les colons, un sectateur du vaudou, comme Boukman." (52)
Jeannot était reconnu comme un magicien, par ce colon :
"C'est là qu'un monstre, nommé Janot, qui était le magicien des noirs..." (53)
Cet autre colon déclara Jeannot sorcier, et associa aux rebelles et frères d'armes de Boukman, les mots "Zombis" et "Ouanga", généralement et grossièrement liés au "vaudou"***


"on ne leur parle que de zombis et de ouanga, c'est-à-dire, de revenans et de sortilèges, qu'ils avaient appris à braver sous notre tutelle. Hélas! six mois seulement après avoir été livrés à eux-mêmes c'est-à-dire, à tous les maux d'une incivilisation corrompue, pire que l'état sauvage, ils ne revaient presque tous que fantômes, sortilèges, maléfices et poisons ; ils eurent même des sorciers en titre. Un nommé Jeannot, esclave sur l'habitation Bulet, fut à la fois général, médecin de l'armée et sorcier." (54)
Et concernant l'islam, les points qui suivent témoignent que Jeannot n'avait aucun lien avec cette foi :
  •  Jeannot allait à la messe catholique : "On vit celui-ci [Jeannot] se rendre à la messe d'un lieu appelé la Grande Rivière, dans une voiture attelée de six chevaux et escortée par 200 nègres à cheval." (55)
  • Jeannot et les soldats de son camp consommaient de l'alcool, ce que le coran (16:115) proscrit. Car, le 26 octobre 1791, donc du vivant de Boukman, le colon Verneuil Gros, prisonnier et emmené au camp de Jeannot à la Grande-Rivière, fut servi du tafia, soit de l'alcool fort : "on nous distribua, avec mille propos insultants, quelques goûtes de tafia." (56)
  • Également, Jeannot buvait du sang de ses victimes : "Nous vîmes Jeannot, le mulâtre Délile et le nègre Godar, couper deux des suppliciés par morceaux, et arranger les deux autres comme un poulet que l'on met à la crapaudine, et boire de leur sang (...) La même tragédie se répéta le lendemain, ainsi de suite." (57) Or, le coran (16:115) interdit également toute consommation de sang, peu importe sa provenance.
  • Il se trouvait des curés dans le camp de Jeannot : "le curé de la Grande Rivière a vécu avec les esclaves insurgés à partir du 27 août 1791, date à laquelle Jeannot s’en est emparé. Le curé du Dondon a commencé la même expérience un peu plus tard, le 10 septembre 1791, quand le Dondon est pris par le même Jeannot." (58)
  • Selon Verneuil Gros, un prêtre catholique qu'il a vu avait un statut privilégié dans le camp de Jeannot : "Le commandant, nègre esclave, nommé Sans-Souci (très-mauvais sujet), disait, en faisant le tour de la case. Pai z'autres, bon père après dromi. [La ferme, le bon père dort !]
    (...) Le lendemain matin nous apperçûmes un prêtre sous la galerie : il vint à nous et nous fit entendre ces mots foudroyans : mes enfants, il faut savoir mourir notre Seigneur Jésus-Christ est mort pour nous sur La croix. (...)
    Depuis, nous avons vu fréquemment ce même prêtre dans tous les camps de la Grande-Rivière. C'était le curé de cette paroisse." (59)
  • Le 7 novembre 1791, la journée même de la mort de Boukman à l'Acul-du-Nord, des Espagnols (anti-musulmans) visitaient dans le camp de Jeannot à la Grande-Rivière-du-Nord pour lui vendre des armes : "Sur les 8 heures du matin, nous promenant avec le père Bien-Venu dans la salle du gouvernement, (pour me servir de l'expression des révoltés) nous vîmes entrer un sergent-major d'un régiment espagnol, qu'on nous dit être sur les frontières, accompagné de trois fusilliers. Ils apportaient deux grands barrils de poudre aux brigands..." (60)
  • Les Espagnols et les rebelles conversaient sur leur cause commune qui est la maintenance de la religion (chrétienne) et de la royauté (l'unique autorité se souciant des captifs, d'après les rebelles) : "ces malheureux firent tomber la conversation sur la révolution française : à les entendre, c'était à eux à venger la royauté outragée et a ramener l'ancien état des choses. Ils nous peignaient comme une nation qui a perdu la qualité d'hommes, ne reconnaissant plus de roi, et avant perdu toute notion de la divinité, couverts de tous les crimes, et méritant les plus grands chatimens." (61)
  • Le 1 novembre 1791, lors de son exécution sous l'ordre de Jean-François, Jeannot a reçu le dernier sacrement d'un prêtre catholique, pas d'un imam: "Ce prêtre était le père Bien-Venu, curé de la Marmelade, qui profita d'un instant favorable pour nous accosser et s'ouvrir a nous. (...) Il nous apprit également, que c'était lui qui avait exhorté ce monstre [Jeannot] à la mort, que prêt à être fusillé, il l'avait solicité, par tout ce qu'il y avait de plus sacré, d'obtenir de Jean-François sa grâce." (62)
  • Jeannot commandait de multiples services religieux à crédit auprès du père Roussel, au point d'amasser une forte dette. "Selon le curé Roussel, Jean-François lui aurait assuré qu’il prenait à sa charge les dettes de Jeannot à son égard, dettes qui concernaient des messes dites à sa demande." (63)
  • Finalement, Jeannot, d'après ce témoin oculaire, a reçu des funérailles dignes d'un grand officiant de la religion ancestrale : "nommé Janot, qui était le magicien des noirs (...) soit que son crédit lui portât ombrage, [Jean-François] vint lui-même l'arrêter à la tète d'une compagnie de ses gardes, et le fit fusiller. Les noirs, pleins d'un respect pour leur grand sorcier, lui firent de magnifiques obsèques. J'ai vu le tombeau qu'ils lui élevèrent." (64)
Il ne fait aucun doute que Jeannot, n'avait rien d'un musulman. Il pratiquait une religion ancestrale syncrétique à l'identique de celle toujours vivante en Haïti.


7- Paul Blin, le martyr

Boukman et Paul Blin (ou Bélin) suivaient Jeannot en grade. Nous ne possédons pas, pour le moment, suffisamment de données  afin de dresser le portrait religieux de cet héros. Nous savons cependant, qu'il était commandeur à l'habition Blin du Limbé, et qu'il fut dénoncé comme l'un des premiers chefs comploteurs de la révolution. Ayant pris la fuite du Limbé, il resta introuvable jusqu'au début des hostilités, lorsque sa femme, trop généreuse, l'avait incité à porter secours à son propriétaire (Baillon) et à la femme de celui-ci. (65)
Malheureusement, pour des raisons que nous ignorons, la mort de Paul Blin, ainsi que celle de Boukman, fut commanditée par Jean-François. Et Jeannot se chargea de son exécuta avec une cruauté (66) qui laisse penser que les charges contre lui étaient d'une très grande sévérité.

8- Boukman, frères d'armes de Toussaint Louverture

Vient ensuite, dans l'ordre hiérarchique, Toussaint Louverture, l'aide-de-camp de Biassou et médecin de l'armée. Il était de foi catholique, en ses propres mots :
"Le dimanche et les fêtes, nous allions à la messe, ma femme, moi et mes parents." (67)
D'ailleurs, les soldats de Toussaint, assistaient également à la messe. Ce qui écarte la thèse islamique de l'armée révolutionnaire :
"Il [Toussaint-Louverture] manquait rarement d'assister à la messe (...) Souvent s'immisçant aux fonctions du sacerdoce, il commentait le sermon du curé, haranguait le peuple et ses soldats." (68)
En ce qui à trait à l'islam, précisément, les points qui suivent éloignent Toussaint de cette religion :
  • Toussaint était un créole. "Il est né esclave sur l'habitation Bréda, à peu de distance du Cap", (69)  rendant extrêmement mince la possibilité qu'il fut exposé à l'islam.
  • Lorsque, tardivement, sa foi chrétienne devint fébrile, il incendia un presbytère des Gonaïves, après y avoir prié, foulant au pied un crucifix, en hurlant : "Non je ne veux plus servir ce DIEU; je ne veux plus croire en lui. Il est l'ennemi de ma race. Il n'est que le DIEU des blancs." (70-71) Or, qu'on le veuille ou non, l'islam étant une religion arabe, Allah, n'est certainement pas le Dieu de la race Toussaint.**** Soit dit en passant, ce langage de Toussaint rappelle "Le Dieu des blancs", paroles rapportées de la rencontre du Morne Rouge. N'en déplaise à certains révisionnistes chrétiens, cette vision raciale de Dieu est pourtant bien ancrée chez la population captive de Saint Domingue qui "appelaient la sainte hostie Bon Dieu à blanc." (72)
  • Toussaint, dès 4 octobre 1791, mentionna son intention de se rendre chez les Espagnols (islamophobes) pour lesquels il combattra plus tard, aux côtés de Jean-François et Biassou. (73)
  • Toussaint ne buvait pas d'alcool. (74) Cependant, il en possédait dans son camp. Dans sa lettre du 15 octobre 1791, il mentionna Boukman (Bouqueman) et proposa de ravitailler le camp de Biassou en alcool fort (tafia) : "Mon bon ami, (...) vous pouvez en faire [part] à Bouqueman (...). Si vous avez besoin de tafia, je vous enverrés quand vous voudrez, mais tâchez de leur ménager; vous sentés qu'il ne faut pas les en donner pour qu’il soit dérangés." (75) 
  • Puis, non différent de la majorité des Haïtiens, en dépit de sa pratique catholique, "Toussaint-Louverture, à l'arrivée de l'expédition française commandée par le général Leclerc, se fit dire sa bonne aventure par un de ces vaudoux famé dans l'art devinatoire." (76)
Donc, les éléments ici présentés démontrent que Toussaint était catholique, avec une touche traditionaliste, aux moments critiques. Il n'était certes pas musulman.


9- Jean-Baptiste Cap, le Roi de Limbé et du Port-Margot

Si Toussaint Louverture (Bréda) était un Noir libre, et même un ancien propriétaire d'esclaves, ayant pris part à la révolution, il ne fut pas le seul. Un autre Noir privilégié et même fortuné,+ fut Jean-Baptiste Cap.
À la date du 1er septembre 1791, Jean-Baptiste Cap, ayant reçu le grade de Roi de Limbé et du Port-Margot, tenta de soulever des ateliers++ de travail à l’aide d’alcool. Cela démontre non seulement le caractère  non-islamique de Jean-Baptiste Cap, mais surtout celui de la population captive qu'il savait consommatrice d'alcool fort (tafia) :
"Le 1er septembre, plusieurs nègres et négresses furent fusillés à la paroisse. (...) Jean-Baptiste Cap, nègre libre, contumacé dans l’affaire d’Ogé s’approche de la ville. Il veut soulever les ateliers des environs, les seuls à être restés fidèles. Il s’adresse à cet effet au commandeur du citoyen Lambert, qui prétexte un voyage à faire en ville; Jean-Baptiste Cap lui dit qu’il l’attendra et lui donne commission d’apporter une dame-jeanne de taffia. Ce qu’il lui promet de faire." (77)
Évidemment, la thèse islamique ne s'applique pas non plus à Jean-Baptiste Cap. Celui-ci, comme le remarque l'auteur, comme un très grand nombre de noirs libres, complices d'Ogé, ont fait cause commune avec les captifs, les incitant très souvent à la révolte, pour des raisons d'opportunisme politique. Au lendemain de la victoire finale, une portion de ces républicains convertis en royalistes se sont révélés hostiles aux intérêts de la majorité. Ils ont semé la division afin de mettre en oeuvre la république contre-révolutionnaire et rétrograde que l'on connaît.



10- Fayette, le lettré

Fayette ou Monsieur Fayette, comme l'appela Biassou, appartenait à une couche intermédiaire du commandement. Il était sous les ordres de Toussaint, de Biassou, etc. Nous estimons, d'après les lettres qui font mention de lui, qu'il joua un rôle facilitateur au sein de l'armée rebelle. Sa lettre du 22 octobre 1791, (qui fut retranscrite avec les fautes d'orthographes) donc du vivant de Boukman, nous révèle les contacts avec les Espagnols, puis, que non seulement les rebelles consommaient de l'alcool, ils en fabriquaient dans leurs camps :
"Lettre d'un nègre, signée Fayette ; du Dondon, le 22 octobre 1791.
Mon général,
J'ai l'honneur de vous souhaiter le bonjour et mon général français qui vous fait de même. J'ai l'honneur de vous zaprendre que nous avons tresté avec Lespagne ; nous salon oujourd'hui écrire à Monsieur le président, pour optenir ce que nous zavont de besoin ; est ses tun traité qui me fait un sansible plaisir, auquel je suis réjuis comme estamp persuadé que sett nouvelle vous fera autamp de plaisir que moi, qui fais que je vous le fais savoir. Le général vous prie, sitôt la présente reçu, de faire prendre tout le tafia qui et fait, et tous le sucre et le tafia surtout lui sont consigné pour le camp de Dondon. Tous lestat major vous salus, leur très heumbles civilité, et vous soite bien de la santé ainsi que moi.
J'ai l'honneur d'être avec un fraternel atachement et respecteux respect,
Mon très cher général, V.T.H. et T.Ob.S.+++
Signé : FAYETTE." (78)
Boukman étant vivant lors d'une demande de la sorte, cela rend difficile croire qu'il était musulman et qu'il aurait accepté de combattre au milieu de soldats buvant de l'alcool interdit par l'islam. Puis, mis à part la consommation d'alcool, le fait de "traiter" ou de négocier à l'Espagne, une nation anti-musulmane à cette époque à cause de la longue occupation musulmane de son territoire, prouve que les rebelles de Saint Domingue n'étaient pas des musulmans. 


11- Barthélemy Roquefort

Comme nous l'avons vu, en 1790, Barthélemy (Barthélemi) partagea avec Boukman la chefferie immédiate d'une bande armée appartenant à Biassou. Puis, un an plus tard, en 1791, il participa également dans l'incendie prématurée à l'habitation Chabaud. Donc, on peut certainement dire qu'il fut proche de Boukman. Et que si l'islam était le moteur de leur rébellion, Barthélemy devrait forcément s'avérer de foi musulmane. Or, ce n'en est rien. Car, d'après la lettre de Toussaint, nous savons que l'alcool fort se trouvait dans le camp de Biassou. Or, on nous informe que Barthélemy :
"était le noir qui commandait le camp, en l'absence de Biassou". (79)
Donc, s'il était musulman, Barthélemy n'aurait jamais accepté de seconder au commandement d'un camp où l'alcool se consomme. Puis, quelques années plus tard, en 1794, Barthélemy s'est joint aux troupes françaises :
"Le colonel Barthélemy, noir du parti de Laveaux." (80)
Encore une fois, un comportement incompatible avec celui d'un musulman. D'ailleurs, au début de la guerre, Barthélemy avait le commandement du Limbé et du Port-Margot, (81) (ce qui n'entre pas en conflit avec Jean-Baptiste Cap qui fut le roi, et non le commandant, du Limbé et du Port-Margot, et qui périt en septembre 1791). Mais voilà qu'au début novembre 1791, des Français marchèrent sur le Port-Margot, et, d'après le témoignage oculaire du procureur Le Clerc, dans le camp rebelle prit d'assaut, se trouvaient des porcs servant de nourriture ; et que les Français s'amusaient à massacrer pour se nourrir également :
"The blacks had clearly hoped to hold out in this position because they had a supply of livestock for food, which the whites now seized.

There I witnessed the disorder of war: soldiers and civilians, instead of just killing the animals they needed for food, ran around, sabers in hand, amusing themselves by cutting sheep and pigs in half and using only a small part, with the result that the stench that soon began to rise from this infected place would have forced us to flee it, if that had not already been part of the general plan." (82)
Traduction :
"Les Noirs avaient clairement espéré tenir dans cette position parce qu'ils avaient une réserve de bétail pour la nourriture, que les Blancs saisissaient maintenant.

Là, j'ai été témoin du désordre de la guerre: soldats et civils, au lieu de simplement tuer les animaux dont ils avaient besoin comme nourriture, couraient ça et là, sabres à la main, s'amusant à couper les moutons et les cochons en deux et en utilisant seulement une petite partie, de sorte que la puanteur qui a rapidement commencée à s'élever de ce lieu infecte nous aurait forcé à fuir, si cela ne faisait pas déjà partie du plan général.
"
Finalement, le camp de Barthélemy sur l'habitation Alquier au Limbé offrit d'avantage de résistance que celui du Port-Margot. Toujours d'après Le Clerc, ce camp robuste, que les mêmes troupes françaises attaquèrent ensuite, non seulement avait un français manoeuvrant un des cannons, il fut tracé par le prêtre Philémon, grand supporteur des rebelles :
"Le Clerc’s troop now prepared to storm the guildiverie (rum distillery) at Alquier, strongly defended by the blacks (Le Clerc calls it “this redoubtable camp . . . this Gibraltar of the Africans”), who were aided, Le Clerc claims, by some whites as well.

The whites will be torn to pieces there, so said their general Barthélemi. . . . This camp forms a square. (...) Two narrow openings had been made for their two cannon. One, a four-pounder, was manned by Barthélemi, the other, a 48-pounder, by a veteran white gunner who had once been able to admire the value of true heroism under the Comte d’Estaing. (...) He will pay dearly for his treason, this runaway plantation manager from the district. The position is quite defensible. The plan was drawn up by our curé, Father Philemon. Minister of hell! The scaffold is waiting for you." (83)
Traduction :
"La troupe de Le Clerc est maintenant prête à prendre d'assaut la guildiverie (distillerie de rhum) à Alquier, fortement défendue par les Noirs (Le Clerc l'appelle «ce camp redoutable ... Ce Gibraltar des Africains»), qui furent aidés, selon Le Clerc, par des blancs aussi.

Les blancs seront déchirés là-bas, disaient donc leur général Barthélemi. . . . Ce camp forme un carré. (...) Deux ouvertures étroites avaient été faites pour leurs deux canons. L'un, quatre livres, était manié par Barthélemi, l'autre,
de 48 livres, par un vétéran artilleur blanc qui avait jadis admirer la valeur du véritable héroïsme sous le comte d'Estaing. (...) Il va payer cher pour sa trahison, ce gérant de plantation en fuite de ce district. La position est tout à fait défendable. Le plan a été élaboré par notre curé, le père Philemon. Ministre de l'enfer!! L'échafaud vous attend."
Dans ces conditions, nous avons l'assurance que Barthélemy, l'un des plus anciens compagnons de Boukman, n'était pas musulman. 

12- César, commandant les camps du Nord-Est

Nous terminerons cette étude dans les camps rebelles du Nord-Est sous le commandement du général César. Ce commandant, un Noir libre, gérait l'ensemble de ce territoire, qu'il s'agit du camp de Fort-Dauphin, celui de Ouanaminthe, ou d'un des multitudes "camps volants" éparpillées dans la zone frontalière. (84) 
Ainsi, Fauconnet, un colon du Fort Dauphin, fut capturé par les rebelles le 15 novembre 1791, soit à peine une semaine suite à la mort de Boukman. Les rebelles campèrent sur son habitation proche de la frontière espagnole. Et Fauconnet, dans ses tentatives d'évasion, a observé l'échange de denrées et de munitions entre les rebelles et les Espagnols. Et la viande de porc, proscrite par l'islam, était du nombre de nourriture que les insurgés se procuraient :
"Imprisonned by the rebels on 15 November 1791, Fauconnet tried to escape into the Spanish colony twice. (...) It is quite clear from his account that the rebels were in control of the territory and of the various routes which led to the other side; they were also trading with the Spanish for food and ammunition. Citizen Fauconnet reports having seen a Spaniard selling three barrels of gunpowder, beef, and pork to the insurgents, which were paid for with coffee and mules stolen from raided plantations and with a coupon payable in fifteen days..." (85) 

Traduction :
"Emprisonné par les rebelles le 15 novembre 1791, Fauconnet a essayé de s'échapper deux fois vers la colonie espagnole. (...) Il ressort clairement de son récit que les rebelles contrôlaient le territoire et les différentes routes qui conduisaient de l'autre côté; ils échangeaient aussi avec les Espagnols pour la nourriture et les munitions. Citoyen Fauconnet a rapporté avoir vu un Espagnol vendre trois barils de poudre à canon, du bœuf et de porc aux insurgés, qui ont été payés avec du café et des mules volés à des plantations saccagées et avec un coupon payable en quinze jours..."
Bref, le général César n'était pas musulman. Et il est indéniable, qu'aucun des frères d'armes de Boukman ne fut de foi musulmane. D'ailleurs, ce passeport des rebelles, confisqué le 1er octobre 1791, donc du vivant de Boukman, résume l'ensemble des points abordés ici : à savoir que, non pas Boukman, mais Jean-François (représentant des marrons du Nord), et Biassou (chef de bande non-marronne) commandaient cette armée révolutionnaire composée de Noirs et de Mulâtres des deux conditions. Et que l'amélioration du sort des captifs via le (faux) décret royal leur servait de carburant politique, mais que le retour à Nan Ginen, le Pays de leurs Ancêtres, leur faisait braver la mort :


Source : Assemblée nationale. Archives parlementaires de 1787 à 1860 ; vol. 37. Paris, 1891. p.291.


"A cette lettre est jointe un modèle de billet trouvé sur des nègres prisonniers ; c'est un carré partagé en quatre, à la première case se trouve des lettres moulées M.D.M [inconnu jusqu'ici] ; dans la seconde "Le préjugé vaincu, la verge de fer brisée, vive le roi !" ; et au bas dans la case de gauche, les lettres majuscules J. B. [Jean-François et Biassou - Pas Boukman qui n'était pas le chef] ; dans celle de droite, les majuscules M. N. [Mulâtres & Noirs] entrelacées et surmontées d'un coeur."(86)
Dans ce cas, nous pouvons effacer une fois pour toute l'idée que la révolution haïtienne provint de la doctrine musulmane. Dans un article à venir, nous ferons la preuve que Boukman, lui-même n'était pas musulman.


13- La preuve ultime

Il nous fallait insérer cette preuve ultime, fraîchement acquise des archives espagnols, démontrant sans équivoque que les révolutionnaires haïtiens n'étaient pas, et ne pouvaient pas être de foi musulmane. Il s'agit d'une liste des provisions que les royalistes espagnols avaient envoyées aux rebelles en septembre 1793. Et, comme on pouvait s'y attendre, le vin, l'aguardiente (de l'alcool fort) et le porc (jambon) se trouvent parmi les denrées fournies aux rebelles :
"Provisiones para Biassou
Harina
Vino
Aguardiente
Velas
Lienzo de Flandes
clavar de comer
Canela
Arroz
fideos
Hilo de todas calidades
Javon (?)
Pimienta
Azeyte (?)
Zapatos
Pañuelas
Puerto Maon (?)
Coletilla aplomada fina
Jamones
Sombreros
Charreteras para oficiales

Secretaria
32 resma de papel
4 Botellas de finta
6 paquetes de lacre" (87)
Traduction :
"Provisions pour Biassou
Farine
Vin
Aguardiente (alcool fort, brandy, kleren)
Bougies
Toile de Flandre
Clou de girofle
Cannelle
Riz
Nouilles
Fil de toutes qualités
Savon (?)
Poivre
Huile (?)
Chaussures
Mouchoirs
Puerto Maon (?)
Coletilla aplomada fina (Collet plaqué fin) (???)
Jambons
Chapeaux
Épaulettes pour officiers

Articles de bureau
32 Rames de papier
4 Bouteilles de Finta (?)
6 Paquets de lacre (?)"
Cette preuve directe est indéniable. Les acteurs de la révolution haïtienne consommaient des produits interdits par l'islam, pour la simple et bonne raison qu'ils n'étaient pas musulmans. Cependant, que l'on ne vienne pas nous dire que les rebelles acceptaient ces aliments proscrits par l'islam par courtoisie, et qu'ils ne les consommaient pas. Les Espagnols leur fournissant ces denrées, ont confirmé qu'ils les consommaient, notamment Biassou : 
"A Spanish officer noted that Biassou's only job is to drink aguardiente [hard liquor]." (88)
Traduction :
"Un officier espagnol a noté que l'unique besogne de Biassou était la consommation d'aguardiente [alcool fort]."
Donc, au risque de nous répéter, la preuve est faite. Il y avait un tas de Français qui furent prisonniers des rebelles pendant plusieurs mois. Mais aucun d'entre eux n'a jamais remarqué les rebelles en train de prier en se prosternant la tête face au sol et le postérieur dans les airs, comme les musulmans devraient l'effectuer 5 fois par jour. Si tel était le cas, les Espagnols connaissant fort bien la religion musulmane, l'aurait immédiatement identifiée. Mais cela n'a jamais eu lieu. Au lieu de cela, seuls les grands officiants de la religion ancestrale et les prêtres catholiques ont été vus dans les camps rebelles. D'ailleurs, les archives espagnoles regorgent de plusieurs dizaines de lettres des chefs rebelles (Jean-François, Biassou, Bernardin, Matable, et Lefebvre) au Père Vasquez et au Frère Fernando, dans lesquelles ils font sans cesse état de leur chrétienté et de leur attachement à la royauté. Cette lettre-ci, en est un exemple :


"Ce 6 Mai 1793

Monseigneur L'archevêque,

Permettez-que je prenne la liberté d'avoir l'honneur de vous écrire la présente pour vous faire mon très humble salue en priant Dieu qu'il vous conserve en la vie éternelle et la continuation du séjour le plus heureux et due à votre hommage et Religieux très chrétienne et que ce grand Dieu tout puissant vous conserve de ce séjour heureux et digne à votre mérite
.
C
omme me promettant d'être soumis et fidèle à ce juste Roy qui veut bien soutenir de sa digne main, [illisible] ravi de devoir soutenir, pour vaincre son ennemi traitre à Dieu et au Roy, que pourrais je mieux monseigneur vous témoigner que ma juste fidélité joind à cela celle de tout un peuple assuré comme moi de ce Grand Seigneur à la superficie de ses malheureux barbares qui [illisible] souiller les mains dans le sang de notre juste Roy français et pour lui témoigner sa juste Revenge ; nous demandons tenant à main jointe d'être serviteur de ce grand Roy d'Espagne promettant leur d'être fidèle à Dieu et au Roy pour la vie.

C'est en conjurant tout cet aveux sincère et fidèle que j'ai l'honneur d'être bien respectueusement.

Monseigneur L'archevêque.

Votre très humble et très obéissant serviteur,
Biassou
Général des armées du Roy espagnol
 
Jean-François
Grand amiral
Lefebvre
Aide de Camp Général


Matable
Aide de Camp Surpied
"
(89)
Donc, sur ce point, ceux ne sont pas les preuves qui manquent pour faire taire des falsificateurs.



* David P. Geggus. The Haitian Revolution : A Documentary History. Indianapolis, 2014. p.77.
** En 1791, le Père Philémon, renforça la cause rebelle en traçant le plan de fortification de l'habitation Alquier au Limbé. (Cité par Jeremy D. Popkin. Facing Racial Revolution : Eyewitness account of the Haitian insurrection. Chicago, 2007. p.99.)  De même la Manbo, Madame Paget dite La Vierge, fit la guerre aux côtés de Jean-François à Fort Dauphin, en 1794, tuant 3 fois plus de Français que la moyenne de ses compagnons. (Cité par David Barry Gaspar, Darlene Clark Hine. More Than Chattel: Black Women and Slavery in the Americas. Bloomington, 1996. p.278.) Ces 2 exemples prouvent que la religion se mélangeait aux stratégies militaires tout au long de la révolution haïtienne.
*** Si le Vodun est une religion au Bénin, en Haïti, le "Vaudou" n'existe pas réellement comme religion. Certes, dans la colonie de Saint Domingue, où environ le quart des captifs originaires du Dahomey, à savoir de l'actuel Bénin, désignaient leurs Esprits ancestraux "Vodoun". Et par extension, en Haïti, "Vodou" faisait référence à l'ensemble du rite dahoméen ou rada (diminutif d'Arada, un lieu du Bénin). Toutefois, le patrimoine dahoméen ne représente pas l'ensemble de la religion ancestrale haïtienne qui est composée du patrimoine d'une multitude de nations ou d'ethnies. Ce fut les colons, qui, dans leur ignorance, ont pensé à tort que le mot "Vodou" définissait la totalité de la religion ancestrale des captifs.
**** Bien que les missionnaires islamiques rejettent la composante ethnique/raciale de leur religion, il n'en demeure pas moins que l'islam met un énorme poids sur les descendants biologiques directs de Mahomet, intitulé "Sayyid ou Sayyida". Par conséquent, la race et l'appartenance ethnique sont des facteurs valables lorsque l'on compare et contraste cette religion à une autre.
+ Pour d'avantage sur la richesse de Jean-Baptiste Cap, voir : Yves Benot. "Les insurgés de 1791, leurs dirigeants et l'idée d'indépendance". In : Les Lumières, l'esclavage, la colonisation, La Découverte « TAP/HIST Contemporaine », 2005, p. 230-240.
++ Malheureusement, cela a très mal terminé pour Jean-Baptiste Cap, cet héros combattant le système depuis février 1791. Il a tenté d'influencer Jean, commandeur de l'habitation Chaperon de la Taste située proche de l'hopital du Cap Français. Cependant, Jean, en tant que traître, s'est empressé d'alerter le premier policier croisé qui fit l'arrestation de Jean-Baptiste Cap. Condanmé, Jean-Baptiste Cap fut rompu dans les rues du Cap. Et quant à Jean, ce traître a reçu, le 4 septembre 1791, des éloges officiels et son affranchissement, en guise de récompense. D'ailleurs, en plus d'une pension de 300 livres, une médaille en argent fut frappée à son honneur, avec l'inscripition suivante :


"Devant : JEAN s'est dévoué aux Blancs le 1er Septmbre 1791.
Arrière : Saint-Domingue a affranchi & pensionné Jean le 4 Septembre 1791." (90)
La seule consolation dans cette affaire, reste que 3 semaines plus tard, le policier ayant arrêté Jean-Baptiste Cap, fut capturé par l'impitoyable Jennot. Et, en dépit des protestations d'une poignée de femmes noires fort généreuses, Jeannot vengea Jean-Baptiste Cap en exécutant ce policier. (91)
+++ V.T.H. et T.Ob.S. = Votre Très Humble et Très Obéïssant Serviteur.

 
Notes
(1) France Convention nationale. Débats entre les accusateurs et les accusés, dans l'affaire des Colonies, imprimés en exécution de la loi du 4 pluviose. Tome 1. Paris, 1795. p. 367.
(2) Journal des Débats de l'Assemblée coloniale, le 7 novembre 1791. In :  Jean Fouchard. Les marrons du syllabaire. Port-au-Prince, 1953. pp.413-414.
(3) François-Alexandre Beau. La Révolution de Saint-Domingue, contenant tout ce qui s’est passé dans la colonie française depuis le commencement de la Révolution jusqu’au départ de l’auteur pour la France, le 8 septembre 1792. Inédit.
(4) Verneuil Gros. Isle de St.-Domingue, province du nord...: Précis historique. Paris, 1793. p.14.
(5) Yves Benot. "Les insurgés de 1791, leurs dirigeants et l'idée d'indépendance". In : Les Lumières, l'esclavage, la colonisation, La Découverte « TAP/HIST Contemporaine », 2005, pp. 230-240.
(6) ANOM : Lettres patentes de juillet 1651 autorisant les Jésuites à s'établir à Saint-Domingue (juillet 1651, copie octobre 1704) Lien permanent : http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr/ark:/61561/ou533fz554l
(7) Voir les données du slavevoyages.org
(8) Gouvernement de France. Code Noir sur les esclaves des ïles de l'Amérique. Paris, 1680.
(9) ANOM : Lettre du père de Sacy, procureur des Jésuites, au sujet de l'interdiction de l'établissement d'une confrérie de "nègres" à la Guadeloupe (29 novembre 1753). Lien permanent : http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr/ark:/61561/ou533smpqmf
(10) Pour plus d'information sur les confréries de captifs au Brésil, voir José Reis. Différences et résistances : les Noirs à Bahia sous l'esclavage. In : Cahiers d'études africaines. Vol. 32 N°125. 1992. pp. 15-34. Lien permanent : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/cea_0008-0055_1992_num_32_125_2086
(11) Voir : Dénonciation des crimes et attentats des soi-disans Jésuites, dans toutes les parties du monde." Paris, 1762. Ou Kawas François. S.J. "La Compagnie de Jésus en Haïti durant la colonisation française au XVIIe siècle." In : Le Brigand. Janvier-Mars 2005. No. 481 [en ligne] Lien permanent : http://www.jesuites.org/Brigand9/colonisation.htm
(12) Gouvernement de France. "Ordonnance du Roi, Concernant les Procureurs & Économes-gérans des habitations situées aux Isles sous le Vent ; Du 3 décembre 1784." In : Moreau de St-Méry. Loix et constitutions des colonies françoises de l'Amérique sous le Vent. T. 6. Paris, (). pp.655-667.
(13) Gouvernement de France. "Ordonnance du Roi, concernant les Procureurs & Économes-gérans des habitations situées aux Isles sous le Vent ; Du 23 décembre 1785." In : Moreau de St-Méry. Op. Cit. pp.918-930.
(14) Philippe Girard. Toussaint Louverture : A Revolutionary Life. New York, 2016. [en ligne]
(15) Pour d'avantage sur la circulation de faux décrets émancipateurs dans les Amériques, voir. : Wim Klooster, « Le décret d’émancipation imaginaire : monarchisme et esclavage en Amérique du Nord et dans la Caraïbe au temps des révolutions », Annales historiques de la Révolution française [En ligne], 363 | janvier-mars 2011, mis en ligne le 01 mars 2014, consulté le 11 janvier 2015. URL : http://ahrf.revues.org/11944
(16) Pamphile de Lacroix. La Révolution de Haïti : Édition présentée et annotée par Pierre Pluchon. Paris. 1995. p.94. 
(17) Verneuil Gros. Op. Cit. p.17.
(18) Les Affiches américaines : Supplément du Samedi 3 novembre 1787 ; Parution no. 44. p.900.  Lien permanent : http://www.marronnage.info/fr/lire.php?type=annonce&id=8436
(19) François-Alexandre Beau. Op. Cit.
(20) Ibid. 
(21) Les Affiches américaines : Supplément du Samedi 3 novembre 1787 ; Parution no. 44. p.900.  Lien permanent : http://www.marronnage.info/fr/lire.php?type=annonce&id=8436
(22) Jacques de Cauna. "Toussaint Louverture, entre trois mondes, trois cultures : africaine, créole, gasconne." In : La Révolution haïtienne au-delà de ses frontières. Paris, 2006. p.106.
(23) Philippe Girard. Op. Cit.
(24) Thomas Madiou. Histoire d’Haiti, Tome 1. Port-au-Prince, 1847. p.72.
(25) Assemblée nationale. Archives parlementaires de 1787 à 1860: recueil complet. Tome 37. Paris, 1891, pp.311-312.
(26) Eugène Aubin. En Haiïti - planteurs d'autrefois, nègres d'aujourd'hui. Paris, 1910. p. 45.
(27) Verneuil Gros. Op. Cit. p.17.
(28) Sylviane A. Diouf. Servants of Allah : African Muslims Enslaved in the Americas. New York, 1998. pp.146-147.
(29) Gaspard Théodore Mollien. Histoire ou Saint Domingue. Tome 1. Paris, 2006. p. 73. 
(30) Beaubrun Ardouin. Études sur l'histoire d'Haïti…, Tome 3. Paris, 1853. p.91. 
(31) Jane Landers. "Transforming Bondsmen into Vassals" In : Arming Slaves: From Classical Times to the Modern Age. p.81.
(32) Lettre de Jean-François du 4 septembre 1791. Citée par Colonel Malenfant. Des Colonies et plus particulièrement de celle de Saint-Domingue. Paris, 1814. pp.115-117. 
(33) "Biassou's burial entry noted he was native of Guarico [Cap] and son of the blacks Carlos and Diana [Charles and Diane]." Jane Landers. Black society in Spanish Florida. Chicago, 1999. p.358.
(34) Assemblée nationale. Archives parlementaires de 1787 à 1860: recueil complet. Tome 37. Paris, 1891, pp.311-312.
(35) Pamphile de Lacroix. Mémoires pour servir à l'histoire de la révolution de Saint-Domingue. Tome 1. Paris, 1820. p.165.
(36) Thomas Prosper Gragnon-Lacoste. Toussaint Louverture, général en chef de l'armée de Saint-Domingue. Paris, 1877. p. 29.
(37) Louis Dubroca. La vie de J.-J. Dessalines, chef des noirs révoltés de Saint-Domingue. Paris, 1804. pp. 28-29.
(38) Thomas Madiou. Histoire d’Haiti, Tome 1. Port-au-Prince, 1847. pp.72-73.
(39) Ibid.
(40) Ibid.
(41) Ibid.
(42) Joseph Saint-Rémy. La vie de Toussaint Louverture. Cayes, 1850. p.23.
(43) Antoine Metral. Histoire de l’insurrection des esclaves dans le Nord de Saint-Domingue…suivie des mémoires et des notes d’Isaac Louverture. Paris. 1825. p.333. 
(44) Documents sur l'insurrection des esclaves de Saint-Domingue : lettres de Biassou, Fayette.... In : Annales historiques de la Révolution française, n°339, 2005. pp. 137-150;
http://www.persee.fr/doc/ahrf_0003-4436_2005_num_339_1_2756 
(45) Ibid.
(46) Ibid. 
(47) Ibid. 
(48) Louis Dubroca. La vie de J.-J. Dessalines, chef des noirs révoltés de Saint-Domingue. Paris, 1804. pp. 29-32.
(49) Jean-Baptiste Picquenard. Adonis ou le bon nègre : anecdote coloniale. Paris, 1798. pp.162-164.
(50) Jane Landers. Black Society in Spanish Florida, Chicago, 1999. p.132.
(51) Jane Landers. "Transforming Bondsmen into Vassals" In : Arming Slaves : From Classical Times to the Modern Age. New Haven, 2006. pp.120-145.
(52) Pamphile de LaCroix. Mémoires pour servir à l'histoire de la révolution de Saint-Domingue. Paris, 1819.p. 482.
(53) Anonyme. Histoire des Désastres de Saint-Domingue. 1789. p.259.
(54) Mazères. De l'Utilité des colonies, des causes intérieures de la perte de Saint-Domingue et des moyens d'en recouvrer la possession - Paris, 1814. p.65.
(55) Pierre-Jean-Baptiste Nougaret. Histoire de la guerre civile en France et des malheurs qu'elle a occasionnés... Paris, 1803. pp. 283-284. 
(56) Verneuil Gros. Op. Cit. p.7.
(57) Verneuil Gros. Ibid. p.9.
(58) Yves Benot. « Documents sur l’insurrection des esclaves de Saint-Domingue : lettres de Biassou, Fayette », Annales historiques de la Révolution française [En ligne], 339 | janvier-mars 2005, mis en ligne le 27 avril 2006, consulté le 08 février 2016. URL : http://ahrf.revues.org/2175
(59) Verneuil Gros. Op. Cit. p.7.
(60) Verneuil Gros. Ibid. p.13
(61) Ibid.
(62) Verneuil Gros. Ibid. p.12 
(63) Yves Benot. « Documents sur l'insurrection... » Op. Cit.
(64) Anonyme. Histoire des Désastres de Saint-Domingue. 1789. p.259. 
(65) Assemblée nationale. Séance du mercredi 30 novembre 1791. in : Étienne Lehodey de Saultchevreuil. Journal de l'Assemblée nationale, ou Journal logographique…, Volume 4. Paris, 1791. p.424.
(66) "Ce Jeannot avait décolé lui même plus de quatre-vingts blancs, qu'il avait fait prisonniers. Soupçonnant la fidélité d'un de ses généraux, Paul Blin, il le fit arrêter dans son camp, couper par morceaux, et jeter au feu." Pierre-Jean-Baptiste Nougaret. Histoire de la guerre civile en France et des malheurs qu'elle a occasionnés... Paris, 1803. p.284.
(67) Le Moniteur universel, no. 110, 9 janvier 1799. In : Réimpression de l'Ancien Moniteur. Paris, 1843. pp.585-586.
(68) Michel Étienne Descourtilz. Voyages d'un naturaliste, et ses observations... Volume 3. Paris, 1809. p.249.
(69) Le Moniteur universel. Op .Cit.
(70) Michel Étienne Descourtilz. Op. Cit. p.396.
(71) Hannibal Price. De la réhabilitation de la race noire par la République d'Haïti. Port-au-Prince, 1900. p.233.
(72) Barrière de Vaublanc. Mémoires de M. le comte de Vaublanc. Paris, 1857. p.110.
(73) Assemblée nationale. Archives parlementaires de 1787 à 1860 : recueil complet. Tome 37. Paris, 1891, p.311.
(74) Michel Étienne Descourtilz. Op. Cit. p.246. 
(75) Assemblée nationale. Op. Cit. pp.311-312.
(76) Michel Étienne Descourtilz. Op. Cit. p.186.
(77) François-Alexandre Beau. Op. Cit.
(78) Assemblée nationale. Archives parlementaires de 1787 à 1860: recueil complet. Tome 37. Paris, 1891, p.312.
(79) Jean-Baptiste Jacques Picquenard. Adonis ou le bon nègre : anecdote coloniale. Paris, 1796. p.193.
(80) Thomas Madiou. Histoire d'Haïti.  Tome 1. Port-au-Prince, 1847. p.209.
(81) Beaubrun Ardouin. Études sur l'histoire d'Haïti...Tome 1. Paris, 1853. p.211.
(82) “Notes de Monsieur Le Clerc.” In : Jeremy D. Popkin. Facing Racial Revolution : Eyewitness account of the Haitian insurrection. Chicago, 2007. p.97.
(83) Ibid. pp.98-99. 
(84) Pamphile de Lacroix. La Révolution de Haïti : Édition présentée et annotée par Pierre Pluchon. Paris. 1995. p.90. 
(85) Maria Cristina Fumagalli. On the Edge : Writing the Border between Haiti and the Dominican Republic. Liverpool, 2015. p.51.
(86) Assemblée nationale. Archives parlementaires de 1787 à 1860 ; 35 (20 novembre 1791). Paris, 1860. p.260.
(87) "Ejército Sueldos y provisiones" ; Archivo General de Simancas,SGU,LEG,7157,14
(88) Philippe Girard. Op. Cit. 
(89) Lettre des rebelles au Père Vasquez du 6 mai 1793 ;  "Colonia francesa de Santo Domingo. Rebelión de negros" ; Archivo General de Simancas,SGU,LEG,7157,22 ; fichier (147-148/847)
(90) Gazette de Saint-Domingue... du Mercredi 21 Septembre 1791. Parution no.76. pp.891-892.
(91) François-Alexandre Beau. Op. Cit. 

 





Comment citer cet article:
Rodney Salnave. "Boukman n'était pas le chef de la révolution haïtienne".
28 mai 2017. Modifié le 3 août 2017. [en ligne] Lien permanent : http://bwakayiman.blogspot.com/2017/04/boukman-netait-pas-le-chef-de-la-revolution.html ; Consulté le [entrez la date]


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