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Macandal n'était pas musulman


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Auteur : Rodney Salnave
Fonction : Dougan (Scribe)
Date : 19 juin 2018
(Mise à jour : 26 oct. 2018)



Le vendredi 20 janvier 1758, au Cap Français (Cap Haïtien actuel), fut exécuté par le feu, François Macandal, le Prophète empoisonneur. Captif (esclave) évadé (ou marron) pendant 18 ans, et soutenu par un réseau de complices empoisonneurs, Macandal oeuvra à la chute de la colonie esclavagiste de Saint Domingue (Haïti).
 
"Macandale (le nommé), chef des noirs révoltés, arrêt de condamnation par le Conseil supérieur du Cap-Français à Saint-Domingue, 1758." (1) 
Visant à saboter la productivité coloniale, en 3 ans (de 1755 à 1758), Macandal et ses complices causèrent la mort par empoisonnement d’un estimé de 6000 victimes Noirs et Blancs. (2) La forte majorité des victimes ciblées étaient des captifs Noirs, puisque par de leur main d'oeuvre, ils oeuvraient (malgré eux) à la prospérité et au maintien du système de domination. Et pour cette même raison, un nombre incalculable d'animaux de production furent également empoisonnés. Il fut capturé et condamné en tant que Séducteur, Profanateur et Empoisonneur.

Source : France "Macandale, chef des noirs révoltés, arrêt de condamnation par le Conseil supérieur du Cap-Français à Saint-Domingue, 1758."  FR ANOM COL E 295

Réputé aux grands pouvoirs surnaturels traditionnels nommés "Ouanga" (Wanga), (3) Macandal avait promis qu'il se transformerait en maringouin, aussitôt que les autorités l'auraient arrêté. (4) Et voilà qu'au moment de son exécution, il s'est défait du poteau auquel il était attaché et a bondi hors du feu. Et les captifs (esclaves) du Cap et des environs que l'on avait amené assister à l'exécution crièrent "Makandal sove", c'est-à-dire Macandal s'est échappé.
(Macandal bondissant hors du bûcher, sur la Place d'Armes du Cap)
Source : Wilson Anacréon. "L'esclave rebelle aux pouvoirs magiques". Afrique en création/Aldo Vacchina, Paris. In : Laënnec Hurbon. Les Mystères du vaudou. Paris, 1993. p.40. (Remaniée)

Macandal fut repris par les soldats et remis au feu jusqu'à ce que mort s'en suive. Toutefois, les captifs (esclaves) que l'on avait évacués furent ramenés pour observer la mort et la dépouille de Macandal. Ils firent semblant d'y croire, mais restèrent convaincus, des années durant, que leur héros, sorcier incombustible, avait échappé à la mort. (5) Voilà que 33 ans après l'exécution de François Macandal, le système de domination fut ébranlé d'une tout autre manière : Bois Caïman et l’insurrection générale de 1791. Puis, le 1 janvier 1804, la déclaration d'indépendance d'Haïti valida la prophétie de François Macandal. D'ailleurs, l'historien Phillipe R. Girard suggère l'influence mystique de Macandal au fait que l'armée expéditionnaire française fut fortement affectée, en été 1802, par la fièvre jaune transmise par les piqûres de maringouins ; quand on sait que Macandal avait promis, si capturé, de se transformer en maringouin. (6)


1- Macandal et la révision islamique

L'épopée d'un sorcier-empoisonneur noir se métamorphosant magiquement en un animal réfère d'emblée au corpus magico-religieux traditionaliste "africain". Les exemples de ce type de pensée abondent dans le continent "africain" autant que les Amériques noires. Toutefois, faisant fi de l'évidence, les révisionnistes islamiques ont longtemps cherché à s'approprier une figure aussi marquante que Macandal. Depuis plus de 2 siècles, ils clament ostensiblement que Macandal fut de foi musulmane, en se reposant largement sur des rumeurs, des fabrications, des spéculations, des exagérations souvent assez grossières. Quelles en sont les causes?
L'Eurocentrisme est au coeur de cette révision islamique. Car, il fut et demeure difficile pour l'esprit eurocentrique de se faire à l'idée qu'un captif (esclave) noir puisse par lui-même s'élever au-dessus de ses contraintes ; et de surcroît nuire au système esclavagiste basé idéologiquement sur la supériorité raciale, religieuse, scientifique et morale de l'Européen. Comment logiquement accepter que Macandal, cet individu jugé inférieur à tous les égards, puisse déjouer pendant des années la vigilance des blancs? D'autant plus qu'il les empoisonne, ainsi que leurs "biens" vivants, en maintenant ses congénères dans sa voie funeste. Afin de reconnaître le talent de Macandal tout en maintenant intacte sa perception subalterne de l'ensemble des Noirs, l'esprit eurocentrique :
  1. choisit d'élever Macandal au dessus de la masse noire dans laquelle il provient. Ainsi, on le dit "non ordinaire" par rapport aux siens ; on le fait fils de Roi "africain" (comme on le fit plus tard pour Toussaint Louverture) ; on exagère son physique jugé "herculéen" (comme on l'a dit plus tard de Boukman et même de Cécile Fatiman) ;
  2. puis choisit d'accréditer l'élévation de Macandal à l'influence d'une autre race (instruction arabe et musulmane).
En d'autres termes, le but ultime et inavoué du révisionniste (blanc, noir ou autre), est de renforcer l'Eurocentrisme en niant la capacité du Noir à modifier son destin à partir de sa propre volonté. Car grâce à sa révision des faits, l'Eurocentriste (de tout couleur) maintient l'illusion d'une supériorité blanche, et diminue l'embarras d'une victoire noire.
La fabrication islamique (et eurocentrique) sur Macandal suit la chronologie partielle suivante :
  • 1740-1758 : Activités de marronnage et d'empoisonnement de Macandal.
  • 1755-1758 : Vague d'empoisonnement intensive de Macandal et  de ses complices.
  • 1758 : Arrestation et exécution de Macandal.
  • 1787 : Un conte anonyme paru dans le Mercure de France annonce que Macandal fut musulman, savait lire et écrire l'arabe et provient du Mont Atlas (dans le Maghreb). (7)
  • 1788 : Traduction en Anglais du conte anonyme. Le traducteur utilise le mot "Guinée" comme synonyme d'"Afrique". (8)
  • 1791 : Cérémonie du Bois Caïman et l'insurrection générale.
  • 1804 : Indépendance d'Haïti.
  • 1813 : la traduction anglaise de 1788 sera elle-même traduite en Français. (9) Et par cette occasion le mot "Guinée" voulant dire "Afrique" devient indirectement associé à Macandal, dans le texte en Français.
  • 1847 : Thomas Madiou reprit l'article anonyme de 1787 disant que Macandal fut musulman, instruit et parlait Arabe. (10)
  • 1864 : Melvil-Bloncourt déclare que Macandal fut musulman et qu'il servit dans la cour d'Urba (Okba). (11)
  • 1937 : J.C. Dorsainvil présente Macandal tel un musulman parlant Arabe. (12)
  • 1938 : Dantès Bellegarde fut le premier ayant annoncé que Macandal vient de la Guinée. Il répéta que Macandal fut un fils de chef qui fut capturé et élevé dans le Nord de l'"Afrique" islamique. (13)
  • 1949 : Alejo Carpentier déclare en premier que Macandal est Mandingue (mais traditionaliste), dans un roman en Espagnol. (14)
  • 1961 : Aimé Césaire prétend en premier, sans le prouver, que Macandal fut un Mahdi, c'est-à-dire un chef de guerre musulman prophétique. (15)
  • 1967 : Alexis Gerson déclare en premier que Macandal fut à la fois musulman et Mandingue. (16)
  • 1974 :  Jean-Marie Drot affirme en premier que Macandal fut un marabout. (17)
  • 1998 : Sylviane Diouf fut la première a présenté le Noir Macandal en Sharif, c'est-à-dire un descendant direct du prophète Mahomet. (18)
Cependant, contrairement aux autres thèses révisionnistes islamiques, celle concernant Macandal possède une fine part de vérité (ou du moins un semblant de vérité) que nous dévoilerons volontiers ; notre but étant de dresser un portrait véridique de Macandal.


2- Macandal et l'histoire mensongère

Le portrait de Macandal que nous présenterons dans ce papier se basera principalement sur des actes archivés tels que :
  • L'arrêt de condamnation de Macandal du 20 janvier 1758 ;
  • Les écrits et correspondances de colons de Saint Domingue contemporains de Macandal ;
  • Les arrêts coloniaux contre les empoisonneurs ;
  • L'interrogatoire des complices empoisonneurs de Macandal ;
  • Et surtout le mémoire du Juge Sébastien Jacques Courtin qui interrogea et condamna Macandal.
Occupant le poste du procureur au Conseil Supérieur du Cap en 1756, le juge Sébastien Jacques Courtin fit une enquête minutieuse afin de découvrir la source de la vague d'empoisonnements qui sabotait la prospérité de la colonie depuis des années. En 1779, sa veuve, Anne-Marguerite Barbaroux Courtin, témoigna de son dur labeur en cette manière. (19) Et toujours selon elle, les recherches de Courtin sur les empoisonnements furent si demandant qu'elles affectèrent la santé au point d'éventuellement causer sa mort. (20) Considérant le lot d'informations de premières mains contenues dans le mémoire Courtin, on s'attendrait à ce que les historiens traitant de Macandal s'en servent. Mais étonnamment très peu le font que superficiellement, se contentant d'en citer des miettes. Par conséquent le gros de leurs écrits sur Macandal (et ses complices dont on exagère l'importance du marronnage) nage dans l'infondé. Et l'histoire d'Haïti fait le frais de leur manque de rigueur. Par exemple, les historiens classiques haïtiens proposent : 
  • Que Macandal vient de la Guinée. (Faux) 
  • Qu'il fut un Mandingue. (Faux)
  • Qu'il savait lire. (Faux) 
  • Qu'il parlait et écrivait l'Arabe. (Faux) 
  • Qu'il fut musulman. (Faux)
  • Qu'il fut élevé dans une famille "africaine" illustre. (Non prouvé) 
  • Qu'il fut vendu à Saint Domingue vers l'âge de 12 ans. (Faux) 
  • Qu'il résida à l'habitation Lenormand de Mézy du Limbé. (Faux) 
  • Qu'il fut manchot, ayant eu un bras coincé dans un moulin à sucre. (Faux)
  • Qu'il subit une imputation et devint gardien de bêtes. (Faux)
  • Qu'il séduisait les femmes par-ci par-là. (Non prouvé et peu probable)
  • Qu'il avait 2 complices du nom de Teysello et Mayombé. (Faux)
    Ainsi, vu l'abondance de ces faussetés (non-islamiques) circulant sur Macandal, nous les dissiperons tout au long de cet article. Nous débuterons avec 2 des plus pertinents. 

    2.1- Macandal ne résidait pas à l'habitation Lenormand de Mézy du Limbé

    Dès 1766, M. Fremon, Syndic du Quartier de Limbé, membre de l'Assemblée du Conseil Supérieur du Cap et Commissaire, (21) attesta que Macandal résidait au Limbé :
    "On pourra dire : mais comment accorder que le terrain du Limbé est propre à la culture du sucre, et que les Habitants y travaillent suivant la qualité de leur sol et les indications de la nature? (...) L'objection ne subsistera pas long-temps, lorsqu'on se rappellera les pertes immenses que les Habitants y ont essuyées par le poison. Personne n'ignore les ravages qu'y ont fait ces maudits empoisonneurs connus sous le nom de Macandal, leur chef, qui étant esclave du Quartier [Limbé], l'avait choisi pour le théâtre de ses forfaits ; aussi s'est-il peu trouvé d'Habitations où ce fléau ne se soit fait ressentir plus ou moins." (22)
    En 1797, soit 39 ans après l'exécution de Macandal, a paru l'ouvrage de Moreau de St. Méry qui fit savoir que Macandal appartenait à l'habitation Lenormand de Mézy au Limbé (Nord de Saint Domingue/Haïti) :
    "C'est de l'habitation de M. le Normand de Mézy, au Limbé, que dépendait le nègre Macandal, né en Afrique." (23)
    Né en Martinique en 1750, l'écrivain Moreau de St. Méry n'avait que 7 ans lors de l'exécution de Macandal dont il n'était pas un témoin. Ce n'est qu'en 1776 s'il déménagea à Saint Domingue, soit 18 ans après les faits. Or, la lettre d'un colon du Cap Français datée du 24 juin 1758, c'est-à-dire d'à peine 5 mois succédant l'exécution de Macandal, précise que Macandal habitait plutôt à l'Habitation Le Tellier du Limbé :
    "AVIS DE L'ÉDITEUR
    On nous a remis deux lettres. L'une vient du Cap Français, Isle S. Domingue, et l'autre de la personne à qui cette lettre était adressée. Comme cette personne connaît parfaitement bien par elle-même l'état actuelle de cet Isle.
    (...)
    Au mois de janvier dernier on a arrêté au quartier de Limbé, qui est à cinq lieues d'ici, François Macandal, Nègre, esclave de M. le Tellier, habitant de cette Colonie, qui était marron (fugitif) depuis dix-huit ans. Le jour il se retirait dans les montagnes, et la nuit il venait dans les habitations voisines, où il avait correspondances avec les Nègres. Ils composaient ensemble différents poisons, que ceux-ci vendaient à leurs camarades. On lui a fait son procès. Il a été condamné à faire amande honorable devant la principale porte de cette Église, et à être brûlé vif. (...) Le nombre de ceux qu'il a fait mourir pendant les dix-huit ans de son marronage est innombrable. Enfin il a été exécuté le vingt janvier, à cinq heures après midi." (24)
    Mais, en dépit de la connaissance de cette correspondance maintes fois publiée, nombres d'historiens continuent à écrire que Macandal résidait chez Lenormand de Mézy. L'histoire d'Haïti, d'après eux, est condamnée à rester figé dans des clichés sans fondements, à l'opposé des autres histoires qui évoluent au rythme des découvertes les plus récentes et les plus pertinentes.

    2.2- Macandal n'était pas manchot

    Sans preuve à l'appui, les historiens (modernes et anciens) s'accordent pour dire que Macandal devint manchot, lorsqu'il a eu un bras coincé dans un moulin à sucre. Ce qui est totalement faux, car l'arrêt de condamnation du 20 janvier 1758 stipulant que Macandal devait tenir une torche de deux livres de ses mains (au pluriel), démontre que Macandal n'était pas manchot, comme on le prétend :


     (...)
    "20 janvier 1758, arrêt qui condamne le nègre Macandale au feu.
    Macandale extrait des registres du Conseil Supérieur du Cap.
    (...)
    Pour réparation de quoi il [Macandal] aurait été condamné à faire amende honorable, nu en chemise, tenant en ses mains une torche de cire ardente, du poids de deux livres, au devant de la principale porte de l'Eglise paroissiale de cette Ville, où il serait amené par l'Exécuteur..." (25)
    Le juge Courtin, comme les citoyens du Cap, a eu une démonstration de la force physique de Macandal qui, sur le bûcher, s'est débattu au point de défaire les chaines l'attachant au poteau. Donc, si Macandal était véritablement manchot, le très méticuleux juge Courtin, (26) qui l'a rencontré et décrit physiquement, l'aurait mentionné. Or Le juge Courtin n'a jamais indiqué que Macandal était manchot :
    "Il [Macandal] avait le regard vif, assuré et terrible pour des nègres, le geste vif, décidé, supérieur, tel que les nègres ne l'ont point, et quoiqu'il fut assez mince, il était très agile et d'une force de corps peu commune. Il était rendu dangereux par la composition de ses poisons." (27)
    De même, la correspondance du Cap du 24 juin 1758 fit mention des mains de Macandal :
    "On l'avait attaché, avec des chaîne de fer, à un poteau qui était planté au milieu du bûcher. Aussitôt qu'il a senti le feu, il a fait des hurlements effroyables ; mais il a fait des efforts si prodigieux et si supérieurs aux forces de l'homme, que le collier et la chaîne se sont détachés du poteau ; en sorte qu'il s'est sauvé du feu le corps en partie brûlé. La Maréchaussée et les habitants ont eu la prudence de faire aussitôt retirer les Nègres qui environnaient la place. Tous les malheureux, en se retirant, criaient à haute voix que François Macandal était sorcier et incombustible ; qu'il avait eu raison de leur dire que personne n'était capable de l'arrêter, et qu'aussitôt qu'on mettrait la main sur lui, il se changerait en Maringouin. Le bourreau lui-même ne pouvait croire ce qu'il voyait. Il se jeta cependant sur le criminel ; on lui lia les pieds et les mains et on le rejeta dans le brasier." (28)
    Toutefois, l'état haïtien, dépourvu d'historiens de valeur, accepta pleinement la fausseté historique au point de figurer Macandal en manchot sur sa monnaie : 
    (Macandal faussement représenté en manchot sur une pièce de monnaie haïtienne)
    Source : http://www.coinfactswiki.com/wiki/Haiti_1967-IC_20_gourdes

    Mais sait-on réellement l'origine de la représentation de Macandal en manchot? Le colon historien Moreau de St. Méry fut l'un de ceux qui ont publié l'arrêt de condamnation du 20 janvier 1758 :


    (...)
    "Arrêt du Conseil du Cap, touchant l'Empoisonneur Macandal et ses Complices, et qui ordonne la publication de l'Édit du mois de Juillet 1682, sur les Poisons.
    Du 20 Janvier 1758.
    (...)
    Pour réparation de quoi il [Macandal] aurait été condamné à faire amende honorable, nu en chemise, tenant en ses mains une torche de cire ardente, du poids de deux livres, au devant de la principale porte de l'Eglise paroissiale de cette Ville, où il serait amené par l'Exécuteur de la haute-Justice, ayant écriteau devant et derrière, avec l'inscription : Séducteur, Profanateur, et Empoisonneur." (29)
    Donc, on s'attendrait à ce que Moreau de St. Méry sache que Macandal avait ses deux mains. Or, ironiquement, cet historien fut le responsable de la fabrication de Macandal en manchot. Il a écrit au sujet de Macandal :


    "C'est de l'habitation de M. le Normand de Mézy, au Limbé, que dépendait le nègre Macandal, né en Afrique. Sa main ayant été prise au moulin, il avait fallu la lui couper, et on le fit gardien d'animaux. II devint fugitif." (30)
    Voilà que quelques paragraphes plus loin, Moreau de St. Méry s'est contredit en mentionnant à 2 reprises que Macandal, lors de son arrestation, a eu les mains liées et les a déliées :


     (...) 
    "On alla l'arrêter dans une case à nègre, d'où on le conduisit dans une chambre de l'un des bouts de la maison principale. On lui lia les mains derrière le dos, et faute de fer on lui mit des enverges de chevaux.
    (...)
    Les gardiens s'endormirent. Macandal, peut-être aidé par les deux nègres, délia ses mains, éteignit la chandelle, ouvrit une fenêtre au pignon de la maison, se jetta dans la savane." (31)
    Les preuves sont très révélatrices à l'effet que Macandal avait bien ses 2 mains. D'ailleurs, c'est ne rien connaître de la finesse des paquets "magiques" si l'on croît que Macandal aurait pu les fabriquer avec une seule main.


    3- Macandal le Séducteur

    Préalable aux empoisonnements dans ses colonies esclavagistes, la France possédait déjà, dès juillet 1682, d'un article de loi contre les pratiques dites superstitieuses, amenées supposément par des étrangers en France. Ces pratiques comportaient la magie, les horoscopes, et également les poisons. 76 ans plus tard, durant la condamnation de Macandal au 20 janvier 1758, le Conseil du Cap ordonna la publication de cet Édit royal de juillet 1682 :
    "Pour la Punition de différents Crimes, et notamment celui d'Empoisonnement (...) contre ceux qui se disent Devins, Magiciens et Enchanteurs. (...) et, par une suite d'engagements, ceux qui se sont le plus abandonnées à la conduite de ces Séducteurs, se seraient portés à cette extrémité criminelle d'ajouter le maléfice et le poison aux impiétés et aux sacrilèges, pour obtenir l'effet des promesses desdits Séducteurs, et pour l'accomplissement de leurs méchantes prédictions..." (32)
    Et même avant juillet 1682, le gouvernement métropolitain qualifiait les meneurs de certains cercles d'empoisonneurs exotériques de Devins, Magiciens, Enchanteurs ou Séducteurs.* Dans ce contexte, lorsque vint le temps de condamner Macandal, le profil de ce dernier correspondait parfaitement au prototype du Magicien, Profanateur, Empoisonneur et Séducteur décrié par la loi 76 ans auparavant. 
    a) Le mot séducteur collé à Macandal a induit certains en erreur, puisqu'en 1787, soit 29 ans après l’exécution de Macandal, un article anonyme publié dans Le Mercure de France, répandit des spéculations islamiques sur Macandal. Et cette histoire romanesque présenta Macandal tel un séducteur et kidnappeur de femmes qui n'hésitait pas à faire empoisonner celles qui ont eu l'audace de refuser ses avances. Cet auteur révisionniste anonyme, autant que ceux qui l'ont suivi, ignorent pourtant que Macandal opérait en tandem avec sa femme Brigitte :
    "La négresse Marianne qui recevait des poisons que Macandal lui envoyait par Brigritte, sa femme." (33)
    Et Brigitte, sans broncher, a subi avec courage le même sort que son mari Macandal ; à savoir la mort par le feu le 20 janvier 1758 :
    "On peut voir au Greffe du Conseil du Cap, les procédures criminelles contre Macanda, Pompée, Angélique, Brigite, Laurent, et autres brûlés depuis." (34)
    Brigitte, l'Empoisonneuse pour la liberté, la grande héroïne, l'épouse de Macandal, devint une Déesse, une Lwa/Jany dans la religion traditionnelle haïtienne. Elle est vénérée sous le nom de Grann Brijit (Grand-Mère Brigitte) ou Manman Brijit (Mère Brigitte). Elle fait partie de la Famille des Lwa/Jany Gede, les Dieux ou Lwa de la mort.


    (Vèvè de Manman Brijit)
    Source : Milo Rigaud. Ve-Ve : Diagrammes Rituels du Voudou. New York, 1974. p.459.

    Nous analyserons pourquoi Manman Brijit fait partie du rite Gede, dans notre prochain article.
    b) Macandal était effectivement un Séducteur : un Séducteur de la masse noire (captive et libre) de Saint Domingue. Cette population le craignait autant qu'elle le vénérait et croyait en son invincibilité. Par exemple, les complices de Macandal se nommaient fièrement ses Valets, là un signe irréfutable de leur soumission à lui. Et lorsque ceux-ci furent emprisonnés, ils refusaient de croire les autorités qui les disaient avoir également capturé Macandal. Il a fallu qu'ils le voient de leurs propres yeux, avant d'être brûlés, pour le croire :
    "Il [Macandal] avait pris un tel empire sur les nègres qu’ils ne croyaient pas qu’il fut possible de le prendre. Et lorsqu’il fut amené, je le dis à deux accusés, ils ne le crurent pas, et l’un d’eux me dit qu’il faudrait pour le croire qu’il le vit dans ses yeux. Et ils lui furent confrontés, ils étaient déjà condamnés au feu et n’attendaient que l’instant de leur supplice. Quoiqu’ils dussent être en quelque sorte absorbés dans l’horreur de leur état, cependant lorsqu’ils furent amenés devant lui, leur surprise, leurs éclats de rire et leur discours, surtout de Léveillé qui le connaissait mieux, firent la seine la plus singulière et nous convainquirent jusqu’à quel point ils étaient subjugués." (35)
    En plus de la fausse rumeur sur Macandal et la gente féminine, le texte romanesque de 1787 lui inventa 2 complices : Teysello et Mayombé. Étonnement, la majorité, sinon la totalité des chercheurs, négligeant que ce texte de 1787 n'est que fiction, proposent des consonances Congo aux noms Teysello et Mayombé. (36) Or, ni Teysello, ni Mayombé n'apparaissent dans le registre des complices de Macandal qui furent, il faut le rappeler, arrêtés, torturés et brûlé vifs. C'est donc un affront aux sacrifices des vrais Macandalistes, que de placer des personnages fictifs dans leurs rangs.

    3.1- Macandal n'est pas né dans le Mont Atlas en "Afrique" du Nord

    L'auteur révisionniste anonyme de 1787 méconnaissait également la provenance exacte de Macandal, mais prétendit tout de même connaître son rang dans sa société d’origine :
    "Depuis environ vingt-cinq ans l’isle de Saint-Domingue frémit au nom seul de Makandal. Né en Afrique, dans une de ces contrées qui sont adossées au mont Atlas, il était sans doute d’un rang assez illustre dans sa patrie..." (37)
    Le Mont Atlas se situe dans le Maghreb ("Afrique" du Nord arabo-berbère), soit entre le Maroc, l'Algérie et la Tunisie. Alors, on voit mal de quelle "contrée adossée au mont Atlas" pouvait bien provenir Macandal qui fut réputé Noir, et pas Maghrébin.

    (Mont Atlas, en "Afrique" du Nord (Maghreb))
    Source :  https://en.wikipedia.org/wiki/Atlas_Mountains#/media/File:Atlas-Mountains-Labeled-2.jpg

    De plus, l’auteur anonyme n'a offert aucune référence d’archives ou de témoignage pour ces informations généalogiques sorties de nulle part. Il prétend connaître l'âge à laquelle Macandal fut amené à Saint Domingue, alors qu'il fut incapable de citer le Limbé, lieu de résidence de Macandal. Ni l'auteur anonyme n'a mentionné Le Tellier, le colon auquel Macandal appartenait :
    "Et quoiqu’il ne fût âgé que d’une douzaine d’années, quand on le conduisit en Amérique, il possédait une grande connaissance de la Médecine de son pays, et de la vertu des simples, si utiles et souvent si dangereuse sous la brûlante zone qui s’étend entre les tropiques. Transporté à Saint-Domingue et vendu à un Colon des environs du Cap-Français, Makandal se rendit très agréable à son maître par son zèle et sa grande intelligence..." (38)
    Or, dans son rapport, le juge Courtin a reconnu l'origine outremer (et non créole) de Macandal, mais n'a pas précisé sa provenance. Il a cependant souligné le grade militaire de Macandal, ce qui indique que ce chef rebelle avait atteint l'âge adulte dans son pays. Ce qui contredit la version islamique anonyme :
    "Et il faut convenir que F. Macandal n'était point un nègre ordinaire. Il avait été capitaine dans son pays. Il avait le regard vif, assuré et terrible pour des nègres, le geste vif, décidé, supérieur, tel que les nègres ne l'ont point, et quoiqu'il fut assez mince, il était très agile et d'une force de corps peu commune. Il était rendu dangereux par la composition de ses poisons. C'était là sans doute à quoi tendaient tous ses prestiges pour s'assurer un secret inviolable de ceux qui s'adressaient à lui." (39)
    Nous préciserons plus loin la provenance exacte de Macandal.

    3.2- Macandal ne servit pas dans la cour d'Okba (Urba)

    En 1864, donc 106 ans après la mort de Macandal, un autre révisionniste, Melvil-Bloncourt, s'aventura sur l'islamité de Macandal. Cet auteur a bien identifié l'habitation Le Tellier d'où Macandal s'échappa. Cependant, l'auteur révisionniste se discrédit, en islamisant un texte de 1809 de Descourtilz,** qui prétendit que Macandal trouva son nom "Makandal" dans la cour d'Urba. "Urba" étant une déformation de Okba ou Okba Ibn Nafi, un guerrier musulman ayant conquis le Maghreb :
    "Au nombre de ceux qui avaient été vendus au Cap, vers 1740, on distinguait, dans l'atelier du planteur Letellier, un nègre mahométan du nom de Makandal, (3) et à qui le baptême avait été imposé sous celui de François.
    (3) Ce nom provenait, sans doute, de Makanda, sorciers guinéens qui, à la cour d'Urba, formaient une sorte de collège de magiciens. — Dans nos colonies, les nègres désignent encore sous l'appellation de Makanda, ceux des leurs qui sont poseurs, discoureurs, philosophes, comme ils disent." (40)
    Melvil-Bloncourt souffrait d'un manque d'informations factuelles. Pour commencer, il prétendit que Macandal était vendu à Saint-Domingue vers 1740. Mais en réalité, Macandal se trouvait déjà sur l'île bien avant 1740, date à laquelle il s'était finalement échappé. De plus, comment Macandal pourrait-il avoir un lien avec la cour d'Okba Ibn Nafi lorsque cette cour a existé au 7e siècle chrétien, soit 11 siècles avant l'époque de Macandal? :
    "En 670 de Jésus-Christ, le calife Moawia nomma Okba-ebn-Nafi au gouvernement de la province d'Afrique. Un grand nombre de Berbères qui venaient d'embrasser l'islamisme se joignit à l'armée d'Okba, qui extermina les chrétiens qui y restaient." (41)
    Okba, qui fut assassiné en 683, est également la source d'une révision islamique, en "Afrique" également. Car, la partie islamisée de l'ethnie Peule, se servant de déformations de noms propres et de noms de lieux, se prétend faussement descendre de Okba. (42) Comme quoi, la révision islamique procède de la même manière des deux côtés de l'Océan Atlantique.
    Melvil-Bloncourt, l'auteur révisionniste, poursuivit sa spéculation sur la vie de Macandal qu'il veut arabophone :
    "Ce nègre, déjà remarquable par sa taille de titan, sa force herculéenne, l'était encore bien davantage par son origine et son intelligence. Fils d'un chef de tribu, il avait fait la guerre dans son pays; — vaincu, il avait été vendu comme prisonnier à des négriers qui le transportèrent à Saint-Domingue. Ainsi que beaucoup d'Africains importés dans les Antilles, il possédait certaines connaissances, parlait l'arabe...". (43)
    Pour prouver ses dits, l'auteur ne présenta que des preuves circonstancielles tirées du contact du Colonel Malenfant avec en Martinique avec un captif (esclave) conducteur de cabrouet qui tenait son compte en écriture arabe ; et l'expérience de Malenfant avec Tamerlan (que nous avons prouvé n'écrivait pas en Arabe). Toujours sans la moindre preuve, cet auteur Melvil-Bloncourt indiqua également que Macandal et ses associés aspiraient "au paradis d'Allah" :
    "Et tandis que la Nuit trônait sur les tropiques, dans sa robe bleue brodée d'astres, le Prophète parlait. Palpitants sous la flamme de son éloquence africaine, les esclaves, « ces héritiers du royaume des cieux, » brûlaient de réaliser au plus vite ici-bas la félicité d'outre-tombe qui leur était promise ; ils cessaient de croire qu'on doit « semer dans les pleurs pour moissonner dans l'allégresse; » ils n'aspiraient plus qu'au paradis d'Allah, — lequel, au dire de Mahomet, est à l'ombre des épées." (44)
    Mais comment se nommait ce paradis d'Allah? Les Arabes le nomment "Al-Naim", un nom qui est totalement inconnu dans le lexique haïtien. Nous avons vu, plus haut que l'on désignaient "Ouanga" (Wanga), la magie de Macandal. Là est un mot originaire d'"Afrique" Centrale traditionaliste, que nous analyserons dans notre prochain article de manière détaillée. Donc, si Macandal oeuvrait pour le "paradis d'Allah", pourquoi est-ce que le mot arabe pour "Paradis" (Al-Naim) n'existe pas dans le Créole haïtien, ni dans les écrits coloniaux, tandis que le mot "Wanga" l'est de manière continue tout au long de l'histoire d'Haïti?
    D'ailleurs, il est bien documenté, dans nos articles aussi bien que dans la littérature historique, que les révolutionnaires haïtiens souhaitaient, via la mort au combat, retourner Nan Ginen, c'est-à-dire à leur "Paradis" que représente l'"Afrique" de leur origine appelée Guinée ou Ginen, en Créole. Et Ginen demeure, encore de nos jours, un mot sacré dans le rituel traditionaliste haïtien. Pour d'avantage sur Nan Ginen, consultez notre article : Dessalines n'était pas musulman.


    3.3- Macandal ne venait pas de la Guinée

    Les écrits des historiens révisionnistes ont longtemps favorisés l'idée que Macandal venait du pays de la Guinée, en "Afrique" de l'Ouest. Mais où sont les preuves d'une telle origine? Inutile de s'attendre à une enquête de leur part. Alors, voyons par nous-mêmes ce que les archives nous apprennent là-dessus :
    a) 1740-1758, soit du temps de Macandal, nul n'a suggéré qu'il provenait de la Guinée. Le juge Courtin ne l'a pas fait. Non plus ne l'ont fait les colons de Saint Domingue contemporains de Macandal.
    b) En 1787, le conte anonyme "Makandal, Histoire véritable" présenta Macandal comme originaire du Mont Atlas dans le Maghreb. Il ne fut donc pas question de Guinée.
    c) En 1788, le conte anonyme "Makandal, Histoire véritable" fut traduit en Anglais sous le titre : "The Negro Makandal, an authentic History." Et le traducteur a maintenu que Macandal provint dans l'une des contrées voisines du Mont Atlas. (45) Toutefois, ce traducteur trouva opportun de définir le mot "fétiche" (compris dans le texte original) en bas de page. Et c'est là qu'il utilisera le mot "Guinea" (Guinée) pour signifier le continent "africain" où, d'après lui, on vénère les "fétiches" :
    "NOTE
    Fétiche est un nom donné en Guinée à leurs divinités; l'un d'eux est censé présider toute une province, et un pour chaque famille. Cette idole est un arbre, la tête d'un singe, un oiseau, ou n'importe quelle chose que leur fantaisie peut suggérer." (Trad.) (46)
    Ce sera donc, en 1788, soit 30 ans après l'exécution de Macandal, la première fois que le mot "Guinée", voulant dire le continent "africain" dans son entier, sera associé indirectement à Macandal, à travers la définition de "fétiche".
    d) En 1804 cette traduction anglaise sera republiée, (47) sans changement dans le sens continental du mot "Guinée".
    e) En 1813, soit 55 ans après l'exécution de Macandal, et 9 après l'indépendance d'Haïti, la traduction anglaise sera elle-même traduite en Français. (48) Cela causera le mot "Guinée", contenu dans la note de bas de page, d'apparaître pour la première fois en Français, en lien avec Macandal.
    f) En 1818, reprise de la version de 1813. (49)
    g) En 1825, en lien avec la dégustation du vin, une note en bas de page associa vaguement Macandal au mot "Guinée" :
    "J'ai vu à Saint-Domingue des nègres de Guinée opérer des prodiges plus étonnants encore. Le fameux Makandal, qui avait séduit tant de noirs et empoisonné tant de blancs, faisait remplir publiquement trois cuves d'eau claire et limpide. Il déployait trois mouchoirs blancs, et les trempait dans ces trois cuves. (...) On n'a pas pu savoir par quel escamotage s'opérait la métamorphose de ce triple mouchoir. Les nègres de Guinée ont beaucoup de secrets pareils, qui ne sont pas tous innocents." (50)
    Encore une fois, le mot "Guinée" est employé dans le sens continental. Il est synonyme d'"Afrique". Il est identique au sens haïtien de Ginen ou Nan Ginen qui ne rapporte pas spécifiquement au pays de la Guinée, mais au continent "africain" dans son ensemble.
    h) En 1835, la version de 1813 traitant de "fétiche" et de "Guinée" revient. (51)
    i) En 1864 Melvil-Bloncourt écrivit que le nom de Macandal : "provenait, sans doute, de Makanda, sorciers guinéens qui, à la cour d'Urba, formaient une sorte de collège de magiciens." Aucune allusion au pays de la Guinée n'est faite.
    j) En 1935, 177 ans après l'exécution de Macandal, l'historien révisionniste haïtien Dantès Bellegarde modifia "Guinée" en "La Guinée". Cela évacua pour la première fois le sens large et continental du mot Guinée (en vigueur par rapport à Macandal depuis 1788, pour signifier le continent "africain" jadis nommé Guinée), vers son sens précis et national (référant au pays de la Guinée) :
    Le nègre Mackandal appartenait à la florissante habitation Le-normand de Mézy, dans la Plaine du Nord. Il était fils de chef africain. Tout jeune, il avait été enlevé des côtes de la Guinée et conduit comme otage parmi les tribus du nord de l'Afrique qui pratiquaient l'islamisme. Il fut donc élevé dans la religion musulmane." (52)
    Cette substitution fut volontaire. Car, Dantès Bellegarde maîtrisait assez le Français pour savoir que dans cette langue, les "côtes de Guinée" est synonyme des "côtes africaines", tandis que l'expression les "côtes de la Guinée" réfère aux "côtes du pays nommé Guinée".
    Par exemple, Thomas Madiou différenciait "côtes de Guinée" de "côtes de la Guinée". Cet historien haïtien écrivit "côtes de Guinée" pour décrire l'"Afrique" entière qui fournissait de la main d'oeuvre servile :
    "Les cultivateurs ne se recrutant plus que sur les côtes de Guinée, on s'habitua à ne voir dans l'esclavage que des noirs ou quelques mulâtres..." (53)
    Et Madiou écrivit "côtes de la Guinée" en parlant de l'expédition esclavagiste de l'Anglais John Hawkins au 16e siècle chrétien, précisément aux côtes de la Sierra Leone (pays d'"Afrique" de l'Ouest frontalier de la Guinée). Et il écrivit également aux côtes de la Guinée en référence à ce pays d'"Afrique" de l'Ouest :
    "Cependant en 1562, John Haukins vint mouiller, avec une flottille, sous pavillon Anglais, le long des côtes de la Guinée..." (54)
    Ainsi, Thomas Madiou qui pourtant transcrivait à la vision musulmane de Macandal, ne l'a pas associé à la Guinée, comme l'a fait le peu scrupuleux Dantès Bellegarde se servant d'une manipulation de mots malhonnête.
    k) En 1957 et 1958, soit 2 siècles après l'exécution de Macandal, Alfred Métraux officialisa la manipulation lexicale de Dantès Bellegarde, en écrivant sans détour, en parlant de Macandal :
    "C'était un Africain originaire de Guinée." (55)
    Depuis lors, cette origine guinéenne mensongère imposée à Macandal n'a pas cessé de prendre l'ampleur. Nous verrons, dans notre prochain article, le pays d'origine et l'ethnie exacte de Macandal.


    3.4- Macandal n'était pas Mandingue

    En 1949, le romancier franco-cubain Alejo Carpentier fut le premier a présenté Macandal tel un Mandingue. Cela n'aurait pas été problématique, si Carpentier n'avait pas préfacé que son roman doit être considéré tel un ouvrage de recherche authentique :
    "Car il faut avertir que l'histoire à lire a été établie sur une documentation extrêmement rigoureuse qui non seulement respecte la vérité historique des événements, mais aussi les noms des personnages —même secondaires—, des lieux et même des rues, mais dissimule, sous son apparente intemporalité, une comparaison méticuleuse des dates et des chronologies." (Trad.) (56)
    Malheureusement, les références que Macandal fut d'origine mandingue n'existent pas. Ni Macandal, ni aucun de ses complices ne furent identifiés Mandingues.
    a) Mais d'où vient l'affirmation de Carpentier? Il vient du fait qu'il naquit dans une ancienne colonie espagnole où les Mandingues conservent une très mauvaise réputation. Par ignorance, Alejo Carpentier prit pour universel, ce qui n'est principalement qu'une réalité espagnole :
    "Un esclave avec un seul bras [Macandal] ne valait pas lourd. Et puis, tout Mandingue, c'était notoire, était un nègre marron en puissance. Dire Mandingue c'était dire dissipé, rebelle, démon. Aussi les gens de leur royaume étaient-ils si mal côtés sur les marchés d'esclaves. Ils ne pensaient qu'à fuir dans la forêt." (57)
    Si le mot "Mandinga" est encore synonyme de rebelle, de "démon", de "diable", ou de "marron" dans les anciennes colonies espagnoles ; et particulièrement dans celle d'Amérique du Sud, c'était autrement dans les colonies françaises, dont Saint Domingue. À Saint Domingue, les Congo furent les chefs du marronnage. Les Mandingues eux, s'évadaient très peu et étaient classés parmi les ethnies dociles, bon travaillant et appréciées, selon le colon Gérard Aîné :
    "Les nègres de la Côte d'Or soit Arada, Nago, Ibo, Tacoua, Aoussa, Mandingue méritent d'être préférés aux nègres congo pour toutes sortes de raisons. Les premiers aiment naturellement le travail, sont rangés dans leur ménage et très attachés à leurs femmes et leurs enfants. Ils ont le goût de la propriété qui leur donne l'aversion pour le vol et le marronage. Ils sont de forte constitution et vivent longtemps.
    Les Congo, au contraire, sont en général paresseux, libertins, efféminés ayant la fibre extrêmement molle et sujets pour cette raison à une maladie presque toujours mortelle, la cachexie qu'on nomme ici mal d'estomac. Ils sont enclins au vol et au marronage..." (58)
    D'ailleurs, le colon Moreau de Saint Méry, sans les trouver parfaits, a décrit les Mandingues comme bons à utiliser dans les îles :
    "Le Mandingue est un maître sévère , quelquefois cruel, & il est fripon par habitude; sa principale nourriture est le riz. Mais l'esclave Mandingue, par cela même qu'il a été plié violemment au joug, est bon à employer aux îles où son sort est amélioré, et il y perd quelquefois son penchant pour le larcin." (59)
    Ainsi, le biais culturel d'Alejo Carpentier l'a forcé à voir l'empoisonneur et rebelle Macandal tel un Mandingue. Car, dans sa culture espagnole, les captifs (esclaves) Mandingues, représentaient le summum de la désobéissance. Et ignorant de la réalité particulière de la colonie française de Saint Domingue, l'auteur cubain a transposé l'histoire espagnole sur Macandal. Mais si Carpentier avait effectué une recherche approfondie sur les Mandingues, il aurait découvert que dès 1716, l'explorateur André Brüe a préféré comme esclaves les Mandingues qu'il qualifia de "dociles et fidèles" :
    "Il est certain que ces Nègres [Mandingues] sont les meilleurs nègres d'Afrique pour le travail; robustes, dociles, fidèles, ils ne sont pas sujets, comme la plupart des nègres de Guinée, à se désespérer de leur condition jusqu'à vouloir s'en débarrasser par la mort ou par la fuite." (60)
    Similairement, en 1795, Mungo-Park trouva à son tour les Mandingues "doux et serviables" :
    "Les Mandingues sont d'un caractère doux, amical et serviable." (61)
    b) Malheureusement, l'affirmation erronée d'Alejo Carpentier a eu écho au fil du temps. (62) Carpentier a certes présenté Macandal comme un Mandingue, mais un Mandingue traditionaliste ; et même un Houngan, donc un grand officiant traditionaliste. Cependant, les révisionnistes islamiques ayant récupérés son texte, ont vite ajouté une dimension islamique au personnage supposé Mandingue de Macandal. S'alignant à la perception espagnole, ils présentent Macandal tel un Mandingue musulman rebelle et féroce, ce qui ne correspond à la réalité de Saint Domingue. Le cas d'Assam, une empoisonneuse du Limbé à l'époque de Macandal, démontre au contraire l'origine diverse des empoisonneurs, (63) mais aucun Mandingue :
    • Assam, Empoisonneuse (Poulard, traditionaliste/catholique syncrétique).
    • Pompée, libre, Incitateur à l'empoisonnement (Créole, catholique syncrétique).
    • Jean de l'habitation Laplaine du Limbé, Empoisonneur (Origine inconnue).
    • Un libre non nommé (Diola, traditionaliste).
    • Gardien de l'habitation Laplaine (Bambara, traditionaliste).
    • Marie-Jeanne, affranchie, Vendeuse (Niamba, traditionaliste).
    • Madeleine, Vendeuse (Nago, traditionaliste).
    • Coffi de l'habitation Laplaine, Empoisonneur (Origine inconnue).
    Donc, cet échantillon dément les révisionnistes islamiques. Les traditionalistes de Saint Domingue étaient clairement les empoisonneurs. D'ailleurs, Mungo-Park, en territoire mandingue en décembre 1795, a écrit ceci:
    "Les idolâtres sont incomparablement les plus nombreux, et le gouvernement du pays est dans leurs mains; car bien que les plus respectables d'entre les Bouchrinns [islamisés] soient fréquemment consultés dans les affaires d'importance, on ne leur permet cependant jamais de prendre aucune part au gouvernement exécutif qui est exclusivement dévolu au mansa ou souverain, et aux grands officiers de l'État." (64)
    Ainsi, 37 ans après l'exécution l'exécution de Macandal, la grande majoritaire des Mandingues était traditionaliste et détentrice du pouvoir en "Afrique" de l'Ouest. C'était pareillement à Saint Domingue.


    3.4.1- L'héritage Mandingue en Haïti 

    L'éclatement de la Révolution haïtienne en 1791 força l'annulation subite de l'importation de captifs (esclaves) dans la colonie de Saint Domingue (Haïti). Et depuis, l'apport culturel '"africain" cessa. Par conséquent, la mémoire traditionnelle haïtienne devient un échantillon de la réalité d'avant l'islamisation massive du continent "africain" qui débuta en 1804.
    Contrairement aux anciennes colonies espagnoles et anglaises où la figure du Mandingue est légendaire et symbolique, en Haïti, c'est loin d'être le cas. Pour l'Haïtien, le Mandingue représente que l'un parmi des centaines de groupes ethniques ayant contribué à son patrimoine. Il n'est pas le plus valorisé, ni le plus méprisé. Non plus n'est-il le plus connu, ni le plus obscure. Hormis le tapage révisionniste des 50 dernières années, le mot "Mandingue" réfère à la sphère traditionaliste, en Haïti. Certains Haïtiens connaissent le rite de tambour "Mandeng" (Mandingue). Et pour rire, on peut demander à un enfant agité, s'il est "possédé" par un Lwa Mandeng (Divinité Mandingue)? Cela réfère au comportement brusque que peuvent avoir des traditionalistes momentanément "habités" par une Divinité d'origine Mandingue. Comportement qui d'ailleurs demeure dans le rituel traditionnel dans le Sahel. (65) Autrement dit, la conscience haïtienne retient que les Mandingues à Saint Domingue furent traditionalistes. Toutefois, il se trouvait également des Mandingues d'islamisés à Saint Domingue. Mais pas à l'échelle dont se l'imaginent les révisionnistes. Et rien n'indique que ces Mandingues islamisés n'avaient aucune influence particulière. Nous en parlerons dans un article futur.
    1) Kita et l'Empire du Mali : Il existe, dans le rituel haïtien, la Nation sacrée Kita, dite Nanchon Kita. Une certaine confusion plane sur la provenance exacte de "Kita". S'agit-il de la ville sacrée de Kita située dans le pays du Mali actuel, ou s'agit-il du regroupement de diverses Divinités (Lwa/Jany) Nkita d'origine Congo? Pour les besoins de la cause, explorons Kita, le haut-lieu mystique, cette localité qui joua un rôle spirituel vital dans l'ancienne Empire du Mali fondée par l'Empereur Mandingue Soundiata Kéïta.

    (Kita, dans l'Empire du Mali)
    Source : Youssouf Tata Cissé, Wâ Kamissoko. La grande geste du Mali : Des origines à la fondation de l'Empire. Paris, 2000, pp.419-420.

    Bien avant l'arrivée de l'islam, depuis les temps immémoriaux, les Mandingues traditionalistes se rendaient en pèlerinage à Kita, leur haut lieu sacré. Soundiata Keïta, le Masa ou Roi Mandingue, fit de même vers 1230 pour sacraliser la création de son Empire :
    "Pour clore et sanctifier la campagne d'unification du Manden, Soundjata se rendit à Kita. (...) Depuis des temps immémoriaux, des prêtres, prêtres-rois, grands dignitaires et chefs de guerre vont se purifier à vie et prier pour la prospérité et la grandeur de leur pays à la source Mòkòya dji, "Eau de la personnalité", située dans la montagne qui domine Kita." (66)
    Les révisionnistes évoquent sans cesse le nom de Kankan Moussa qui a effectué un voyage chargé d'or à la Mecque en 1324. Ils taisent le fait que l'Empire du Mali fut la création du Roi traditionaliste Soundiata Kéïta, le grand-oncle de Kankan Moussa.


    (Montagne sacrée à Kita Kourou, au Mali)
    Source : Jumelagevoorschotenkita ; Lien permanent : http://ml.geoview.info/kita_kourou,44599132p

    À Kita, l'Empereur Soundiata Keïta sacrifia beaucoup de taureaux et de béliers (67) aux Dialan ou Divinités ancestrales dont Faro, à qui tous les Rois mandingues ont sacrifié. (68) Le rituel haïtien honore toujours Faro et Pemba, ces 2 Dialan, qui sortirent directement de l'Oeuf primordial que Mangala (MaaNgala), le Dieu-Créateur des Mandingues (et des Bambara), a créé. (69)
    2) Roi Gazou et l'Empire de Gabou : Des Haïtiens d'ancestralité mandingue de la localité de Balan rendent également hommage au Roi Gazou, dans leurs prières. Le mot "Gazou" renvoi au Royaume Mandingue de Gabou qui est issu d'un conflit au sein de l'Empire du Mali.


    (Carte du Royaume mandingue de Gabou ou Kaabou)
    Source : BNF. Extrait de la "Carte du voyage de Mr Mage de St-Louis à Ségou. Sén" ; Lien permanent : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/25/KaabuMap.jpg

    Fondé également vers 1230, par Tiramangan Traoré (le Roi "Gazou"), le Royaume mandingue de Gabou fut traditionaliste jusqu'à sa fin en 1867, soit 63 ans après l'indépendance d'Haïti :
    "Jusqu'à sa chute en 1867, l'animisme est resté la religion officielle du Gabou; le Gabounké, comme tout bon animiste, croît aux "esprits", aux "génies", aux "forces invisibles" qui gouvernent l'Univers. Ces "génies" sont appelés dialan, du nom d'un arbre sous lequel initialement était organisé le culte au Manding." (70)
    Et la fondation de ce Royaume fut attribué à Tamba Dibi, le Dieu-Serpent (Dialan Saa) que l'on vénérait, ainsi que d'autres Dialan, dans des forêts sacrés :
    "Le mythe du Dialan Saa, le serpent sacré, conte les origines merveilleuses du royaume de Gabou. Chaque village avait un bois sacré où l'on faisait les rites au Dialan protecteur. C'est cet animisme qui valut au Gabou la persécution des Peuls du Fouta Djallon, aidés, il faut le dire, par les populations de convertis qui résidaient sur son territoire." (71)
    Le Roi de Gabou, Tiramangan Traoré, volontairement négligé par les griots islamisés, représente le modèle idéal de l'identité traditionaliste. Il s'est disputé avec Soundiata Kéïta, jugeant celui-ci trop accommodant envers les musulmans. Et suite à cela, il s'exila du Royaume de Mali pour ne plus jamais y retourner, et fonda Gabou. (72) Le nom de son Royaume dérive de "An kaaboung folo", signifiant "continuons à faire la guerre", expression avec laquelle il encouragea ses soldats désireux de rentrer chez eux, après avoir vaincu le Roi des Baïnouk à Kikikor. (73) Le Royaume mandingue de Gabou tirait donc sa subsistance de la guerre. Mais une guerre axée sur les valeurs traditionnelles :
    "Cette royauté du Gâbou se définit avant tout par son inclination à la guerre, d’où son appellation « aristocratie guerrière », et sa religion animiste. Il faut noter aussi que ses vertus cardinales sont le courage et la férocité (le jarinteya), l’héroïsme (le ŋamaya) et la foi en l’animisme (le soninkeya)." (74)
    Donc, contrairement à ce qu'avancent les griots islamisés, la sauvegarde de la religion traditionnelle (appelée Soninkeya) inspirait Tiramangan Traoré a fondé le Royaume de Gabou. L'une des preuves de cela réside dans le fait qu'uniquement à Gabou l'islamisation a touché la masse avant les élites. Partout ailleurs en "Afrique", la classe élite s'était convertie en premier, et la masse a suivi bien des décennies après. Ainsi, il n'est guère étonnant que le Roi de Gabou (Wa Gazou) continue de recevoir vénération dans la religion traditionnelle haïtienne. Car, les Haïtiens dirigeaient déjà leur propre pays indépendant depuis 63 ans, lorsque l'islamisation causa la chute de Gabou vers 1867.
    3) Nantyou et l'Empire de Gabou : Quant aux guerriers de Gabou, ils formaient l'institution sacrée appelée Nianthio, Niantcho ou Ñannco. Ce nom fut accordé aux Princes héritiers, les neveux du Roi de Gabou qui, à tour de rôle, administraient 3 des 4 provinces du Royaume. Les Nianthio étaient des guerriers intrépides qui refusaient la servitude :
    "La raison d’être du nianthio, c’est la bravoure ; guerrier impavide, il ne doit à aucun moment manifester des signes de faiblesse. Le nianthio n’a pas peur de la mort ; il est prêt à mourir pour défendre le Gabou, dont il est le gardien. Il préfère la mort à l’esclavage, aussi le suicide est-il pratique courante chez les nianthio ; il ne supporte ni le déhonneur, ni l'asservissement. On croit qu’une force surnaturelle protège le nianthio, et que c’est grâce à cette force qu’il échappe au danger." (75)
    Les membres du Nianthio, hommes et femmes, vivant pour la guerre, étaient tous traditionalistes :
    "Les nianthio, "fils de génie", plus que tout autre, étaient liés au culte du dialan; forêt sacrée, mare, Dieu-serpent sont en relation étroite avec les familles nianthio des lieux concernés." (76)
    Donc, la guerre chez les Mandingues se faisait avec l'aide des Divinités traditionnelles :
    "La croyance au dialan fondait le pouvoir des nianthio. (...) Le dialan est une divinité que le Gabounké consulte à chaque occasion; (...) faut-il partir en guerre contre tel village ou contre tel peuple? Pour le savoir, le Gabounké interroge le dialan, qui joue ainsi le rôle d'oracle. (...) Les gens de Kankéléfa n'allaient jamais en guerre sans consulter Tamba Dibi; ce génie savait égarer les armées qui marchaient sur Kankéléfa." (77)
    D'ailleurs, à Gabou, tout poste de pouvoir était interdit aux musulmans, incluant le corps militaire Nianthio. Et si un membre du Nianthio se convertissait à l'islam, il en était automatiquement exclu :
    "Les dialan des nianthio étaient réputés être les plus puissants. La raison d'être du nianthio, c'était la défense du Gabou; les musulmans étaient exclus des armées, ainsi ceux qui embrassaient l'islam ne pouvaient plus commander une armée. Le musulman pratiquant fait du négoce, le noble gouverne. Celui-ci perd son droit et sa qualité dès lors qu'il embrasse l'islam. Le musulman est traité avec mépris par le nianthio." (78)
    Puis, la prépondérance des femmes Nianthio rend impossible de les confondre avec des musulmanes :
    "Comme on le sait déjà, la croyance populaire voulait que les nianthio ou fils de génie fussent dôtés de qualités et de pouvoirs qu'on ne rencontrait pas chez le commun des Gabounkés. Et ces qualités et pouvoirs étaient transmis seulement par les femmes nianthio. (...) La mystique du pouvoir au Gabou repose sur la croyance que le nianthio est un être exceptionnel. Chaque femme nianthio porte en elle une part de la puissance surnaturelle de Balaba ou Tenemba.
    (...)
    C'est le lieu de dire que les femmes nianthio, qui constituaient la semence précieuse, étaient recensées et leur nombre connu. Anciens, griots et nianthio les localisaient parfaitement ; elles étaient suivies dans leur déplacement et étaient l'objet d'une grande vénération ; il faut souligner surtout qu'elles jouissaient d'une grande liberté, voire d'une grande liberté sexuelles.
    La femme nianthio choisissait librement son partenaire ; elle choisissait généralement un prince ; le mariage dépendait de son consentement. Elle changeait de partenaire dès qu'elle se lassait de la vie commune. Elles étaient l'objet d'une cour assidue de la part des chefs. Il est à noter aussi que très souvent la vie commune était sanctionnée par un mariage, mais la nianthio pouvait à tout moment briser ce lien. Étant soeurs de prince la plupart du temps, donc mères de futurs rois, elles recevaient beaucoup de présents. Le roi portait plus d'attention à sa soeur, dont les enfants étaient ses héritiers, qu'à ses propres épouses non nianthio." (79)
    Ainsi, vu que la traite fut stoppée à Saint Domingue (Haïti) dès 1791, la totalité des guerriers Mandingues importés sur cette île était traditionaliste. Par conséquent, on ne peut à la fois déclarer Macandal un guerrier mandingue et islamique. Cela est incompatible, vu qu'il a vécu au milieu du 18e siècle chrétien. Mais revenons au temps présent pour observer l'héritage traditionaliste mandingue en Haïti. Il réside dans Nianthio ou Niantcho, le nom du corps militaire mandingue, qui continu d'être vénéré dans la religion haïtienne. L'Haïtien traditionaliste vénère donc les guerriers de ses Ancêtres Mandingues à travers le Lwa/Jany de la guerre Nantyou (Nantiou) ou Nanchou.


    (Vèvè de Nantyou, dans le rituel haïtien)
    Source : Milo Rigaud. Ve-Ve : Diagrammes Rituels du Voudou. New York, 1974. p.548.

    Nanchou ou Nantyou se nomme est également Ogoun Nanchou et est syncrétisé à Saint Jacques Le Majeur, en raison de l'icône guerrier de ce dernier. Bien entendu, Nanchou ou Nantyou n'est pas l'unique Lwa/Jany guerrier d'origine mandingue en Haïti. On y compte une panoplie dont les Balenndjo, les Kelenndjo, les Kankannikan, les Kanyikan, les Balabala, etc. Mais quoi qu'il en soit, cet héritage spirituel mandingue n'était pas celui de Macandal.
    4) Madanm tobodop et le Royaume de Wassoulou : Le folklore haïtien comporte un rite de tambour dont la partition fut conservée à l'aide une courte chanson appelée Madanm tobodop. Ce rite de tambour n'est pas celui qui est officiellement identifié comme mandingue. Mais pourtant, son analyse dévoile qu'il est le N'Gri, le rite de tambour caractéristique du haut lieu musical mandingue de Wassoulou, qui habitera le tardif Royaume de Wassoulou.


    (Royaume mandingue de Wassoulou)
    Source : https://en.wikipedia.org/wiki/Wassoulou_Empire#/media/File:Map_Wassoulou.jpg


    Cette chanson, Madanm tobodop, est d'une telle vulgarité, faisant référence aux parties intimes de la femme (sans pour autant qu'elle ne soit misogyne), qu'elle ne saurait provenir de musiciens musulmans. Cela nous porte à conclure que le rite de tambour Madanm tobodop prouve que les Mandingues de la région de Wassoulou furent traditionalistes à leur arrivée à Saint Domingue (Haïti) ; soit bien avant la formation tardive du Royaume de Wassoulou en 1878. Car seul le rituel traditionnel peut produire, soutenir et promouvoir un imaginaire aussi débridé.




    4- Macandal le Profanateur 

    Macandal composait des paquets magiques qui portaient son nom. Et dans ces paquets magiques, lui et ses complices inséraient des éléments du culte catholique tels que pain bénie, eau bénite, encens béni, crucifix, etc. Ce syncrétisme valut Macandal l'accusation de Profanateur. Et 2 mois après l'exécution de Macandal, le Conseil du Cap interdisait les paquets profanateurs :
    "Arrêt de Réglement du Conseil du Cap, qui défend aux Nègres de garder des paquets appelés Macandals, ni de composer et vendre des drogues.
    Du 11 Mars 1758.
    Sur ce qui a été remontré au Conseil par le Procureur Général du Roi, que par les déclarations faites par plusieurs Accusés de pratiques prétendues magiques et d'empoisonnements, il résultait évidemment que les paquets ficelés, appelés Macandals, ne sauraient être composés, sans qu'il y ait profanation de choses saintes; que le sacrilège s'y trouvait joint très souvent, par le mélange des crucifix qui y sont employés; que l'usage de ces paquets entraînait nécessairement la profanation, puisque celui qui s'en sert mêle l'eau bénite et l'encens dans la mistion dont il enduit les paquets..." (80)
    Plusieurs trouveront dans l'usage d'objets cultuels catholiques, un signe de l'appartenance de Macandal à la religion traditionnelle, réputée ouverte à l'intégration d'autres éléments religieux. Et malgré la présence d'éléments catholiques, ils ne qualifieront point le culte de Macandal de chrétien. Pas plus qu'ils ne le feront pour le culte traditionnel haïtien qui comporte pourtant prières, saints, icônes et calendrier catholiques. Pareillement, les révisionnistes islamiques savent que l'islam considère "Shirk" l'"association" d'autres pratiques à son culte. Cela consiste le péché le plus grave, le seul qu'Allah ne pardonnera pas dans l'au-delà, si le fautif ne s'en est pas repenti de son vivant. Or, sachant cela, les révisionnistes clament quand même que Macandal fut musulman.


    4.1- Macandal n'était pas un marabout

    Faisant fie des éléments syncrétiques catholiques intégrés à la magie de Macandal, la révisionniste Diouf déclara celui-ci un marabout islamique :
    "Macandal était probablement un marabout, car les documents officiels français le décrivent comme étant capable de prédire l'avenir et d'avoir des révélations. Il était également connu pour ses talents dans la fabrication d'amulettes, si bien que les gris-gris étaient appelés macandals." (Trad.) (81)
    a) Au niveau linguistique : il faut savoir que le mot "marabout" est conservé dans le Créole haïtien. Cependant, il n'a aucune connotation spirituelle ou magique, comme c'est le cas en "Afrique". Le mot "Marabou", en Créole, décrit non pas un "sorcier", mais un type de métis :
    "Marabou : n. Moun nwa ak cheve swa, ki sanble ak endou." (82)
    Traduction :
    "Marabout : n. Une personne noire de peau aux cheveux lisses, ressemblant à un Hindou."
    C'est là certes une référence aux métis non "africains" (ou maures) que l'on débarqua dans la colonie de Saint Domingue. Mais quant au nom de Macandal, il se dit "Makanda", en Créole. Et il est très péjoratif :
    "Makanda : Lougawou, malveyan." (83)
    Traduction :
    "Makanda : Sorcier, malfaiteur."
    Là un contraste évocateur que Macandal n'était pas un "marabout", puisque les Haïtiens possèdent des chansons classiques telles que "Marabout de mon coeur", évoquant leurs amours des femmes métisses de type "Marabou" ; alors qu'à l'opposé, le mot "Makanda" est un insulte déjà constaté du temps de la colonie :
    "Le souvenir de cet être pour lequel les épithètes manquent, réveillent encore des idées tellement sinistres, que les nègres appellent les poisons et les empoisonneurs des Macandals, et que ce nom est devenu l'une des plus cruelles injures qu'ils puissent s'adresser entr'eux." (84)
    Donc, les captifs (esclaves) de Saint Domingue craignaient être empoisonnés et/ou ensorcelés par des Macandals, un nom qui inquiète jusqu'à présent. Ces captifs (esclaves) n'étaient donc pas empoisonnés par des Marabouts, étant donné que ce mot est affectionné dans le Créole haïtien.
    b) Au niveau de la magie : globalement parlant, la magie des marabouts islamiques provient de la religion traditionnelle. Par conséquent, elle n'est pas étrangère à celle pratiquée par les traditionalistes haïtiens. Cependant, ces 2 magies diffèrent significativement à 2 aspects. 1) Les talismans islamiques sont uniquement protecteurs, alors que les talismans de Macandal (et ceux des traditionalistes haïtiens) sont à la fois protecteurs et offensifs. 2) Les marabouts islamiques "africains" basent leur magie non pas sur le mysticisme "africain", mais sur une forme que l'on ne connait pas en Haïti, le khawatim, ou la divination musulmane.

    (Marabout sénégalais débutant sa magie protectrice)
    Source : "Planet Fight : Senegal". Documentaire. Directeur Aleksandar Dzerdz. Lien Permanent : https://www.youtube.com/watch?v=5nxBr-mxuFg ; Capture : 41:00

    Sur des planches coraniques (inconnues en Haïti), ils tracent des carreaux ou des losanges sur du papier, puis ils remplissent les cases d'extraits du coran et d'autres symboles mystiques :

    Source : Sulaymān ibn Aḥmad. Explication de l'œuvre d'al-Ghazali et de Nuh ibn al-Tahir al-Fulani. Tombouctou, 1800. p.21 ; Lien permanent : https://www.wdl.org/fr/item/467/view/1/21/


    Source : https://manojdev1.wordpress.com/2015/08/24/protection-totale/

    Avec de ces écritures schématiques, les marabouts islamiques enfument leurs clients, et leurs fabriquent des hatumere, c'est-à-dire des "gris gris", ou talismans. Ces talismans islamiques, en forme de pochettes (le plus souvent en cuir), se portent au cou et renferment des extraits du coran en guise de protection et de guérison. D'ailleurs, les cordes à l'aide desquelles l'on attache les pochettes islamiques sont également considérées comme talismans ou "gris gris".

    (Talismans islamiques en forme de pochettes renfermant des passages du coran)
    Source : Couple touareg par un photographe d’Agadez, sd – 224 APOM/114 ; in : Fonds Suzanne & Edmond BERNUS 224 APOM/1-160

    Or, les textes coloniaux ne font aucune mention de telles pochettes magiques chez Macandal et ses alliés. Ni n'ont-ils utilisé les mots "hatumere" ou "khawatim" pour décrire les paquets magiques de Macandal. Au contraire, ils appelaient ces paquets "Macandals". Et Makandal demeure le nom d'une Divinité (Lwa/Jany) autant que celui d'un rite dans la religion traditionnelle. De même, les textes coloniaux nommaient "ouanga" (wanga) la magie de Macandal, un nom qui garde la même signification en Haïti :
    "Wanga n. : sorcellerie, magie, malfaisance." (85)
    De plus, les paquets magiques de Macandal servaient de "garde-corps". Et jusqu'à nos jours, une quantité importante de Lwa/Jany servent encore de "garde-corps" et pour cela sont appelés "Gad" ou "Lwa Gad". Donc, toutes les références à la magie de Macandal demeurent dans le lexique créole comme dans le rituel traditionnel haïtien. Mais aucune trace des mots musulmans hatumere, khawatim, ni des pochettes islamiques. Ce qui prouve que la magie de Macandal et de ses alliés n'était pas islamique. D'ailleurs, les paquets magiques de Macandal sont encore fabriqués dans le rituel haïtien. Une preuve réside dans l'observation du juge Courtin, que Macandal insérait des crucifix dans ses paquets. Une action que Macandal reconnaissait personnellement :
    "Le macandal était le premier degré d’épreuve. On s’accoutumait à profaner l’encens béni, l’eau bénite et enfin le crucifix même. F. Macandal a fait dans son interrogatoire au Conseil une déclaration qui mérite attention. Il voulait justifier son intention dans la composition de ces prétendus garde-corps, et a dit que lorsqu’on voulait y mettre un crucifix, il le demandait à celui qui le voulait et le faisait entrer dans son paquet magique. Nous en avons un de cette façon où on voit avec horreur un crucifix enseveli dans l’endroit et les liens de cette composition détestable et dont on ne voit que le bout des bras, la tête avec la traverse de la Croix." (86)
    Voici un type de ces paquets qui perdurent dans la tradition haïtienne. Il n'a aucun lien avec les pochettes musulmanes qui se portent au cou. On appelle ces paquets "Pakèt Kongo", donc Paquets Congo. Et plusieurs d'entre eux renferment toujours des crucifix, plusieurs siècles après l'exécution de Macandal :
    (Paquet (Congo) de Macandal, surmonté d'un crucifix)
    Source : Alfred Métraux. Le Vaudou haïtien. Paris, 1958. p.275.

    Le témoignage de Geneviève, une cliente de Macandal, nous enseigne d'avantage sur l'insertion du crucifix, et également du fait qu'elle, qui se promenait avec un chapelet catholique, n'était pas musulmane ; pas plus que Macandal qui se servait de son crucifix dans sa magie :
    "Il voulait justifier son intention dans la composition de ces prétendus garde-corps... (...) (Ce macandal était Geneviève de Port-Margot. Dans son interrogatoire, elle a déclaré que F. Macandal a arraché le crucifix de son chapelet. Lorsqu’elle vit le crucifix lié au macandal, elle aurait dit à F. Macandal “que c’était diable même que ça et qu’il lui dit que ce serait vaillant garde-corps”)" (87)
    Donc, l'insertion des objets du culte catholique dans les paquets de Macandal les placent, non pas dans le maraboutisme islamique, mais bien dans la sphère de la religion traditionnelle encore pratiquée en Haïti. Toutefois, hormis l'ajout des éléments coraniques, l'approche magique des marabouts "africains" est compatible avec celle des Haïtiens.
    Il faut aussi souligner la malhonnêteté des révisionnistes qui ont l'audace de revendiquer l'ouvrage des marabouts comme musulman, lorsqu'ils savent parfaitement bien que les musulmans considèrent blasphématoire, "shirk" et hors l'islam, les pratiques des marabouts. De plus, la doctrine musulmane interdit le polythéisme, la consultation aux voyants, et même l'intégration de polythéistes dans son armée. (88) Dans ce contexte, on ne peut considérer Macandal musulman.


    4.2- Macandal ne savait pas lire

    L’orgueil racial poussa l'auteur anonyme de 1787 à surévaluer Macandal, le Noir ayant causé du tort au Blanc. De cette manière, il conserva son illusion de supériorité sur la masse noire, en faisant un cas d'exception des Noirs gagnants. Il fit mention de l’écriture de l’Arabe, un consensus chez ceux qui ne peuvent s’imager des Noirs lettrés dans leurs propres écritures :
    "Puisqu’il avait reçu une éducation bien plus soignée que celle qu’on donne ordinairement aux Nègres. Il savait lire et écrire la langue arabe, et ce n’est pas le Nègre tombé par hasard dans l’esclavage, et conduit dans nos Colonies, qui ait eu le même talent. Makandal avait encore un goût vif et naturel pour la musique, la peinture et la sculpture..." (89)
    Il faudrait attendre 60 ans pour que l'historien haïtien Thomas Madiou reprenne, en 1847, la falsification islamique anonyme de 1787. 89 ans après l'exécution de Macandal, Madiou - dont les ouvrages ne fournissent pas de référence - prétendit savoir les conditions de naissance de Macandal qu'il déclara instruit dans la langue arabe :
    "Une conspiration dirigée par un nommé Makandal, faillit d’un seul coup étouffer tous les Blancs. Makandal, Africain et d’une illustre naissance, avait été élevé dans la religion musulmane. Il était instruit, et possédant très bien la langue arabe. Fait prisonnier de guerre dans son pays, il avait été vendu comme esclave, aux traitants européens qui le transportèrent à St-Domingue." (90)
    Or, le juge Courtin qui pourtant fit l'éloge de Macandal, n'a jamais indiqué que ce dernier savait lire. Du lot des empoisonneurs de Macandal qu'il interrogea, uniquement un certain Jolicoeur savait à peine lire. Et le juge Courtin s'étonna que Jolicoeur, un "nègre libre [officieusement ou "libre de savane"] du Sieur Brossard accusé d'avoir attenté à la vie de son maître", (91) en dépit de sa connaissance - quoique limitée - ait cru à l'invincibilité magique de Macandal :
    "Le nègre Jolicoeur en fut également étonné [de la capture de Macandal] ; ce n'était cependant point un idiot. Il avait appris à lire et un peu à écrire, et il ne manquait point de lumière." (92)
    Il faut comprendre que le juge avait un moyen de savoir lequel de ses interrogés savait lire ou pas. Car, il était obligatoire, à la fin de chaque séance d'interrogation, que la personne interrogée signe sa déposition comme étant véridique. Et comme ses disciples, Macandal fut interrogé par ce juge Courtin qui n'a pas mentionné qu'il savait lire ni écrire, lors de son explication de la supériorité de Macandal sur les siens.
    Nous pouvons vérifier cette obligation d'apposer sa signature à la fin de son dossier d'interrogation, grâce au texte de l'interrogation d'Assam, une femme accusée d'empoisonnement durant la période de Macandal, septembre 1757. Elle, à qui l'on demanda à la fin de 2 séances distinctes de signer sa déposition comme véridique, ne pu le faire, faute de savoir lire. Elle qui, étant d'ethnicité peule ou poulard, un groupe fortement islamisé, aurait dû savoir lire, selon la logique des révisionnistes :
    "Interrogation de la Négresse Assam
    (...)
    ET PLUS N'A ÉTÉ INTERROGÉE étant midy sonné et avons remit la continuation du présent à ce jourd'uit deux heures de relevée; lecture à elle faite du présent interrogatoire; a dit que ses réponses contiennent vérité, y a persisté et a déclaré ne savoir signer de ce en guise suivant l'ordonnance.
    Signé: Courtin et Bordier, greffier commis
    (...)
    A DIT qu'elle regarde ce que Pompée lui avait dit comme les discours d'un homme ivre, et que de tout ce qu'il lui avait dit, elle n'en fit point état.
    ET PLUS N'A ÉTÉ INTERROGÉE. Lecture faite à elle du présent interrogatoire; a dit que ses réponses contiennent vérité, y a persisté et a déclaré ne savoir signer de ce en guise suivant l'ordonnance.
    Signé Courtin et Bordier greffier commis
    Soit communiqué au procureur du roy au Cap le 27 septembre 1757
    Signé Courtin
    Signé Bordier" (93)
    Le reste de l'article anonyme de 1787 s'est dévoilé plus romanesque. L'auteur élabora sur le supposé penchant de Macandal pour le plaisir de la chaire ; et que le maître de Macandal, amoureux d'une de ses conquêtes, en devint jaloux. D'ailleurs, l'auteur anonyme ne connaissait même pas le nom, ni les moeurs et habitude de Le Tellier chez qui Macandal était en captivité au Limbé. À raison, l'historien Moreau de St. Méry qualifia de "conte", donc d'oeuvre de fiction, cet article farfelu sur Macandal. (94) D'ailleurs, l'article en question a, peu après, apparu dans une compilation de contes.


    4.3- Macandal ne parlait pas Arabe

    En 1847, comme nous l'avons mentionné, l'historien haïtien Thomas Madiou a repris la révision anonyme vieille de 60 ans ; à savoir que Macandal maîtrisait la langue arabe, qu'il grandit dans une famille illustre et qu'il s'était fait des ennemis de la part de ceux dont il a soutiré les femmes. Toutefois, Madiou poussa la révision islamique plus loin en affirmant, sans preuve, que Macandal pratiquait la religion musulmane :
    "Une conspiration dirigée par un nommé Makandal, faillit d’un seul coup étouffer tous les Blancs. Makandal, Africain et d’une illustre naissance, avait été élevé dans la religion musulmane. Il était instruit, et possédant très bien la langue arabe. Fait prisonnier de guerre dans son pays, il avait été vendu comme esclave, aux traitants européens qui le transpotèrent à St-Domingue. Il avait acquis la province du Nord une immense influence sur les siens en se présentant à eux comme prophète ou sorcier. Pendant plusieurs années, il résista à toutes les attaques de la maréchaussée; mais il finit par tomber dans les embûches que lui avaient dressées des esclaves dont il avait enlevé les femmes. Il fut pris et livré à l’autorité." (95)
    Il est évident que Thomas Madiou ignorait la provenance exacte de Macandal, autant que sa pratique religieuse, et s'est contenté de répéter des rumeurs et d'autres informations non soutenues par des preuves. Autrement, il aurait précisé que le juge Courtin, au cours de son interrogatoire, a obtenu certaines paroles magiques que lançait Macandal durant la composition de ses paquets magiques, réceptacles de ses poisons. Le chef rebelle entama plusieurs fois le mot "alla" qu'il qualifia de Dieu ou le Seigneur Jésus-Christ :
    "Le sorcier qui le compose dit quelques paroles pendant son opération. F. Macandal dans son interrogatoire au Conseil a déclaré ces paroles qui ont paru tenir de l’idiome turc, et ou le mot alla, alla était plusieurs fois répété, et lorsqu’il parlait en français il a dit qu’il invoquait Dieu ou le Seigneur Jésus-Christ. On va voir comment on doit apprécier cette invocation." (96)
    Ces paroles magiques de Macandal, à cause de la répétition du mot "alla", dévoilent effectivement "lā ʾilāha ʾillā-llāhu muḥammadun rasūlu-llāh", signifiant "il n'y a point de divinité autre que Allah et Mahomet est son prophète". C'est là la Chahaba, l'acte de foi musulman. C'est à partir de cette anecdote que circula l'idée que Macandal parlait et écrivait l'Arabe. Cependant, connaître la Chahada et le mot "alla" n'implique pas que l'on parle Arabe. Car la grande majorité de ceux qui musulmans, et même nés dans la religion musulmane, ne parlent pas Arabe. D'ailleurs, les Turques dont le juge Courtin réfère, ne parlent pas Arabe. Ils parlent Turque et autres langues de leurs régions. Puis, comme l'avons vu, Macandal ne savait pas lire. Car, il ne prouvait pas lire, ni signer sa déposition. Seul le Noir libre Jolicoeur pouvait le faire. Nous allons donc voir que la connaissance de la Chahada ne signifiait pas que Macandal était musulman.

    4.4- Macandal n'était pas musulman

    L'information que Macandal mentionna le mot "Alla" a occasionné bien d'autres, au fil des siècles, à spéculer démesurément sur l'adhésion de Macandal à l'islam. Mais Macandal ne peut même pas être désigné musulman en se basant uniquement sur sa connaissance de la Chahada :
    "La prononciation de la Shahada n'est pas suffisante pour se dire croyant et musulman. Le respect des quatre autres piliers de l'Islam est une obligation canonique prescrite par le Coran et le Prophète Mohamed." (97)
    Un autre auteur musulman l'exprime de cette manière :
    "L'unicité d'Allah dans Sa seigneurie était affirmée par les polythéistes, ils ne l'ont pas renié, mais cela ne leur a pas suffi pour rentrer dans l'islam." (98)
    Donc, pour classer Macandal ou tout autre individu comme musulman, il faudrait que l'on prouve qu'il observait non seulement la Chahada, mais également les 4 autres piliers de l'islam qui sont :
    • Salat : les 5 prières par jour ; 
    • Zakat : l'offrande ; 
    • Saoum : le jeûne du Ramadan ; 
    • Hajj : le pèlerinage à la Mecque. 
    Jusqu'ici, aucun texte archivé ne démontre l'observance de Macandal d'aucun de ces autres obligations.
    D'autres raisons existent qui démentent la thèse musulmane de Macandal. Elles sont les suivantes :
    1) La Chahada pouvait être acquise par Macandal aussi bien via la conversion à l'islam, qu'en dehors du cadre islamique. Car la Chahada se diffuse très souvent en plein air, et sous la forme d'une chanson répétitive. Ce phénomène est illustré dans cette scène de la série malienne Les Rois de Ségou (2010), dans laquelle les paroles de la Chahada sont répétées fortement en boucle.

    (Scène de prière dans laquelle la Chahada se répète en plein air)
    Source : Les Rois de Ségou : Épisode 17 : Le Viol de l'Esclave. Dir : Boubacar Sidibé.  Mali, 2010 ; Lien permanent : https://youtu.be/Z4FxcfVuX8c?t=21m55s ; Timeline : (00:21:55 - 00:22:37)

    Ainsi, Macandal, comme tout passant, tout curieux, ou quiconque en "Afrique" se trouvant à proximité physique d'un lieu de culte musulman pourrait aisément retenir cette phrase chantée à haute voix, et en boucle, par des musulmans zélés.
    2) La Chahada c'est la proclamation solennelle qu'Allah est l'unique Dieu, et que hors de Lui, aucune entité ne peut être considéré divine. La récitation de la Chahada par Macandal, lors de la fabrication de ses paquets, était donc mêlée à des pratiques syncrétiques qui vont à l'encontre du message monothéiste de la Chahada. Car, le coran islamique interdit dans plusieurs versets, d'associer d'autres Entités divines à Allah, le Dieu unique. (99) Cette action syncrétique, l'islam le qualifie de "Shirk". Et même la référence à Jésus-Christ comme l'équivalent de Allah est blasphématoire selon la doctrine islamique qui considère la trinité chrétienne comme "Shirk". (100) De même, pour l'islam, Jésus-Christ est simplement un apôtre, et non un Dieu, comme l'avait suggéré faussement Macandal.
    "Blasphématoires vraiment sont ceux qui disent que Allah (Dieu) est Christ, le fils de Marie." (101)
    D'ailleurs, Marianne, l'une des complices de Macandal, par l'intermédiaire de Brigitte, la femme de Macandal, communiait (à l'église catholique) tous les 8 jours. Cela l'écarte de la thèse islamique :
    "La négresse Marianne qui recevait des poisons que Macandal lui envoyait par Brigritte, sa femme, communiait tous les 8 jours." (102)
    3) Macandal n'a jamais mentionné Mahomet, soit comme prophète ou autre. Or, c'est là une autre obligation dans l'islam. Au lieu de Mahomet, Macandal et ses complices ont placé Charlot directement après le Bon Dieu, le Dieu Créateur.
    "Il avait dit que le matin les nègres qui avaient des macandals [garde-corps] mettaient par terre un paquet plus gros que le bras, nommé Charlot, qu’ils enveloppaient dans un linge blanc, qu’ils se mettaient à genoux autour de ce paquet et récitaient les prières ordinaires de l’Église, qu’ils baisaient la terre et se levaient. Brigitte, amenée pour être confrontée à Mercure, et interrogée sur cette prière du matin dit qu’elle était vraie, mais que c’était par dérision pour se moquer des prières de l’Église, qu’on les récitait devant Charlot, qu’on baisait ensuite la terre comme pour l’adoration de la Croix et que s’en se levant on disait qu’il n’y a rien de grand passé Bondieu en haut ciel et Charlot et, après eux, c’est F. Macandal, que les petits macandals s’appelaient enfants à Bondieu, pour dire qu’ils étaient les petits ou les enfants de Charlot leur Bondieu." (103)
    Charlot réfère aux amulettes ou "garde-corps" qu'ils fabriquaient et vénéraient. Les Charlot étaient de 2 tailles : les grands Charlot qui demeuraient auprès des grands initiés ; et les petits Charlot qu'ils vendaient à la population générale des captifs (esclaves). Et encore de nos jours, Ti Chalo (Petit Charlot) demeure un Lwa/Jany dans le rituel haïtien. Il est vénéré dans le rite de la mort Gede, au même titre que Manman Brijit, la femme de Macandal.
    Voici un chant sacré pour Ti Chalo :

    Ti Chalo, ankò mwen malere la
    O Ti Chalo, gade m se malere
    O Ti Chal mouri l ale
    O Ti Chal mouri l ale la...
    Traduction : 

    Ti Chalo, je dis que je suis pauvre ici
    Oh Ti Chalo, vois comme je suis pauvre
    Oh Ti Chal est mort et est parti
    Oh Ti Chal est mort et est parti d'ici...

    4) Dans leur prière matinale, les alliés de Macandal disaient "qu’il n’y a rien de grand passé Bondieu en haut ciel et Charlot et, après eux, c’est F. Macandal" (Il n'y a rien de plus grand que le Bon Dieu dans le ciel et Charlot et, auprès eux, c'est F. Macandal). Donc, en dépit de la connaissance de Macandal du mot "Alla", ce chef rebelle et ses complices nommaient leur Dieu Créateur "Bondieu" (Bon Dieu). Bondieu (Bondye ou Bondje) est le nom toujours utilisé en Haïti par les pratiquants de toutes religions pour désigner le Dieu Créateur ; y compris les traditionalistes qui disent également Granmèt la (Le Grand Maître). Or, le nom "Allah" est inexistant dans le Créole haïtien. Cela prouve donc que la religion de Macandal a survécu en Haïti, et qu'elle n'était pas musulmane. 
    5) L'expression créolisée des Macandalistes : "il n’y a rien de grand passé Bondieu en haut ciel" demeure dans le rituel haïtien sous la forme de "Nanpren anyen pase Bondye nan syèl". Ce chant sacré en témoigne : 

    O Silibo Kjadja Mensou Lwa mwen, m ap fè Voudjou a 
    O Sangayi Wèlo, m ap fè Voudjou a
    Nanpwen anyen vre pase Bondje nan syèl, pou granmèsi o.
    Traduction :
    O Silibo Kjadja Mensou ma Divinité (Lwa), je fais le Voudjou
    O Sangayi Wèlo, je fais le Voudjou
    Il n'y a rien de plus que le Bon Dieu dans le ciel, pour le remerciement.


    6) "Après Bondieu c'est Charlot, puis Macandal", répétaient les complices de Macandal. "Après Dieu", c'est une formule encore utilisée dans le rituel haïtien sous la forme d'"Apre Dye" ou "Apre Bondye". 

    Source : Milo Rigaud. Secrets of Voodoo. San Franscico, 1985. p.133.

    Certains des alliés de Macandal affirmaient également "Après Bondieu c'est Macandal". Dans la religion traditionnelle haïtienne ont fait encore usage de cette expression. On succède "Après Dieu" du nom d'un Grand officiant pour exprimer son importance. On dira "Après Dieu c'est..." (Apre Dye se...) celui-ci ou celui-là, celle-ci ou celle-là ; ou "Après le Bon Dieu dans le ciel c'est..." (Apre Bondye nan syèl la se...) celui-ci ou celui-là, celle-ci ou celle-là. Ce chant sacré le démontre : 

    Apre Dye Houngan, tout Houngan yo se Houngan... 
    Apre Dye Manbo, tout Manbo yo se Manbo...
    Traduction :
    Après Dieu Houngan (Grand officiant), tout Houngan est un Houngan...
    Après Dieu Manbo (Grande officiante), toute Manbo est une Manbo...

    Cette formule est aussi utilisée chez les Ibo traditionalistes du Nigéria. Ils disent "Après Dieu c'est Dibia". Dibia est le nom que les Ibo accordent à leurs grands officiants, les Maîtres du Savoir et de la Connaissance. En Anglais, cela fait : "After God is Dibia", le titre de ce livre sur la divination Ibo :

    Source : John Anenechukwu Umeh. After is Dibia : Igbo Cosmology, Divination & Sacred Science in Nigeria, Volume 1. Londres, 1997.

    7) L'utilisation de Macandal de la Chahada fut uniquement par magie syncrétique ; et non pas par dévotion religieuse. Car, les musulmans orthodoxes eux-mêmes se servent de "La ilaha ila Allah" comme formule magique. (104) Alors, que dire des marabouts et des magiciens traditionalistes enclin à ajouter plus de zeste à leur magie en y introduisant des formules issues des croyances de leurs clients? Macandal, dont la magie syncrétique se renforçait par l'accumulation de forces spirituelles diverses, n'a pas hésité à incorporer cette phrase musulmane contenant le mot "alla" qu'il compara à Jésus Christ et au Seigneur des chrétiens.
    Nous retrouvons des traces de la Chahada dans les pratiques traditionalistes au rite mandingue de certains habitants de Balan, dans le Nord d'Haïti. Parmi leurs ancêtres mandingues, il se trouvaient des "Mori", donc des marabouts plus ou moins islamisés, qui ont sauvegardé : "Lia ilaha ila ba ilaho" (105) dans leurs prières syncrétiques. Toutefois, cette formule déformée est contraire à l'islam étant donné qu'elle est précédée et suivie d'invocations à de multiples Esprits non islamiques. Cela indique une pratique syncrétique que l'islam interdit, et qui relève d'avantage des marabouts mandingues alliant des formules religieuses à leur magie traditionnelle ou animiste. Nous en traiterons d'avantage dans un article futur.


    4.5- Macandal n'était pas un sharif

    Dans son ouvrage pseudo-scientifique, la révisionniste islamique Sylviane Diouf spécula que le Noir Macandal pouvait être un sharif, c'est-à-dire un descendant direct de l'Arabe Mahomet :
    "Il [Macandal] a été dit être un prophète, ce qui indique qu'il était perçu comme ayant une connexion directe avec Dieu. Ainsi, en plus d'être un marabout, il peut avoir été un sharif, un descendant du Prophète Muhammed (paix soit sur lui); mais ce n'est que spéculation, car aucune preuve n'existe pour confirmer ou informer cette hypothèse." (Trad.) (106)
    Il faut d'une part préciser que, contrairement à ce qu'avance Diouf, sans la moindre preuve, Macandal ne s'est jamais présenté comme un prophète, ni comme l'envoyé d'un Dieu quelconque. D'autre part, l'hypothèse de Macandal comme un descendant de Mahomet, n'est pas du tout anodine. Car depuis des siècles, les griots islamisés opèrent de la sorte. Bien souvent, avec la complicité des Souverains islamisés, ils falsifient les généalogies des leaders, pour les connecter à Mahomet. Par exemple, Soundiata Keïta modifia sa généalogie pour se prétendre descendant de Bilali (ou Bilal), l'ancien esclave noir de Mahomet. (107) Djibril T. Niane l'historien qui a collecté cette généalogie islamisée auprès du griot Mamadou Kouyaté, a bien reconnu sa valeur mensongère :
    "Comme la plupart des dynasties musulmanes du Moyen Age, les Empereurs de Mali ont eu le souci constant de se rattacher à la famille du Prophète ou tout au moins à quelqu'un qui ait approché le Nabi.
    Au XIVe siècle on verra Mansa Moussa retourner au Manding, après son pèlerinage, avec des représentants de la tribu arabe des Qoréchites (tribu de Mahomet) afin d'attirer sur son Empire la bénédiction du Prophète d'Allah. Après Kankon Moussa, plusieurs princes du Manding l'imiteront, en particulier Askia Mohamed au XVIè siècle." (108)
    Et malgré qu'il la sache fausse, l'historien Djibril T. Niane continua de proposer la généalogie islamisée de Soundiata Kéïta dans ses publications à prétention scientifique. D'ailleurs, au-delà de la fausse filiation islamique de certains Souverains, des peuples entiers en "Afrique" de l'Ouest, avec l'aide des griots islamisés, ont pour coutume d'arabiser les fondateurs de leurs différents Royaumes :
    "C'est une tradition désormais établie chez les peuples sahélo-sahariens que d'avoir des ancêtres orientaux et musulmans de la première heure si possible. Les princes yéménites ont dans nos contrées une descendance nombreuse! On y dénombre des Soninké du Wagadou, des Mallinké de l'Empire du Mali, les Zade Koukiya, les Zaghawa du Kanem, les Haoussa des sept cités, etc.
    Cette convergence des origines, vers un Orient berceau de l'Islam a une explication évidente qui réside dans l'état d'islamisation presque complète où se trouvent aujourd'hui les régions concernées." (109)
    Nous exposerons la falsification islamique de l'histoire des Empires de Wagadou (Ghana) et de Kanem-Bornu (Haoussa), dans un article ultérieur.

    4.6- Macandal n'était pas un Mahdi

    En 1961 Aimé Césaire spécula que Macandal fut un "Mahdi", signifiant un chef de guerre musulman d'allure quasi messianique :
    "Et surtout qui pouvait oublier que pendant plusieurs années à Saint-Domingue, un homme, un esclave, se disant envoyé de Dieu, un Mahdi, le musulman Makendal, avait tenu campagne? Sans doute, trahi, avait-il été vaincu, pris, roué vif, mais nul à Saint-Domingue, ni parmi les blancs, ni parmi les noirs, n'avait oublié sa prédiction qui à plus d'un semblait une préfiguration de l'avenir…" (110)
    Cela paraît bien, pour l'esprit non familier avec l'histoire d'Haïti. Cependant, tout écolier haïtien est en mesure de voir que le texte d'Aimé Césaire ne tient pas la route. Car, Macandal fut brûlé vif, et non pas roué, comme le prétend faussement Aimé Césaire. D'ailleurs, Charles-André Julien, le préfacier du livre d'Aimé Césaire, exprime un doute sur cette affaire de "Mahdi" sortie de nulle part :
    "Je ne me rallierai pas pour autant à la légende du noir guinéen Makendal... (...) Makendal, en qui Césaire croit voir un Mahdi..." (111)
    Mais quoiqu'il en soit, nous allons tout de même analyser la thèse révisionniste d'Aimé Césaire. Tout d'abord, voyons ce qu'est qu'un Mahdi :
    "Néanmoins, l’un des concepts d’origine chiite, la croyance en la venue du Mahdī, a pénétré dans l’islam sunnite, non pas sous la forme d’un enseignement officiel comme dans le chiisme, mais en tant que croyance de la religion populaire où le Mahdī est le Messie qui reviendra sur terre, tuera l’Antéchrist et répandra la justice dans le monde autant qu’il aura été auparavant rempli d’injustice et de tyrannie. Des mahdī sont apparus de temps à autre au cours des siècles dans divers pays musulmans, les exemples les plus célèbres étant ceux du mahdī soudanais Muḥammad ibn ˓Abdallāh et du somali Muḥammad ibn ˓Abdule." (112)
    Ainsi, le Mahdi serait un messie revenu sur terre pour tuer l'Antéchrist. Cela est problématique puisqu'à aucun moment de ses 2 jours d'interrogatoire Macandal n'a indiqué au juge Courtin qu'il était ni un Mahdi, ni un messie, ni qu'il souhaitait combattre l'Antéchrist ou le diable. Bien au contraire, le mémoire Courtin dévoile que Macandal et ses complices nommaient leurs cultes "Faire Diable"; tandis qu'ils nommaient leurs lieux de culte : "Case à Diable", c'est-à-dire la "Maison du Diable" :
    "Les sorciers ou prétendus tels font la fête des macandals; il y a la petite et la grande. La caze où elle se fait s’appelle la caze à Diable, et la cérémonie s’appelle faire Diable, suivant les nègres. Ce qui prouve que les profanations des choses saintes dont ils se servent ne sont pas une suite de leur idiotisme, mais une véritable impiété qui va jusqu’au sacrilège." (113)
    Nettement, les pratiques religieuses de Macandal et ses complices étaient à l'extrême opposé du concept musulman de Mahdi. Mais poussons plus loin. Prenons le cas du Soudan ayant connu en 1881 un Mahdi, Mohammed Ahmed, qui chassa les colons de son pays :
    "Mahdi (le bien dirigé) Surnom du réformateur et nationaliste soudanais Muhmmad Ahmad (1844-1885). Originaire de Dongola sur le Nil, au nord du Soudan, celui-ci entra dans une confrérie puis réunit quelques disciples (talibés) dans la petite île d’Aba, sur le Nil Blanc. Le 29 juin 1881, il prit le titre de Mahdi et rassembla ses fidèles pour chasser les Anglo-Égyptiens du pays et installer un État fondé sur l’islam originel et la conversion des animistes." (114)
    Macandal visait certes le même objectif militaire 133 ans auparavant, certains diraient. Mais qu'en est-il : De l'esclavage? De la religion d'état? De l'animisme? De la place de la femme? Des activités festives? De la consommation d'alcool? De la consommation du porc? etc.
    a) De l'esclavage : Macandal fut un opposant farouche de l'esclavage à Saint Domingue, de 1740 à 1758. Au Soudan, dans les années 1860, les occupants anglo-égyptiens ont aboli l'esclavage :
    "Jusqu'à sa suppression progressive dans les années 1860, la traite des esclaves était l'entreprise la plus rentable du Soudan... (...) Sous l'impulsion de la Grande-Bretagne, Ismail a pris des mesures pour éliminer la traite des esclaves dans le nord du Soudan actuel." (Trad.) (115)
    Cependant, le Mahdi Mohammad Ahmed a rétabli l'esclavage au Soudan :
    "En 1870, le Mahdi a proclamé que l'esclavage était redevenu une institution légitime. Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, on estime qu'entre 5 000 et 6 000 esclaves ont été transportés chaque année de la région du Darfour vers l'Égypte, et que la route du Soudan à la Mecque a progressivement joué un rôle important, aussi..." (Trad.) (116)
    Sur ce point Macandal ne partageait pas les mêmes valeurs que le Mahdi.
    b) De l'État basé sur l'islam : Lutant pour chasser les colons, le Mahdi soudanais oeuvrait à "installer un État fondé sur l'islam origine". Or, Macandal à fait connaître qu'il oeuvrait pour chasser le blanc et le remplacer par le noir. Nulle part n'a-t-il mentionné son désir d'instaurer un État musulman. Son objectif était avant tout racial.
    c) De l'animisme : Le mélange religieux est jugé shirk dans l'islam. Le Mahdi soudanais cherchait, dans son nouvel État, "la conversion des animistes". Or, Macandal se servait constamment de pratiques animistes ; et syncrétiques (en y mélangeant des articles catholiques).
    d) De la place de la femme : Chez le Mahdi qui prônait le retour à l'islam originel et sévère, la femme et l'homme ne pouvaient pas s'entremêler dans des lieux publics. Or, dans les rangs de Macandal, la femme était l'égale de l'homme. On tenait 2 types de rencontres : une grande "fête" dans laquelle tous et toutes participaient. Et une petite "fête" plus restreinte dans laquelle seuls les grands initiés étaient admis. Et des femmes participaient à ces réunions magico-religieuses, à moitié nues, en compagnie des hommes qui furent totalement nus :
    "La grade fête tient du lectisternium des Romains. Tous les initiés s’assemblent dans quelque lieu où ils se croient bien en sûreté. On met un macandal gros comme le bras pour garder la porte et éloigner les profanes. Tous les nègres sont nus, les négresses ont seulement un mouchoir autour du corps, comme lorsqu’elles lavent." (117)
    D'ailleurs plus que de simples participantes à ces fêtes des macandalistes, c’est souvent une femme, une Manbo ou prêtresse, qui les opérait,  conformément à la tradition égalitaire et non misogyne de la religion traditionnelle :
    "La grande sorcière s’assied à terre et présente au grand sorcier tous les macandals qu’elle tient dans ses mains enveloppés d’un mouchoir et d’un chapeau et bien arrosés d’eau bénite." (118)
    Or, le Mahdi soudanais exigeait la réclusion des femmes. Et l’islam, à l'image des autres religions abrahamiques, proscrit aux femmes la possibilité d’orchestrer des services religieux.
    e) Des activités festives : Les Macandalistes dansaient ensemble le calenda. Au point où l'on arrêta Macandal lors d'une danse calenda. Or, le Mahdi soudanais était réputé pour son intolérance à la danse qu'il trouvait antimusulmane comme activité. Et son intolérance de la dance fut telle, quelle causa son expulsion de l'école coranique, dans sa jeunesse :
    "Le grand atout de Mohammed Ahmed pour attirer les gens à vénérer sa personnalité était sa piété et son zèle profondément religieux, ce qui fait de lui un favori auprès de tous ses professeurs... mais à un moment cette disposition pieuse a mené au conflit. Mohammed Ahmed a réprimandé un de ses instructeurs pour avoir permis de chanter et de danser à la fête. Il a tenu l'opinion que cette activité serait déplaire à Dieu. Dans la querelle et le conflit qui a suivi, Mohammed Ahmed a été dit dans des mots très durs de quitter l'école. C'était navrant pour son professeur... (...) Mais, ce disciple l'avait réprimandé en présence des aînés et des citoyens distingués de la ville. L'expulser de l'école était la seule manière pour l'enseignant de maintenir son autorité et son prestige." (Trad.) (119)
    Or, Macandal adorait la danse. Il participa à une soirée de danse calenda à l'habitation Dufresne du Limbé où il fut capturé.
    f) De la consommation d'alcool : Macandal fut capturé complètement ivre :
    "Un jour les nègres de l'habitation Dufresne, du Limbé, y avaient formé un calenda nombreux. Macandal qui était accoutumé à une longue impunité, vint se mêler à la danse.
    Un jeune nègre, peut-être par l'impression que la présence de ce monstre avait produite sur lui, vint en avertir M. Duplessis, arpenteur, et M. Trévan qui se trouvaient sur cette habitation, et qui firent répandre le tafia [alcool fort] avec tant de profusion, que les nègres s'enivrèrent tous, et que Macandal, malgré sa prudence, se trouva privé de sa raison.
    On alla l'arrêter dans une case à nègre, d'où on le conduisit dans une chambre de l'un des bouts de la maison principale." (120) 
    La consommation d'alcool est sans équivoque un comportement proscrit par l'islam qui aurait indigné un Mahdi dont le nom signifie "guide" ou messie islamique. Titre que d'ailleurs, Macandal n'a jamais réclamé, ni mentionné. D'ailleurs, dans leurs rencontres, Macandal et les grands officiants offraient de la nourriture et du tafia, donc de l'alcool fort, à leurs Divinités protectrices (Macandals), et dégustaient également ces mets comprenant de l'alcool. C'était la pratique, d'après la description du juge Courtin, dans les "grandes fêtes" reservées aux plus grands officiants :
    "On tient dans cette fête bien des discours. On dit qu'il n'y a rien de plus grand sur la terre passé Bondieu, et après Bondieu, c'est F. Macandal. (...) On met dans une autre gamelle de la poule bouillie avec un riz, de la morue, du tafia. (...) On leur donne [les Esprits Macandals] un temps raisonnable pour faire leur repas et les assistants mangent leur reste." (121)
    Et durant les "petites fêtes" accessibles à un nombre plus large, les Macandalistes buvaient également de l'alcool :
    "La petite fête est assez commune; tous les initiés s’assemblent dans une caze, ils mettent sur une table ou sur un coffre de l’eau bénite et crucifix et une nappe. Et s’il vient quelqu’un ils serrent les macandals, et récitent des prières, et ensuite ils recommencent leurs pratiques (...) et on fait danser les macandals, et cela finit par faire bien du bruit et s’ennivrer de tafia." (122)
    À partir de ce témoignage de premières mains obtenu et vérifié par le juge Courtin, il est indéniable que Macandal et les siens pratiquaient la forme la plus authentique de la religion traditionnelle.
    g) De la consommation de porc : Le colon Monnereau, relie le vol de bétail (incluant des cochons), aux Makandalistes, comme il les désignait :
    "Ils [les Makandalistes] ont outre cela un talent merveilleux pour dérober les boeufs, moutons et cochons dans les parcs, en dépit des chiens et même des Gardiens qui sont à la barrière." (123)
    Et comme l'islam ordonne d'éviter tout contact avec le porc, ces Makandalistes n'étaient donc pas des musulmans. D'ailleurs, ils n'auraient couru des risques considérables et même fatals, afin de accaparer de porcs. Nous avons la preuve que les Makandalistes consommaient la viande porcine. Car Monnereau précisa que ces mêmes Makandalistes tenaient des cérémonies funèbres dansantes, extravagantes et mixtes dans lesquelles ils consommaient de l'alcool (124) et sacrifiaient des cochons qu'ils dégustaient par la suite. (125) Ainsi, à tous les égards, Macandal n'était pas un Mahdi.


    5- Macandal l'Empoisonneur

    Quelle fut la maîtrise réelle de Macandal et de ses complices des poisons? Et l'empoisonnement par Macandal, a-t-il un lien avec l'islam? En habile propagandiste, la révisionniste Sylviane Diouf, dans sa quête d'islamiser les actes d'empoisonnements de Macandal, débuta sa thèse en avançant que Macandal était musulman, et que les musulmans étaient connus et redoutés :
    "Ces musulmans étaient bien connus et redoutés, mais le plus célèbre des leaders marrons d'avant la Révolution était sans aucun doute François Macandal. Macandal était un travailleur des champs, employé dans une plantation de canne à sucre." (Trad.) (126)
    L'argument de Diouf s'avère faux, car, nulle part ne trouve-t-on une telle référence dans les archives de Saint Domingue. Pas même Moreau de St. Méry qui a dressé le profil des peuples plus ou moins islamisés de Saint Domingue, n'a pas mentionné ce caractère apeurant que la révisionniste Diouf les attribue. (127) Celle-ci, comme nombre d'autres révisionnistes, s'appuie sur la mauvaise réputation que pouvait avoir certaines ethnies islamisées dans les colonies espagnoles, afin de dresser un portrait qui n'était pas les leur à Saint Domingue. Dans les faits, la crainte qu'inspira Macandal, ce colon de Saint Domingue la définissait en ces termes :
    "MAGICIEN, IENNE, s. celui ou celle qui fait profession, et qui passe parmi le peuple pour faire usage de la magie. MAGIE, s. f., etc., etc. Macandal. Ce nom vient d'un chef de bande nègre, qui le portait, et qui, au moyen de la connaissance qu'il avait des plantes vénéneuses, exerçait des ravages inouïs ; il avait communiqué ses connaissances, et voulait les employer à la destruction des blancs. Depuis cette époque, tout ce qui paraît surnaturel, soit en physique, escamotage, etc., est macandal. L'empoisonneur se nomme principalement macandal.
    (...)
    SORCIER, IÈRE, s., celui, celle qui, selon l'opinion des gens faibles, a un pacte avec le diable, etc. Macandal. Les Créoles rangent particulièrement dans cette classe les empoisonneurs." (128)
    Ainsi, le colon S.J. Ducoeurjoly impute la peur qu'évoqua le nom de Macandal, à la magie traditionnelle "diabolique", et non pas à l'islam. Et encore de nos jours, en Haïti, le mot créole "Makanda" conserve la même connotation négative, et continu d'être associé à la religion traditionnelle. Et on doute fort que les révisionnistes islamiques qui revendiquent les exploits de Macandal veulent la connotation maléfique qui l'accompagne.


    5.1 - Macandal n’a pas introduit l’empoisonnement à Saint Domingue

    Audacieuse, Diouf prétendit ensuite que Macandal a apprit aux autres captifs (esclaves) l’art de l’empoisonnement :
    "Pendant dix-huit ans, Macandal était en liberté, vivant dans les montagnes mais faisant de fréquentes incursions dans les plantations pour livrer la mort. Il a organisé un réseau d'adeptes dévoués et a enseigné aux esclaves à fabriquer du poison, qu'ils employaient contre leurs propriétaires ou contre d'autres esclaves afin de ruiner les tenants d'esclaves." (Trad.) (129)
    Cela est faux, pour les raisons qui suivent :
    a) L'empoisonnement est vieux de 13000 ans en "Afrique". Par conséquent, les captifs (esclaves) de Saint Domingue n'avaient nul besoin de Macandal pour les apprendre l'art de l’empoisonnement qui fut d'usage dans leur continent d'origine plusieurs millénaires. Il y a 13 mille ans, dans le continent-mère, plus précisément en Tanzanie, sur l’île d’Unguja, dans une cave appelée Kuumbi, des flèches en os teintés de poison servaient pour la chasse autant qu’à la guerre :
    "La technologie des os était essentielle au style de vie d'un homme de l'âge de pierre et il a été démontré qu'il était utilisé il y a 60 000 ans. 
    La plupart des preuves à l'appui ont été trouvées dans des sites en Afrique australe, mais maintenant des artefacts âgés de 13 000 ans trouvés dans une grande grotte de calcaire connue sous le nom de Kuumbi montrent que cette technologie était également adoptée en Afrique de l'Est." (Trad.) (130)
    Voici la présentation des flèches empoisonnées préhistoriques retrouvées en Tanzanie :

    (Flèches empoisonnées préhistoriques)
    Source : Michelle C. Langley et al. 2016. Poison arrows and bone utensils in late Pleistocene eastern Africa: evidence from Kuumbi Cave, Zanzibar. Azania: Archaeological Research in Africa 51 (2): 155-177; doi: 10.1080/0067270X.2016.1173302

    b) L’empoisonnement à Saint Domingue précède Macandal. Car, en juin 1723, soit 35 ans avant l'exécution de Macandal, Colas Jambes Coupées, un grand empoisonneur faisant usage de magie, fut condamné ainsi que ses complices à être rompus vif :
    "Colas Jambes Coupées, esclave du Sieur Doze, si connu depuis quatre à cinq années par ses marronnages à l'Espagnol, avec séduction et enlèvement d'autres Nègres ; chef de cabale avec port d'armes ; voleur de grand chemin, tant de jour que de nuit, dans le quartier de Bois-de-Lance et Morne à Mantègre, attaquant jusqu'aux Blancs, ayant plusieurs intelligences et correspondances secrètes pour abolir les colonies ; fauteur ou complice impliqué dans les cabales de Cézar, Jupiter, Louis et Chéri qui ont été punis du dernier supplice : accusé en outre, de sortilège et magie, pour s'être nombre de fois échappé des fers et prisons et avoir empoisonné plusieurs Nègres." (131)
    Le 7 février 1738, donc 2 ans avant le marronnage de Macandal survenu vers 1740, et  17 ans avant le début des empoisonnements massifs orchestrés par les Macandalistes en 1755, le Conseil du Cap adopta l'"ARRÊT en Réglement du Conseil du Cap, touchant les Poisons ; et qui ordonne l'exécution de l'Édit du mois de Juillet 1682." (132) Et cet article de loi faisait : "défenses aux Chirurgiens, Apothicaires et Droguistes, de confier ni laisser aux Nègres, leurs Esclaves, lesdits poisons, drogues et compositions, sous prétexte qu'ils travaillent de Chirurgie..." Cela démontre que l'art funeste du poison n'était pas l'invention de Macandal.
    c) Les Aradas (traditionalistes) étaient réputés les plus empoisonneurs. C'est connu qu'à Saint Domingue, les captifs (esclaves) de l'ethnie Arada (issus du Dahomey/Bénin), étaient les plus fervents promoteurs de la religion traditionnelle :
    "Mais ce n'est pas seulement comme une danse que le Vaudoux mérite d'être considéré, ou du moins il est accompagné de circonstances qui lui assignent un rang parmi les institutions où la superstition et des pratiques bizarres ont une grande part.
    Selon les nègres aradas, qui sont les véritables sectateurs du Vaudoux dans la colonie, et qui en maintiennent les principes et les règles, Vaudoux signifie un être tout-puissant et surnaturel, dont dépendent tous les événements qui se passent sur ce globe." (133)
    Et voilà que S.J. Ducoeurjoly, présenta, non pas une ethnie islamisée, mais les Aradas traditionalistes, comme les principaux détenteurs de la connaissance du poison :
    "Les Aradas surtout, composent, avec le venin de certains insectes, un poison auquel on n'a pas encore trouvé de remède." (134)
    De plus, Ducoeurjoly, un témoin oculaire qui connaissait tellement la situation dans la colonie qu’il en fit un manuel d’instruction de 2 tomes, associa l'empoisonnement à "leurs dieux" ou "leurs démons", c'est-à-dire en référence à la religion traditionnelle "polythéiste" et non à l'islam monothéiste :
    "Ils n'essaient point leurs poisons sur les blancs, ils sont persuadés que le succès dépend de la puissance de leurs dieux ou de leurs démons, qui n'en ont aucune sur nous." (135)
    Plus tard, à la fin des années 1790, début 1800, le colon Descourtilz associa les captifs (esclaves) d'ethnicité Arada aux empoisonnements. Son affirmation fut basée sur l'arrestation du captif (esclave) empoisonneur du nom de Samedi, issu de sa propre habitation familiale de Rossignol-Desdunes, qui fut condamné à être brûlé vif :
    "Tous les nègres, mais particulièrement les Aradas, employent assez communément le poison pour se venger de leurs ennemis. Un d'eux nommé Samedi, de l'habitation Rossignol-Desdunes, quartier de l'Artibonite, où j'ai écrit ces mémoires, avait trouvé le moyen d'empoisonner deux enfants de son rival... (...) Après avoir fait arracher de ses cheveux, plusieurs petits cornets de papier contenant une poudre grisâtre que l'accusé avoua être du poison pareil à celui dont il s'était servi contre les enfants, et qu'il avait réservé pour lui, afin d'éviter les tortures affreuses du supplice qui lui était préparé. Il montra de plus, par un aveu complet, les ongles de ses deux pouces qu'il laissait croître depuis longtemps, et sous lesquels il avait fixé du poison pour s'en servir au besoin." (136)
    Également, Descourtilz fit état d'une sage-femme d'origine Arada, de cette même habitation de Rossignol-Desdunes qui fit périr au moins 70 nouveau-nés, afin de les épargner le sort de l'esclavage. Et d'après les propres mots de l'empoisonneuse, le poison était l'un de ses outils :
    ""Voyez dit-elle, si, j'ai bien mérité mon sort ; les soixante-dix dont cette ceinture est garnie, désignent la quantité d'enfants tués de mes propres mains, soit par le poison, soit par une coutume exécrable qui me faisait devoir d'enlever ces jeunes êtres à un honteux esclavage. (...) Je meurs contente à présent que je n'ai plus rien à confesser, et vais rejoindre dans mon pays, tout ce que j'y ait quitté." À ces mots, elle s'élance avec intrépidité vers le brasier dévorant où bientôt elle fut réduite en cendres, en poussant des hurlements affreux." (137)
    Ainsi, cette empoisonneuse traditionaliste Arada s'élançant bravement dans le feu afin, via la mort, de retourner le coeur net chez elle en terre d'"Afrique", contredit fermement les prétentions non fondées de Diouf. Car les captifs (esclaves) islamisés ne détenaient pas la science du poison à Saint Domingue. D'ailleurs, le type de empoisonnements particulier des traditionalistes Arada demeure dans la tradition magico-religieuse haïtienne.
    d) Macandal n'était même pas le plus grand empoisonneur de l'île, mais Jean à Tassereau l'était. Le juge Courtin l'a constaté :
    "Un nègre nommé Jean à Tassereau, associé et grand ami de F. Macandal et le plus grand empoisonneur que lui, et qui après s’être brouillé avec F. Macandal s’était retiré avec sa famille dans la montagne du Cap où il a été pris." (138)
    De toute évidence, si Jean à Tassereau était "plus grand empoisonneur que" Macandal et qu'il fut en désaccord avec Macandal, toute la thèse révisionniste sur Macandal tombe à l'eau. Car, cette thèse repose sur l'omnipotence du supposé musulman Macandal qui aurait répandu sa connaissance révolutionnaire islamique sur la masse inculte et passive. La relation conflictuelle entre Jean à Tassereau et Macandal fait plutôt la démonstration d'une connaissance ancestrale de la pratique d'empoisonnement. Une pratique cependant restreinte entre les grands initiés organisés en groupes initiatiques ou sociétés secrètes, comme c'est encore le cas dans le rituel traditionaliste haïtien.
    e) En terre d'"Afrique", les Ibos, pour traditionalistes, étaient maîtres empoisonneurs. 
    Les noirs islamisés étaient loin d’inventer, ni d’enseigner aux restes l’art de l’empoisonnement qui fut une réalité en terre d’"Afrique". Ce témoignage oculaire d'Olaudah Equiano, un ancien captif (esclave) Ibo devenu abolitionniste, indique à que l’empoisonnement était fort répandu à Igboland (Sud-Est du Nigeria actuel). D'après Olaudah Equiano, dans sa jeunesse jusqu'à sa capture (1745-1754), les Ibo utilisaient le poison pour faire la guerre : 
    "Cette banalité est souvent le théâtre de la guerre; et quand notre peuple va labourer sa terre, non seulement ils vont en corps, mais généralement ils prennent leurs armes avec eux par crainte d'être surpris; et quand ils appréhendent une invasion, ils gardent les avenues de leurs habitations, en enfonçant des tiges dans la terre, qui sont si aiguisés à un bout qu'ils percent le pied, et sont généralement trempés de poison." (Trad.) (139)
    Ces tiges empoisonnées que les traditionalistes Ibo enfonçaient dans la terre, pour se défendre dans leur pays, c'est une pratique encore d'usage en milieu rural haïtien. C'est là une preuve supplémentaire que l'art du poison à Saint Domingue provint des traditionalistes. Et toujours selon Equiano, le poison, l'art des magiciens (traditionalistes) Ibo, était encore pratiqué par les Noirs dans les Antilles :
    "Bien que nous n'ayons pas de lieux de culte public, nous avons des prêtres et des magiciens, ou des sages. (...) Ils ont calculé notre temps, et annoncé des événements... (...) Ces magiciens étaient aussi nos docteurs ou nos médecins. Ils pratiquaient saignement par ventouses; et ont très bien réussi à guérir les plaies et à expulser les poisons. Ils avaient aussi une manière extraordinaire de découvrir la jalousie, le vol, l'empoisonnement; (...) Je ne me souviens pas de ces méthodes, si ce n'est de l'empoisonnement; Je me souviens d'un ou de deux exemples, que j'espère ne pas juger impertinents à insérer ici, car ils peuvent servir de spécimen du reste et sont encore utilisés par les nègres des Antilles." (Trad.) (140)
    D'ailleurs, l'usage du poison fut si répandu dans le Iboland, que dans le quotidien, tous avaient la peur de se faire empoisonner par son prochain :
     "Les locaux sont extrêmement prudents au sujet du poison. Quand ils achètent des comestibles, le vendeur l'embrasse partout devant l'acheteur, pour lui montrer qu'il n'est pas empoisonné; et la même chose est faite quand n'importe quelle viande ou boisson est présentée, particulièrement à un étranger." (Trad.) (141)
    Donc, si pendant que Macandal et ses complices se servaient de poison à Saint Domingue, l'usage du poison était déjà largement répandu en terre Ibo, durant la présence d'Equinano (1745-1754), on ne peut donc attribuer à Macandal la paternité, ni l'exclusivité de l'art de l'empoisonnement à Saint Domingue. Et les Ibo étant traditionalistes, par conséquent l'empoisonnement l'était également. Et jusqu'ici, mise à part la vile propagande des révisionnistes, rien de factuel ne relie l'empoisonnement à l'islam, dans la colonie de Saint Domingue, où ailleurs dans les Amériques.

    5.2- Macandal, composait-il ses propres poisons ?

    Macandal et ses complices nommaient leurs poisons et la magie qui s'y accompagne "Ouanga", dit Wanga en Créole. Le mémoire du juge Courtin nous apprend que tous les empoisonneurs qu'il a interrogés, dont Macandal lui-même, décrivaient leurs magies empoisonneuses par le mot "Ouanga" :
    "On met le macandal [objet magique] chargé d’imprécations sous une grosse pierre, et il est indubitable que cela porte malheur à celui à qui on en veut. Cependant, il ne croyait pas que cela lui donne la mort ou puisse lui faire garder le lit, mais cela le fait haïr, le fait tailler et lui procure toutes sortes de dommages. Mais pour lui nuire dans son corps, il faut, suivant leur expression, s’approcher de lui, c’est-à-dire lui faire prendre du ouanga ou poison, ce qui est synonyme parmi ceux que nous avons interrogés." (142)
    Les empoisonnements "Ouanga" (Wanga) de Macandal étaient préparés à l'aide d'herbes toxiques. En dépit du fait que le juge Courtin intitula son rapport "Mémoire sommaire sur les pratiques magiques et empoisonnements prouvés aux procès instruits et jugés au Cap contre plusieurs Nègres et Négresses dont le chef, nommé François Macandal, a été condamné au feu et exécuté le vingt janvier 1758", 18 ans après l'exécution de Macandal, l'auteur Hilliard d'Auberteuil, en 1776, questionna la thèse des poisons à base d'herbes dits "Ouanga". Il mit en doute que Macandal et ses complices aient fabriqué leurs propres poisons. D'après lui, les Macandalistes se sont plutôt procurés de l'arsenic de l'inventaire des médecins et pharmaciens locaux :
    "Le poison, qui depuis vingt ans a été fatal à tant d'hommes dans la dépendance du Cap, n'est point composé de végétaux; ce n'est pas un secret, un sortilège (Ouanga) comme le peuple de la Colonie le croit imbécilement. (...) On peut voir au Greffe du Conseil du Cap, les procédures criminelles contre Macanda, Pompée, Angélique, Brigite, Laurent, et autres brûlés depuis ; tous ne se sont servis que d'arsenic et de sublimé corrosif." (143)
    En 1909, l'auteur Pierre de Vaissières supporta l'argument de Hilliard d'Auberteuil, en classifiant comme "légende" l'idée que Macandal et ses complices aient fabriqué leurs propres poisons :
    "Malgré ces témoignages formels, la légende du poison secret fabriqué par les nègres eut toujours cours à Saint-Domingue." (144)
    Or, dès le 8 Avril 1758, donc moins de 3 mois suivant l'exécution de Macandal, le Conseil du Cap publia l'"ARRÊT du Conseil du Cap, qui, de l'agrément des Administrateurs, ordonne, sur des Empoisonneurs condamnés, l'essai des poisons et contrepoisons par eux indiqués, et pièces relatives." (145) Cet arrêt autorisa les médecins de tester les poisons et antidotes révélés par les Macandalistes interrogés. Trois empoisonneurs arrêtés du nom de Samba, Colas et Lafleur furent désignés cobayes de ces tests. Les tests de poisons effectués le 13 et 15 avril 1758 furent conclusifs :
    "Les Médecins et Chirurgiens préterent serment ès mains de M. Lambert, les 13 et 15 Avril 1758 ; mais ils ne répondirent pas à la confiance de la Cour ; ils ne firent qu'un brouillon de journal du 24 au 31 Mai, sans signature, qui annonce qu'ils ont donné à un Negre inconnu une émulsion faite avec une demi-once d'une graine commune en Amérique. Il paroît qu'une heure après ce Nègre fut sans mouvement, sans connaissance, ayant la langue épaisse, une salive gluante, une mucosité jaunâtre au nez, et qu'il fut remis dans l'état naturel avec de l'élixir de propriété de Paracelse et des gouttes d'esprit volatil de Sylvius et de lilium : mais cette pièce informe n'est pas faite pour inspirer la plus légère confiance." (146)
    2 mois plus tard, la correspondance du 24 juin 1758 révèle que Macandal était bien l'auteur de ses propres poisons à base d'herbes. Les poisons de Macandal, testés sur des chiens, étaient de 3 types qui agissaient à vitesse rapide, moyenne ou lente :
    "François Macandal a découvert trois espèces de poisons, dont il y en a de si dangereux et de si violents, que des chiens à qui les Médecins et Chirurgiens en ont fait prendre, ont crevé sur le champs. Il y en a d'autres dont l'effet est plus lent, qui font languir cinq et six mois, mais dont il faut toujours nécessairement périr." (147)
    Ce colon-ci confirma également, après un test sur une chienne, l'efficacité des poisons des captifs (esclaves) faits à l'aide d'herbes :
    "On prétend, écrit un autre, que c'est avec des poisons connus dans la pharmacie que les nègres opèrent. Mais comment expliquer qu'une herbe ressemblant à de l'absinthe bâtarde, trouvée dans la chambre d'un nègre, donnée par infusion à une chienne devant douze témoins dans la sénéchaussée du Fort-Dauphin, l'ait fait tomber raide morte. En réalité, ils ont des secrets apportés d'Afrique, et certains même prétendent qu'à l'aide de talismans et en arrangeant ces plantes près du lit ou à la porte de leur maître, ils les empoisonnent." (148)
    Nous en avons également la preuve avec l'interrogatoire d'Assam, une captive (esclave), qui parmi plusieurs 2 autres clientes, ont passé des jours chez Jean, un maître empoisonneur de l'habitation Laplaine du Limbé, qui parti pendant plusieurs jours chercher des herbes pour fabriquer sur place des "remèdes" qui s'avèrent être du poison :
    "Que Jean lui dit qu'il lui en donnerait pourvu qu'elle restat quatre jours dans la case pour qu'il alla chercher des herbes dont il avait besoin ; (…) que le nègre Jean chez qui elle était arriva le vendredi, alla chercher des herbes le dimanche qu'il apporta dans sa case ; (…) et qu'il lui donna en lui disant d'en donner aux nègres de son maître. (…) qu'aussitôt qu'elle fut arrivée elle donna aux nègres malades tant en portion qu'en lavement de la drogue que Jean lui avait donnée ; que cela donna le lourd de ventre au nègre et que cela ressera la petite nègresse et la fit gonfler ; (…) Madelaine Nago qui était au marché à vendre de la viande sallée ; que la dite nègresse lui demanda comment faisait la drogue que Jean lui avait donné ; et qu'elle lui dit que cela allait mal et que les deux nègres étaient morts..." (149)
    Bref, les captifs (esclaves) et leurs complices se sont procurés des poisons de l'inventaire des Blancs. Mais cela n'empêcha pas à un nombre d'empoisonneurs de fabriquer et de vendre leurs compositions. Les poisons de Macandal, autant que ceux de Jean de l'habitation Laplaine, inconnus des Blancs, suite aux tests, furent jugés complexes et efficaces.


    5.3- Macandal visait bien la destruction de la colonie

    Comme nous l'avons vu, même des décennies avant Macandal, des empoisonneurs tels que Colas Jambes Coupées et ses associés, exécutés en 1723, ont visé la détruction de la colonie. Le juge Courtin lui-même a eu vent des rumeurs circulant sur les pratiques prophétiques de Macandal qui prônaient la disparition des Blancs et le contrôle de l'île par les Noirs :
    "F. Macandal avait toujours une pièce de toile qu’il trempait dans une huile d’eau. Sa toile sortait tantôt d’une couleur, tantôt de l’autre et il teignait l’eau de toutes couleurs. On prétend qu’il commençait par la tirer couleur d’olive, comme les anciens insulaires et il disait que c’était les premiers habitants de l’île ; ensuite, il la tirait blanche, c’était ceux qui en étaient actuellement les maîtres, et enfin il la tirait toute noire, pour faire connaître ceux qui devaient en être les maîtres par la suite. Ce fait n’a pas été bien vérifié au procès, mais ce scélérat n’est pas pour cela moins dangereux." (150)
    Sur le chemin de la mort, Macandal, ce leader au grand charisme, prédit publiquement le sort fatal de la colonie :
    "F. Macandal a été puni de la peine du feu. Son procès n’a pas été long. Arrêté le mardi 17 janvier, exécuté le vendredi 20. Il a précédé tous ses complices, fait plusieurs déclarations très importantes et d’où il résulte que lui et ses confidents qui se faisaient un honneur d’être appelés ses valets ont ruiné par le poison les quartiers du Port-Margot, du Limbé, de la Souffrière et du Borgne, que la correspondance qui commençait au Cap allait devenir des plus funestes." (151)
    Toutefois, en dépit des déclarations prophétiques et publiques de Macandal qui se sont avérées véridiques, Moreau de St. Méry avança que Macandal et ses complices visaient les "vengeances particulières" (152) plutôt que la destruction de la colonie et le remplacement des Blancs par les Noirs.
    Mais Pierre de Vaissières, le citant, publia le témoignage de Médor contredisant Moreau de St. Méry. Questionné le 26 mars 1757, soit 10 mois préalable à l'arrestation de Macandal survenue le mardi 17 janvier 1758, Médor, un empoisonneur de longue date, précisa les intentions des empoisonneurs et le but des Noirs. Ces Noirs libres qui, souvent empoisonneurs eux-mêmes, servaient aussi d'intermédiaires et de facilitateurs :
    "Si les nègres, dit-il [Médor], commettent ces empoisonnements, c'est afin d'obtenir leur liberté et d'être plus tôt en état de s'habiller comme les blancs... Il y a aussi, ajouta-t-il, un secret parmi eux qui ne tend qu'à faire périr la colonie, que les blancs ignorent et dont les nègres libres sont la cause principale, faisant jouer tous ces ressorts pour augmenter leur nombre, afin d'être en état de faire face aux blancs en cas de besoin." (153)
    Puis sortie, en 2015, une thèse doctorale ratée dans laquelle on tenta vainement d'identifier l'origine de Macandal. L'auteure de cette thèse, Christina F. Mobley, prétendit qu'il n'existait aucune preuve du complot visant la perte de la colonie chez Macandal et ses Complices :
    "En d'autres termes, le crime de Makandal consistait à fabriquer de puissants paquets en utilisant des objets sacrés qu'il vendait à d'autres et, ce faisant, non seulement les corrompait, mais il se faisait aussi un puissant chef. Le crime de Makandal ne consistait donc pas à tuer toute la population blanche de la colonie. En effet, contrairement aux affirmations des colons au cours des dernières décennies, les autorités coloniales n'ont trouvé aucune preuve d'une conspiration à l'échelle de la colonie pour empoisonner les colons blancs. Leur incapacité à le faire n'était pas faute d'avoir essayé." (Trad.) (154)
    Cet argument démontre que Mobley ignorait que le même document présentant la correspondance du 24 juin 1758, que pourtant elle cita à 4 reprises, mentionna également une lettre datée du 8 novembre 1758. Et cette dernière lettre fit état du complot des Noirs à faire périr initialement les troupes blanches par le poison, avant d'éliminer le reste des Blancs par les armes :
    "Par une autre Lettre écrite du même lieu, le 8 novembre 1758, on apprend "que les Nègres cherchent à se rendre maîtres du pays, en faisant périr tous les Blancs ; qu'on a brûlé les principaux Chefs de ces séditieux, et que huit ont été arrêtés depuis peu à la source qui fournit l'eau aux cazernes ; leur dessein était d'introduire du poison dans le canal qui conduit à l'eau à la fontaine, et par-là, faire périr les Troupes qui seules les retiennent, et les empêchent de faire périr tous les Blancs."" (155)
    Il va de soit que tous les actes d'empoisonnements de Saint Domingue n'étaient pas motivés par le même objectif. Certains visaient la vengeance personnelle, d'autres la protection contre les traitres :
    "Plusieurs ont avoué qu'ils avaient empoisonné des Nègres à qui ils avaient offert du poison ; mais qui leur paraissaient être trop affectionnés à leur Maître et qui auraient pu les découvrir." (156)
    Selon le colon L'Huillier de Marigny, d'autres motifs tels que "des vues de liberté à venir..., des jalousies, des vengeances, des traitements trop sévères" (157) alimentaient également l'empoisonnement. Mais cela n'empêchait pas le sabotage du système comme l'un des objectifs de l'empoisonnement ; ni la chute du système telle que l'a prédite Macandal, se rendant courageusement au bûcher. D'ailleurs, comme nous le verrons plus loin, les interrogatoires ont dévoilé plusieurs rassemblements des empoisonneurs-comploteurs. Puis, Mobley n'a pas pris en considération que la condamnation de Macandal s'est faite en vertu de la loi de juillet 1682 contre les empoisonneurs. Et cette loi de 1682, dont l'arrêt de condamnation de Macandal ordonna la publication, présente l'empoisonnement tel la conséquence d'actes blasphématoires. Ce pourquoi, la majorité de ceux condamnés en France dans "L'affaire des poisons" de 1679 à 1682 étaient des femmes désignées Devineresses-empoisonneuses. (158) Ainsi, condamner la profanation de Macandal n'indique pas l'absence d'empoisonnement. Il implique au contraire la condamnation de l'immoralité de son acte d'empoisonnement. D'autant plus, qu'à cette époque, l'empoisonnement était associé au diable.

    En conclusion : cet article a amplement démontré que Macandal pratiquait la religion traditionnelle "africaine" encore en usage en Haïti, et non l'islam. Il en va de même pour ses complices empoisonneurs qui, selon le juge Courtin, récitaient - par dérision, certes - la prière catholique tous les matins. Une telle pratique syncrétique à laquelle Brigitte, la femme de Macandal, s'adonait, perdure dans le rituel traditionaliste haïtien. Mêmement, Marianne, à qui Brigitte fournissait des poisons de Macandal, communiait à l'église catholique tous les 8 jours, comme l'a révélé le juge Courtin. Également Geneviève, une cliente de Macandal, était dotée de son chapelet catholique dont le crucifix servit pour garnir le paquet magique que lui fabriquait Macandal. Et on doit également souligner la complicité de certains prêtres catholiques. Notamment le Père Duquesnoy, un jésuite, qui, en 1757, sous prétexte de donner la dernière confession à Assam, condamnée à mort, conseilla à l'empoisonneuse d'endurer la torture, plutôt que de dénoncer ses complices. Le cas échéant, il menaça, elle irait en enfer. (159) C'est encore une preuve de l'adhesion syncrétique (religion traditionnelle mélangée au catholicisme) d'Assam qui dénonça le Père Duquesnoy, et obtint la vie sauve du juge Courtin, par cette action. Et les jésuites furent par la suite expulsés de la colonie 6 ans plus tard, en 1763, pour leur complicité avec les rebelles empoisonneurs dont la religion dépourvue de dogme était compatible avec celle des catholiques. On ne saurait pas dire autant pour la religion des musulmans.
    Le prochain article, comme nous l'avons mentionné, complètera le portrait de Macandal en dévoilant la provenance de sa pratique, et la signification de sa cause.

    * Voir "L'affaire des poisons", c'est-à-dire les empoisonnements et jugements en masse survenue en France de 1679 à 1682. Les empoisonneurs étaient reprochés également de séduction. L'une des plus célèbres empoisonneuses, Catherine Deshayes dite La Voisin, fut brûlée vive en 1680 pour séduction, profanation, impiété, empoisonnements et avortements.
    ** La relation initiale entre le nom de Macandal et les magiciens de la cour d'Urba (Okba) fut établie par Michel Étienne Descourtilz, dans son livre : Voyages d'un naturaliste et ses observations..., Tome 3. Paris, 1809. pp.127-130. Cependant, Descourtilz fit nullement mention de la religion islamique. Bien au contraire, il proposa que le peuple d'Urba, composé de Noirs, était superstitieux et idolâtre ; à l'image de son Roi qui s'est converti à la religion chrétienne, suite à une maladie.


    Notes
    (1) France "Macandale, chef des noirs révoltés, arrêt de condamnation par le Conseil supérieur du Cap-Français à Saint-Domingue, 1758." FR ANOM COL E 295 ; Lien permanent : http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr/ark:/61561/up424uoqnsvb
    (2) "Lettre de MM. Bart et Lalanne, du Port-au-Prince, 27 février 1758. (A. M. C., Corr. gén., Saint-Domingue, C9, vol. CI.)". Cité par Pierre de Vaissières. Saint-Domingue : la société et la vie créole sous l'ancien régime (1629-1789). Paris, 1909. p.247.
    (3) Sébastien Jacques Courtin. Mémoire sommaire sur les pratiques magiques et empoisonnements prouvés aux procès instruits et jugés au Cap contre plusieurs Nègres et Négresses dont le chef, nommé François Macandal, a été condamné au feu et exécuté le vingt janvier 1758. (A.N. COLONIES F3. 88).
    (4) Relation d'une conspiration tramée par les Nègres; dans l'Isle de S. Domingue ; défense que fait le Jésuite Confesseur, aux Nègres qu'on suplicie, de révéler leurs fauteurs & complices. 1758.
    (5) M.L.E. Moreau de Saint Méry. Description topographique... Tome 1. Philadelphie, 1997. p.653.
    (6) Philippe R. Girard. The Slaves Who Defeated Napoleon : Toussaint Louverture and the Haitian War of independence, 1801-1804. Tuscaloosa, 2011. p.181.
    (7) M. de C. "Makandal, Histoire véritable" paru dans "Le Mercure de France, 15 sept. 1787". Annexé dans Pierre Pluchon. Vaudou - sorciers empoisonneurs : de Saint- Domingue à Haïti. Paris, 1987. pp. 308-315.
    (8) "The Negro Makandal, an authentic History." In: The Gentleman's and London Magazine: Or Monthly Chronologer, 1741-1794. April 1788. Dublin, 1788. pp.170-173.
    (9) "Makandal ou le Nègre prophète et criminel". In : Annales du crime et de l'innocence, ou Choix de causes célèbres anciennes et modernes. Tome 19. Paris, 1813. pp.55-81.
    (10) Thomas Madiou. Histoire d'Haïti. Tome 1. Port-au-Prince, 1847. pp.35-36.
    (11) Melvil-Bloncourt. "Les Drames du Monde Colonial". In : Revue du monde colonial, asiatique et américain : organe politique des Deux-Mondes, Volume 12. Paris, 1864. pp.438-456.
    (12) J.C. Dorsainvil. Psychologie haïtienne : vaudou et magie. Port-au-Prince, 1937. p.33.
    (13) Dantès Bellegarde. La Nation haïtienne. Paris, 1938. p.63.
    (14) Alejo Carpentier. El reino de este mundo. Mexico, 1967. p.17. (1ère édition, Havane, 1949 ; traduit en Français "Le Royaume de ce monde" et en Anglais "Kingdom of this world", en 1957).
    (15) Aimé Césaire. Toussaint Louverture : la révolution française et le problème colonial. (1ère édit. 1961), Paris, 1981. p. 38.
    (16) "Notes on the Haitian Mandigoes." (Mars 1967), in : Lecture en anthropologie haïtienne. Port-au-Prince, 1970. p.198.
    (17) Jean-Marie Drot. Journal de voyage chez les peintres de la fête et du Vaudou en Haïti. Genève, 1974. p.19.
    (18) Sylviane A. Diouf. Servants of Allah: African Muslims Enslaved in the Americas. New York, 1998. p.151.
    (19-20) Courtin, Sébastien Jacques, procureur au Conseil supérieur du Cap à Saint-Domingue, notaire général, sénéchal par intérim au Cap (1756/1779) ; FR ANOM COLONIES E 96 ; Lien permanent : ark:/61561/up424g3353q
    (21) M.L.E. Moreau de Saint Méry. Loix et constitutions... Vol. 4. Paris, 1785. p.753.
    (22) "Observations de M. Fremon, Syndic du Quartier du Limbé, sur l'Article concernant ce Quartier, inséré dans le Journal de Janvier" (pp.63-68). In : Les Affiches Américaines du mercredi 12 février 1766. Parution No.7, p,67.
    (23) M.L.E. Moreau de Saint Méry. Description... Tome 1. Op. Cit. p.651.
    (24) Relation d'une conspiration... Op. Cit.
    (25) France "Macandale, chef des noirs révoltés, arrêt de condamnation par le Conseil supérieur du Cap-Français à Saint-Domingue, 1758." ; In : M.L.E. Moreau de Saint-Méry. Loix et constitutions... Vol. 4. Paris, 1794. p.217. FR ANOM COL E 295 ; Lien permanent : http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr/ark:/61561/up424uoqnsvb
    (26) La lettre du 20 décembre 1779 de la veuve Anne-Marguerite Barbaroux Courtin, dévoile l'enquête judicieuse et sans relâche de son mari afin d'éluciter les empoisonnements frappant la colonie. Enquête pénible, qui, selon la veuve Courtin, a affecté la santé du juge, causant même sa mort. Voir : Courtin, Sébastien Jacques, procureur au Conseil supérieur... Op. Cit.
    (27) Courtin, Sébastien Jacques, procureur au Conseil supérieur... Op. Cit.
    (28) Relation d'une conspiration... Op. Cit.
    (29-31) M.L.E. Moreau de Saint-Méry. Description... Tome 1. Op. Cit. pp.652, 651, 652.
    (32) M.L.E. Moreau de Saint Méry. Loix et constitutions... Vol. 1. Paris, 1784. pp.371-375.
    (33) Sébastien Jacques Courtin. Mémoire sommaire. Op. Cit.
    (34) Hilliard d'Auberteuil. Considérations sur l'état présent de la colonie française de Saint-Domingue. Paris, 1776. p.137.
    (35) Sébastien Jacques Courtin. Mémoire sommaire. Op. Cit.
    (36) D'après David P. Geggus, Mayombé viendrait de l'Afrique Centrale. Voir David P. Geggus. Haitian Voodoo in the Eighteenth Century: Language, Culture, Resistance. In : Jahrbuchfür Geschichte von Staat, Wirtschaft und Gesellschaft Lateinamerikas 28 (1991). pp.21-51 ; Le nom Teysello, toujours selon Geggus, pourrait résulter d'une déformation, au Congo, de "Terceiro", c'est-à-dire "Troisième" en langue portugaise. Voir David Geggus. "Marronage, voodoo and the Saint-Domingue slave revolt of 1791". In: Proceedings of the Meeting of the French Colonial Historical Society. New York, 1992. pp.22-35 ; Selon Christina F. Mobley, Mayombé référerait à une forrêt du Congo. Et Teysello viendrait de "nganga tesa", expression Yombé (du Congo) pour désigner un chef en divination. Voir Christina F. Mobley. The Kongolese Atlantic-Central African Slavery & Culture from Mayombe to Haiti. Durham, 2015. p.224.
    (37-38) M. de C. "Makandal, Histoire véritable". Op. Cit.
    (39) Sébastien Jacques Courtin. Mémoire sommaire. Op. Cit.
    (40) Melvil-Bloncourt. Op. Cit. p.448.
    (41) Ferdinand Hoefer. L'univers : histoire et description de tous les peuples, de leurs religion, moeurs, coutumes, etc... Livres 1 à 12. Paris, 1848. p.320.
    (42) Louis Tauxier. Moeurs et histoire des Peuls. Paris, 1937. p.36.
    (43-44) Melvil-Bloncourt. Op. Cit. pp.448, 449.
    (45-46) "The Negro Makandal, an authentic History." Op. Cit.
    (47) Voir Gleaner. The gleaner; or, Entertainment for the fire-side. Vol. 1. Manchester, 1804. pp.55-59.
    (48) "Makandal ou le Nègre prophète et criminel". Op. Cit.
    (49) "Makandal ou le Nègre brigand et empoisonneur". In : La caverne des brigands ou recueil des assassinats, des vols, des brigandages, des scélérats qui ont expié leurs crimes... Paris, 1814. p.10-23.
    (50) Le Sage. Histoire de Gil Blas de Santillane. Tome 2. Paris, 1825. p.286.
    (51) "Makandal ou le Nègre empoisonneur". In : Répertoire général des causes célèbres. Tome 4. Paris, 1835. pp.279-288.
    (52) Dantès Bellegarde. La nation haïtienne, Tome 1. Paris, 1935. p.64.
    (53-54) Thomas Madiou. Histoire d'Haïti. Tome 1. Op. Cit. pp.22. 13.
    (55) Alfred Métraux. "Histoire du vodou..." Op. Cit.
    (56) Alejo Carpentier. El Reino de este mundo. (1ère édition 1949). San Juan, 1994. p.8.
    (57) Alejo Carpentier. Le royaume de ce monde. (Trad.) Paris, 1954. p.27.
    (58) Gérard aîné à Laborde. Au fond, le 5 juillet 1780, My 463-10. Cité par Foubert Bernard. "Le marronage sur les habitations Laborde à Saint-Domingue dans la seconde moitié du XVIIIe siècle." In: Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest. Tome 95, numéro 3, 1988. pp. 277-310.
    (59) M.L.E. Moreau de St. Méry. Loix et constitutions... Vol. 1. Op. Cit. pp.27-28.
    (60) Relation de la découverte... en 1716. In : Histoire générale des voyages. Paris, 1747. p.633.
    (61) Mungo-Park, [et al.] Voyages en Afrique. (1795-1803)... Paris, 1855. p.xxvi.
    (62) En 1992, Kintto Lucas, inspiré des écrits fictifs d'Alejo Carpentier, fit de Macandal un Mandingue, non pas traditionaliste, mais musulman et arabophone. L'auteur écrivit ridiculement qu'Haïti devint "La première République noire" en 1789. Ensuite, il indiqua que Macandal fut exécuté en 1758, tout dévoilant dans le même article, que Macandal débarqua à Saint Domingue en 1779, soit 21 ans après sa propre exécution. Le texte de Kintto Lucas fut traduit en Français en 2007-2008. Guy Everard Mbarga puis Frantz Latour publièrent cette traduction sous des titres différents. Et afin de camoufler le mensonge dans le texte disant que Macandal débarqua à Saint Domingue en 1779, le traducteur sans scrupule enleva la partie véridique, mais contradictoire, qui relata que Macandal fut exécuté en 1758. Voir Kintto Lucas. Rebeliones Indígenas y Negras en América Latina. Quito, 1992. ; Guy Everard Mbarga. "Makandal, Marron Nègre Haïtien", posté le 24 août 2007. [en ligne] Lien permanent : https://afrodes.wordpress.com/2007/08/24/makandal-marron-negre-haitien/ ; Consulté le 5 mai 2018. ; Frantz Latour. "Macandal, symbole de la lutte de libération des esclaves", paru dans Haïti Liberté Vol. 1, No.27, 23-29 janvier 2008. ; Guy Everard Mbarga. "Portrait d'un esclave révolté", paru dans le Nouvelliste du 10 novembre 2008. [en ligne] Lien permanent : http://www.lenouvelliste.com/public/article/64044/portrait-dun-esclave-revolte ; Consulté le 5 mai 2018.
    (63) France. "Interrogatoire de la Négresse Assam, du 27 septembre 1757. Extrait des minutes du greffe du Tribunal du Cap." AN, Arch. Col. C9A 102. Annexé dans Carolyn E. Fick. Haïti : Naissance d'une Nation... Montréal, 2014. pp.463-471.
    (64) Mungo-Park. Op. Cit. p.xxix.
    (65) Jean-Marie Gibbal. "Possession, représentation de l'autre et recherche d'identité". In : Archives de sciences sociales des religions. N. 79, 1992. pp.7-18.
    (66-67) Youssouf Tata Cissé, Wâ Kamissoko. Soundjata la gloire du mali: La grande geste du Mali, Tome 2. Paris, 2009 (2e édit.) pp.37, 38.
    (68) Lilyan Kesteloot, Bassirou Dieng. Les épopées d'Afrique noire. Paris, 1997. p.166.
    (69) Voir Germaine Dieterlen. "Mythe et organisation sociale au Soudan français". In : Journal de la Société des Africanistes, 1955, tome 25. pp. 39-76.
    (70) Djibril Tamsir Niane. Histoire des Mandingues de l'Ouest : le royaume du Gabou. Paris, 1989. p.103.
    (71) Youssouf Tata Cissé, Wâ Kamissoko. Soundjata la gloire du mali... Op. Cit. pp.122-123.
    (72-73) Djibril Tamsir Niane. Histoire... Op. Cit. pp.19, 22.
    (74) Amadou Oury Diallo. Histoire et fiction, contextes, enjeux et perspectives : récits épiques du Foûta-Djalon (Guinée). Tome 1. (thèse) Nice, 2014. p.45.
    (75-78) Djibril Tamsir Niane. Histoire... Op. Cit. pp.86, 103, 104-105, 106.
    (79) Ibid. pp.86, 87.
    (80) France. ARRÊT de Réglement du Conseil du Cap, qui défend aux Nègres de garder des paquets appelés Macandals, ni de composer et vendre des drogues. 11 Mars 1758. In : Moreau de St. Méry. Loix et constitutions... Vol. 4. Paris, 1785. pp.222-223.
    (81) Sylviane A. Diouf. Servants of Allah... Op. Cit. p.151.
    (82) Féquière Vilsaint, Maude Heurtelou. Diksyonè Kreyòl Vilsen. Coconut Creek, 2009. p.317.
    (83) Prophète Joseph. Diksyonè Sinonim lang Ayisyen. Montréal, 2002. p.255.
    (84) M.L.E. Moreau de Saint Méry. Description... Tome 1. Op. Cit. p.653.
    (85) Prophète Joseph. Dictionnaire Haïtien-Français. Montréal, 2003. p.114.
    (86-87) Sébastien Jacques Courtin. Mémoire sommaire. Op. Cit.
    (88) Cheikh Ibn Bâz. Fatâwa. Volume 1 : le dogme islamique. pp.158, 344-345.
    (89) M. de C. "Makandal, Histoire véritable" Op. Cit.
    (90) Thomas Madiou. Histoire d’Haïti. Tome 1. Port-au-Prince, 1847. pp.22-23.
    (91) France. "Procès-verbal des prisons du 9 novembre 1757. Extrait des minutes du greffe au Siège Royal du Cap." In : Carolyn E. Fick. Haïti : Naissance d'une nation. (trad.) Montréal, 2014, p.472.
    (92) Sébastien Jacques Courtin. Mémoire sommaire. Op. Cit.
    (93) France. "Interrogatoire de la Négresse Assam..." Op. Cit. pp.463, 469, 471.
    (94) M.L.E. Moreau de Saint Méry. Description... Tome 1. Op. Cit. p.653.
    (95) Thomas Madiou. Histoire d’Haïti. Tome 1. Op. Cit. pp.22-23.
    (96) Sébastien Jacques Courtin. Mémoire sommaire. Op. Cit.
    (97) Voir "La Shahada (ou Chahada) la profession de foi islamique". Lien permanent : http://fr.assabile.com/a/la-shahada-chahada-la-profession-de-foi-islamique-29 ; consulté le 28 septembre 2016.
    (98) Cheikh Ibn Bâz. Op. p.33.
    (99) Sourates 7: 148-150 ; 8 : 39 ; 9 : 1-5, 14 ; 71 : 23.
    (100-101) Sourate 5 : 72-76 ; 5 : 17-18.
    (102-103) Sébastien Jacques Courtin. Mémoire sommaire. Op. Cit.
    (104) Voir commentaires dans "Recettes mystiques 2014 (Géomancie Africaine1)" ; Lien permanent : http://geomancie-africaine.com/recettes-mystique/comment-page-127/ ; consulté le 23 avril 2018.
    (105) R.P. Carl Peters."Société Mandingue". In : Revue de la Faculté d'ethnographie. No.10. Port-au-Prince, 1960. pp.47-50.
    (106) Sylviane A. Diouf. Op. Cit. p.151.
    (107-108) Djibril Tamsir Niane. Soudjata ou l'épopée mandingue. Paris, 1960. pp.12-13, 14.
    (109) Fatimata Mounkaïla. Le mythe et l'histoire dans le la geste de Zabarkâne. Niamey, 1988. p.171.
    (110) Aimé Césaire. Toussaint Louverture... Op. Cit. p. 38.
    (111) Charles-André Julien. Préface (sept. 1961) de "Toussaint Louverture. Op. Cit.
    (112) Mohammed El Fasi et Ivan Hrbek. "L’avènement de l’Islam et l’essor de l’Empire musulman". In : Histoire générale de l'Afrique, Vol. 3. Paris, 1990. pp.68-69. (pp.53-80)
    (113) Sébastien Jacques Courtin. Mémoire sommaire. Op. Cit.
    (114) Bernard Nantet. Dictionnaire d’Histoire et Civilisations africaines. Paris. 1999. p.175.
    (115) Federal Research Division. Sudan : Country Studies. Washington, 1992. p.17.
    (116) Beatrice Nicolini. "Mahdi Rebellion" In : Encyclopedia of the African Diaspora…Vol. 2. Santa Barbara, 2008. pp.644-645.
    (117-118) Sébastien Jacques Courtin. Mémoire sommaire. Op. Cit.
    (119) John Henrik Clarke. "Mohammed Ahmed, (The Mahdi) Messiah of the Sudan." In : The Journal of Negro Education. Vol. 30, No. 2, Spring 1961. pp.156-162.
    (120) M.L.E. Moreau de St. Méry. Description... Tome 1. Op. Cit. p.652.
    (121-122) Sébastien Jacques Courtin. Mémoire sommaire. Op. Cit.
    (123-125) Élie Monnereau. Le parfait indigotier, ou Description de l'indigo... (version originale 1736) Nouvelle édition, revue et augmentée. Amsterdam, 1765. pp.120-121, 111, 111-112.
    (126) Sylviane A. Diouf. Servants of Allah... Op. Cit. p.150.
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    (128) S. J. Ducoeurjoly. Manuel des habitans de Saint-Domingue... Tome 2. Paris, 1802. pp.330, 350.
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    (130) Michelle C. Langley et al. 2016. "Poison arrows and bone utensils in late Pleistocene eastern Africa: evidence from Kuumbi Cave, Zanzibar." Azania: Archaeological Research in Africa 51 (2): 155-177.
    (131-132) M.L.E. Moreau de St. Méry. Loix et constitutions... Vol. 3. Paris, 1784-1790. pp.48-49, 492.
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    (134-135) S.J. Ducoeurjoly. Manuel des habitans de Saint-Domingue. Tome 1. Paris, 1802. pp.24, 30.
    (136-137) Michel Pierre Descourtilz. Voygages d'un naturaliste et ses observations... Vol. 3. Paris, 1809. pp.117-119, 119-120.
    (138) Sébastien Jacques Courtin. Mémoire sommaire. Op. Cit.
    (139-141) Gustavus Vassa. The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano, Or, The African. London, 1794. pp. 15, 22-23, 24.
    (142) Sébastien Jacques Courtin. Mémoire sommaire. Op. Cit.
    (143) Hilliard d'Auberteuil. Op. Cit. pp.137-138.
    (144) Pierre de Vaissières. Saint-Domingue : la société... Op. Cit. p.241.
    (145-146) France. ARRÊT du Conseil du Cap, qui, de l'agrément des Administrateurs, ordonne, sur des Empoisonneurs condamnés, l'essai des poisons et contrepoisons par eux indiqués, et pièces relatives. 8 avril 1758. In : Moreau de St. Méry. Loix et constitutions...Vol. 4. Paris, 1785. pp.229, 231.
    (147) Relation d'une conspiration. Op. Cit.
    (148) Mémoire sur les poisons qui régnent à Saint-Domingue, 1763 (A. M. G., Corr. gén., 2e série, carton XV). In : Pierre de Vaissières. Saint-Domingue : la société... Op. Cit. p.242.
    (149) France. "Interrogatoire de la Négresse Assam... Op. Cit. pp.464-467.
    (150-151) Sébastien Jacques Courtin. Mémoire sommaire... Op. Cit.
    (152) Moreau de Saint-Méry. Notes historiques sur Saint-Domingue (A.M. G.. F3 136, p. 198). Cité par Pierre de Vaissières. Saint-Domingue : la société... Op. Cit. pp.246-247.
    (153) "Déclaration du nègre Médor, le 26 mars 1757, aux A. M. C, CORR. gén., C9, vol. CH." Cité par Pierre de Vaissières. Saint-Domingue : la société... Op. Cit. p.247.
    (154) Christina Frances Mobley. The Kongolese Atlantic-Central African Slavery & Culture from Mayombe to Haiti. (Thèse). Durham, 2015. p.302.
    (155-156) Relation d'une conspiration... Op. Cit.
    (157) L'Huillier de Marigny. "Mémoire sur les poisons que régnent à St. Domingue", 1762, ANOM, AC, série F3, vol. ; cité par Yvan Debbasch. "Opinion et droit : Le crime d'empoisonnement aux Iles pendant la période esclavagiste". In : Revue française d'histoire d'outre-mer, tome 50, n°179, deuxième trimestre 1963. pp. 137-188.
    (158) Arlette Lebigre. L'Affaire des poissons (1679-1682). Paris, 2006. pp.16, 149.
    (159) Relation d'une conspiration... Op. Cit


    Comment citer cet article:
    
Rodney Salnave. "Macandal n'était pas musulman". 18 juin 2018 ; modifié le 26 octobre 2018. [en ligne] Lien permanent : https://bwakayiman.blogspot.com/2018/06/macandal-netait-pas-musulman.html ; Consulté le [entrez la date]


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